Le plan d’action gouvernemental visant la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale 2024-2029 était grandement attendu par les membres de la TACAE depuis plusieurs années déjà. Le dernier plan avait été déposé en 2017 durant le mandat de Philippe Couillard.
Dans ce plan déposé vendredi matin sur le site du gouvernement du Québec, la CAQ soutient que la province se trouve «dans une situation enviable» et que «d’importants progrès» ont été réalisés dans le domaine de la pauvreté.
Des affirmations qui ont fait sourciller la TACAE qui constate une autre réalité sur le terrain. «On n’a jamais vu autant de gens avoir besoin d’aide pour être capables de se nourrir. Pour nous, ça donne un son de cloche qui est différent», juge Mme Dupont.

La co-coordonnatrice critique notamment la méthodologie utilisée par la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau. Par exemple, le gouvernement utilise la mesure du panier de consommation pour calculer les seuils de pauvreté alors qu’il s’agit plutôt d’une mesure de couverture des besoins de base.
«Quand on choisit la mesure de pauvreté la plus basse possible, évidemment d’un point de vue politique, on vient de sortir plein de gens de la pauvreté sans avoir à améliorer leur situation financière.»
«Ce qu’on commence à se rendre compte, c’est que les indicateurs classiques au niveau de la pauvreté nous indiquent mal c’est quoi la situation sur le terrain.»
— Rosalie Dupont, co-coordonnatrice de la TACAE
«Depuis qu’elle est en poste, Chantal Rouleau nous dit que ce sera le gros morceau de son mandat en tant que ministre, ajoute Mme Dupont. De la voir déposer comme ça un vendredi matin avant une fin de semaine fériée sans même avoir une conférence de presse de lancement. On se doute qu’elle sait très bien ce qu’elle vient de déposer. Ce n’est vraiment pas un plan d’action qui est à la hauteur de nos attentes.»

Le tiers des investissements du dernier plan
Aux yeux de Rosalie Dupont, la CAQ a démontré avec ce plan que la lutte à la pauvreté «n’est pas leur priorité».
«Le dernier plan de lutte, il y avait trois fois plus d’argent alors que les besoins sont très grands aujourd’hui», rappelle-t-elle en indiquant qu’il s’agit du «pire plan» des quatre versions déposées depuis ces débuts en 2004.
Pour chaque plan, les organismes communautaires ont obtenu «au moins un gain» comme le crédit d’impôt pour solidarité en 2017, mais ce n’est pas le cas cette fois-ci.
Seulement des mesures pour le programme d’aide sociale ont été annoncées afin d’aider les individus assistés qui résident avec une personne proche aidante. Les prestations d’aide sociale n’ont toutefois pas été bonifiées.
«C’est une occasion ratée au final. Le gouvernement doit déposer aux cinq ans des plans de lutte contre la pauvreté. On sait qu’on n’en aura pas un autre avant cinq ans. Comme il n’y a absolument rien dans ce plan de lutte là qui va permettre d’améliorer la situation de façon notable, pour nous, c’est une grosse perte.»
— Rosalie Dupont, co-coordonnatrice de la TACAE
Mme Dupont déplore aussi que l’enjeu du logement ait été minimisé dans ce plan. «Il y avait un paragraphe sur la question du logement alors qu’on est dans une crise majeure. Tout ce que ce paragraphe disait c’est qu’ils allaient continuer la construction des logements en cours. Ce n’est pas une annonce gouvernementale.»

