Zone une forêt à connaître

Pour une gestion responsable de la forêt (3e de 5)

Les forêts représentent presque la moitié de la superficie totale du Québec. Toutefois, cette ressource majeure de l’économie est mal connue.

Quel est l’état des lieux aujourd’hui? Comment fait-on l’exploitation raisonnable et contrôlée, l’aménagement, le reboisement, la protection de la forêt? Comment fait-on le point sur la question actuelle de la main-d’œuvre, sans oublier les efforts investis dans la recherche et l’innovation?

Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions. Prochain rendez-vous : le 17 novembre

Zone Une forêt à connaître

Sacrifier un arbre pour sauver la forêt

MATANE – Certains groupes de citoyens et d’environnementalistes dénoncent les coupes forestières et leur impact sur les paysages. Pourtant, il y a plusieurs avantages à réaliser des activités sylvicoles, estiment des experts.

«On ne peut pas sauver un arbre, mais on peut sauver la forêt», lance le directeur général de la Coopérative Terra-Bois, Pierre Baril.

«Notre rôle, c’est d’améliorer les arbres en les sélectionnant, en prélevant les moins bons sujets pour que la génétique des meilleurs qui restent se régénère et pour avoir une diversité d’essences.»

Des écologistes croient de plus en plus que la récolte de bois et la plantation d’espèces mieux adaptées aux conditions climatiques et environnementales sont à préconiser pour le maintien d’une forêt en santé.

«Couper des arbres, ce n’est pas seulement bon pour les usines, indique le directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, Marc-André Côté. C’est bon aussi pour l’environnement.»

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LA FORÊT PRIVÉE EN CHIFFRES

16%

de la forêt productive du Québec

134 000

propriétaires de forêts et de boisés privés au Québec

51%

ont acquis leur lot boisé d’un membre de la famille

92%

détiennent un lot boisé pour le plaisir

74%

des propriétaires d’un lot boisé comptent le donner en héritage

40 hectares

superficie moyenne des forêts privées

Zone Une forêt à connaître

Chasse et pêche: des préjugés à abattre

MATANE – Trop de gens croient à tort que «tout ce que veulent les chasseurs et les pêcheurs, c’est plus de gibier, plus de poisson et au diable le reste, déplore Michel Baril de la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec. De comprendre l’écologie, c’est assez inné chez la plupart des chasseurs et pêcheurs.»

Pour le biologiste, c’est une évidence pour un chasseur ou un pêcheur de savoir qu’il est tout à son avantage de compter sur un environnement et un milieu naturel en santé. Dans ses outils de communications, l’organisme dresse d’ailleurs des portraits fauniques sur différentes espèces comme le lynx, le lièvre ou même l’opossum.

«C’est seulement pour faire de l’éducation et de la sensibilisation auprès des citoyens», indique M. Baril. 

La connaissance de l’écologie est un avantage pour les chasseurs et les pêcheurs.

«Un chasseur ou un pêcheur qui a des notions d’écologie va avoir plus de facilité à récolter, soutient le porte-parole de la Fédération. Il comprend très bien que s’il veut continuer à chasser ou à pêcher, il doit respecter les milieux naturels et que ceux-ci doivent être en santé. Il faut donc faire attention dans les attaques contre les chasseurs. Ils sont respectueux de l’environnement et de leur gibier. Ils savent très bien que s’ils exagèrent, ils vont perdre tout le capital dont ils ont besoin!»

Zone Une forêt à connaître

Forêts privées: le respect des écosystèmes

MATANE – Le respect de l’écologie, de la biodiversité et de la faune est le lot des 134 000 propriétaires de forêts et de boisés privés du Québec. Pour plus de la moitié d’entre eux, leur propriété est un legs familial et pour les trois quarts, ils ont eux-mêmes l’intention de le donner en héritage. Selon la Fédération des producteurs forestiers du Québec, cette situation dicte le comportement de leur gestion forestière.

«Généralement, on ne détruira pas ce qu’on veut transmettre à nos enfants», a comme raisonnement le directeur général de la Fédération, Marc-André Côté.

Pour 92% des producteurs forestiers, le plaisir d’aménager une forêt ou tout simplement de posséder un milieu naturel représente leur principale motivation.

