FPInnovations a récemment fait des essais de circulation en peloton de camions sur des routes forestières de Rivière-aux-Rats à La Tuque. Ces essais marquent le début d’une transformation de l’industrie du transport forestier au Canada.

Extraire chaque molécule de l’arbre

Tous reconnaissent l’importance du secteur forestier dans l’économie. L’aménagement durable, l’environnement et la biodiversité sont autant de sujets abordés à l’automne dans cette série d’articles du Groupe Capitales Médias : «Une forêt à connaître». Mais, que sait-on des nouvelles technologies qui permettent de produire davantage, tout en utilisant moins d’arbres? Des innovations visant à optimiser la ressource? De la contribution du milieu forestier à la lutte aux changements climatiques? Des spécialistes et des acteurs de l’industrie ont beaucoup à partager afin de mieux faire connaître la forêt, qui représente presque la moitié de la superficie totale du Québec (7e de 10).

MATANE — «La forêt, c’est notre ressource principale. Notre vie et notre industrie sont basées sur la forêt. La technologie, c’est au coeur de notre mission, c’est ce qui nous anime. Quand on coupe un arbre dans la forêt, il faut aller chercher chaque molécule de l’arbre. C’est la façon dont on pense. C’est une quête constante.»

Voilà la façon avec laquelle le président et chef de la direction de FPInnovations résume les valeurs de son institution de recherche privée, l’un des plus grands au monde. «C’est fascinant de voir le niveau de haute technologie qu’on a dans l’industrie forestière et dans toutes les entreprises secondaires qui en découlent», souligne Stéphane Renou. FPInnovations déploie son expertise au sein de quatre grands secteurs d’activités: les opérations forestières, les produits du bois, les pâtes et papiers ainsi que la bioraffinerie.

Dans le domaine des opérations forestières, l’organisme développe la télédétection. «On envoie une série de drones dans les airs qui vont faire une photographie de la forêt dans tous ses détails, explique M. Renou. Ils identifient chaque arbre pour nous dire sa grandeur, son nombre de tiges, son branchage, sa grosseur, sa position, son espèce. Ça nous permet de gérer la forêt à partir d’un environnement de réalité virtuelle.»

Le président et chef de la direction de FPInnovations, Stéphane Renou.

« Quand on coupe un arbre dans la forêt, il faut aller chercher chaque molécule de l’arbre. C’est la façon dont on pense. C’est une quête constante. »
Stéphane Renou, président et chef de la direction de FPInnovations.

FPInnovations, qui compte plus de 430 employés et qui possède des bureaux et des laboratoires de recherche dans plusieurs villes, dont Québec, Montréal et Vancouver, développe des procédés visant à optimiser l’accès à la fibre. Les opérateurs de machines en forêt qui doivent parfois travailler dans des pentes de 40, 50, voire même 60%, s’exposent à de grands risques. «On regarde comment on peut augmenter la sécurité des opérations en utilisant plus de capteurs, plus de robotique, plus d’opérations automatisées», indique le président du centre de recherche. Cela aide également l’industrie qui a de la difficulté à recruter des gens qui veulent faire ce type de travail.»

Pour pallier à la pénurie de camionneurs forestiers, FPInnovations a récemment fait une démonstration de «platooning». «On fait des systèmes de guidage automatique, où les camions peuvent se suivre, décrit le dirigeant. Il y a un conducteur dans le premier camion et dans l’autre, on développe des technologies pour qu’il n’y ait plus de conducteur et que le camion suive celui qui est en avant de façon automatisée.»

Du côté des produits du bois, FPInnovations cherche à utiliser tous les sous-produits de l’arbre: l’écorce comme pesticides ou comme agents chimiques, les sciures et les copeaux dans la bio-économie. L’institut aide l’industrie des pâtes et papiers à transformer des bioproduits. La cellulose de la fibre peut remplacer le verre dans la fibre de verre. On peut aussi l’utiliser comme isolant dans la construction ou comme fortifiant dans le béton. La lignine, qui est une autre molécule de la fibre de bois qui s’apparente à une gomme plutôt collante, peut servir comme liant en bordures des routes.