«C’est fabuleux comme résultat, estime M. Côté. Ils n’ont pas acheté un bloc-appartements, ils ont un boisé. Ça devient un terreau propice pour avoir de bonnes pratiques d’aménagement forestier. Ils font ça pour le plaisir. Ils ont une fierté à gérer leur boisé. Ils veulent généralement agir en bons gestionnaires, en bons intendants du territoire.»

Les boisés privés représente 16% de la forêt productive québécoise. Au Bas-Saint-Laurent, cette proportion s’élève à 50%. 

À la Coopérative Terra-Bois, qui compte plus de 1000 sociétaires québécois qui détiennent des boisés privés de plus de 10 acres, il est impensable de réaliser un plan d’aménagement forestier sans tenir compte de la biodiversité.

«Pour nous, c’est implicite dans le travail, souligne le directeur général de la coopérative, Pierre Baril. Ça fait partie du quotidien. Les gens voient les propriétaires de boisés comme des utilisateurs de la forêt qui ont comme unique préoccupation la récolte. En réalité, le propriétaire de boisés a une forêt dans dans laquelle il y a une multitude d’éléments. C’est un écosystème où il faut prendre en considération toutes les notions d’écologie et de biodiversité: la faune, les milieux sensibles, les zones inaccessibles, les pentes fortes, un bout de lac, un ruisseau, un escarpement...»

Zone Une forêt à connaître

Aménager le vivant (2e de 5)

Les forêts représentent presque la moitié de la superficie totale du Québec. Toutefois, cette ressource majeure de l’économie est mal connue.

Quel est l’état des lieux aujourd’hui? Comment fait-on l’exploitation raisonnable et contrôlée, l’aménagement, le reboisement, la protection de la forêt? Comment fait-on le point sur la question actuelle de la main-d’œuvre, sans oublier les efforts investis dans la recherche et l’innovation?

Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions. Prochain rendez-vous: le 10 novembre

ZONE UNE FORÊT À CONNAÎTRE

Pour une forêt plus performante

MATANE – La forêt québécoise représente un cinquième du territoire forestier canadien et 2% des forêts du monde. L’aménagement forestier durable constitue le pain et le beurre de plus de 200 municipalités du Québec. Ses retombées sont incontestables sur le plan de la main-d’œuvre et des activités de plein air. Au-delà de certains mythes qui ne voient que la coupe d’arbres, l’aménagement forestier se préoccupe avant tout de la santé de la forêt pour assurer sa pérennité, mais aussi pour la rendre plus performante.

«Au Québec, on a des normes très précises, stipule la directrice de l’Association forestière du sud du Québec, Amélie Normand. On récolte des arbres, mais pas n’importe où et n’importe quand! Il y a des façons de faire, des procédés, des mesures d’atténuation. On protège la forêt en fonction des utilisateurs et de l’environnement.»

«Si on ne fait que prélever purement et simplement, il est évident qu’on va manquer de ressources par rapport à la demande et aux besoins qu’on a aujourd’hui dans l’économie, prévient le président de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, François Laliberté. On essaie de faire produire plus que ce que la nature nous donne, mais aussi et parfois plus en qualité. On essaie d’activer les processus, tout en respectant les capacités du milieu.»

Selon l’ingénieur forestier, il est d’autant plus important de faire de l’aménagement forestier puisque la population augmente. «Ça met de la pression, reconnaît-il. Il faut qu’on produise plus!» M. Laliberté croit également que la forêt et les produits du bois sont une merveilleuse façon de remplacer une foule d’autres produits, dont plusieurs sont nocifs pour l’environnement. «Ca nous prend donc du bois, insiste-t-il. Une plantation devrait produire mieux et plus qu’un peuplement laissé à lui-même naturellement.»

Zone Une forêt à connaître

La forêt Montmorency, un modèle

MATANE – Plus vaste forêt d’enseignement et de recherche au monde, la forêt Montmorency, située à 45 km au nord de Québec, est considérée comme un modèle d’aménagement durable. En plus d’être un milieu d’enseignement et de recherche depuis 1964, elle est ouverte au public.

Les activités de la forêt Montmorency se déclinent sous trois grandes sphères: l’enseignement et la recherche, l’ouverture au public et la foresterie. «Ces trois volets-là définissent le modèle d’aménagement et la façon de mettre en valeur l’ensemble des ressources du territoire», précise le directeur des opérations, Hugues Sansregret. Pour y parvenir, ses acteurs mettent de l’avant un modèle viable d’aménagement des ressources ligneuses, fauniques, hydriques, récréatives, touristiques et paysagères, tout en veillant à la productivité de la forêt, à sa capacité de régénération et à sa vitalité.

ZONE UNE FORÊT À CONNAÎTRE

Des pistes d’avenir pour la forêt?

MATANE – Avec le virage que prennent le gouvernement du Québec et de plus en plus de municipalités en optimisant l’utilisation du bois dans les constructions publiques et dans la fabrication de meubles, l’économie générée par la forêt ne s’en porte que mieux.

«Il n’y a pas juste Ikea, en Suède, qui peut faire des choses en bois, illustre le directeur des opérations de la forêt Montmorency, Hugues Sansregret. Au Québec, on est capables, nous aussi!» La bio-énergie peut aussi être une avenue visant à assurer la pérennité de la forêt. «On a des extractibles provenant des résidus forestiers qu’on peut utiliser pour remplacer les combustibles fossiles comme l’essence ou le diesel», croit M. Sansregret.

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FORÊT MONTMORENCY EN CHIFFRES

412 km² de superficie

73 projets de recherche

700 publications

Zone Une forêt à connaître

La forêt, une ressource inestimable

Les forêts représentent presque la moitié de la superficie totale du Québec. Toutefois, cette ressource majeure de l’économie est mal connue.

Quel est l’état des lieux aujourd’hui? Comment fait-on l’exploitation raisonnable et contrôlée, l’aménagement, le reboisement, la protection de la forêt? Comment fait-on le point sur la question actuelle de la main-d’œuvre, sans oublier les efforts investis dans la recherche et l’innovation?

Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions. 1er de 5.

Prochain rendez-vous: le 3 novembre.

Zone Une forêt à connaître

Construction en bois: les municipalités doivent donner l’exemple

MATANE — «Si chacune des municipalités et des MRC donne l’exemple en utilisant du bois pour leurs constructions publiques, on va contribuer à une économie forte de la forêt», estime le président du Regroupement des communautés forestières et premier vice-président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Yvon Soucy.

«Elles donnent aussi l’exemple aux entreprises privées», poursuit-il. L’utilisation du bois dans les nouvelles constructions publiques est d’ailleurs l’élément phare du plan d’action 2018-2019 élaboré par le Regroupement des communautés forestières. La publication d’un guide sur l’utilisation du bois, qui représente 2,8% du PIB du Québec, est aussi dans les cartons.

Le plan d’action repose sur quatre axes:

1) conserver et favoriser une industrie essentielle;

2) favoriser des mesures concrètes pour intégrer davantage de bois dans les projets municipaux d’énergie et de construction;

3) aménager la forêt pour combattre les changements climatiques;

4) développer les économies de la forêt. Une déclaration commune est née de ce plan d’action que la FQM enjoint les municipalités à adopter. «Près de 200 municipalités et MRC l’ont adoptée», se réjouit le président du Regroupement.

La MRC du Kamouraska, pour laquelle Yvon Soucy est le préfet, donne l’exemple dans la construction de bâtiments publics en bois. L’Édifice Claude-Béchard, qui abrite d’ailleurs les bureaux de la MRC, en est un exemple. Une autre construction en bois sera mise en chantier l’été prochain à La Pocatière. Au coût de 2,4 millions$, la mise en chantier de la Maison d’accueil touristique du Kamouraska privilégiera l’utilisation du bois.

Les priorités de l’UMQ

À l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le comité forêt priorise deux grands dossiers: le bois d’oeuvre et le caribou forestier. Le comité forêt adhère en totalité aux recommandations du forestier en chef. D’ailleurs, sa recommandation phare, qui porte sur les bois mal aimés, préoccupe le comité, qui réunit une quinzaine de maires.

«Certains types de bois ont moins de valeur et trouvent moins preneur dans l’industrie forestière traditionnelle, explique Jean-Maurice Matte, qui est membre du comité forêt. Il faut trouver des alternatives économiques pour ces volumes de bois qui sont laissés sur les parterres de coupe. On souhaite qu’il y ait plus d’effort qui soit fait par les gouvernements pour étudier et accompagner les industries qui veulent tendre vers ce type de production.»