Gaétan Morin, président et chef de la direction du Fonds de solidarité FTQ

Fonds de solidarité FTQ: «de sauveur à propulseur d’entreprises»

«En 35 ans, le Fonds est passé de sauveur à propulseur», lance son président et chef de la direction, Gaétan Morin. Remontons en 1983. La Québec traversait alors une grave crise économique. Les taux d’intérêt étaient très hauts. Le taux de chômage également. Si on ne faisait rien, les entreprises allaient tomber les unes après les autres. L’idée a alors germé de créer un fonds d’investissement pour donner du capital à ces entreprises et les sauver de la faillite.»

Arrivé à la tête du Fonds de solidarité FTQ en 2014, peu de temps après les révélations de la commission Charbonneau sur les allégations d’infiltration du crime organisé en son sein, Gaétan Morin avait dit vouloir miser sur la transparence. Quatre ans plus tard, il dresse un bilan de son action et affirme sa fierté de diriger une organisation œuvrant jour après jour à enrichir les entreprises d’ici et, par là même, les Québécois.

M. Morin aime rappeler que, dans les années 1980, Montréal n’était pas le centre financier qu’il est devenu et que les grandes entreprises devaient aller chercher du financement à Toronto. Il souligne que le Fonds a permis de bâtir ce centre financier en permettant aux Québécois d’investir dans leurs compagnies. Il rappelle que tout a commencé avec les minières.

Cercle vertueux

Ce qui explique d’ailleurs son arrivée au Fonds en 1989. Gaétan Morin est en effet titulaire d’une maîtrise en géologie économique. Il a d’abord travaillé comme chef de projet pour le compte de sociétés minières et pour le ministère des Ressources naturelles du Québec, avant de s’occuper du financement d’entreprises pour différents courtiers en valeurs mobilières.

«La géologie m’a amené à la finance et la finance, au Fonds de solidarité il y a près de 30 ans maintenant, explique-t-il. À l’époque, cette idée de mutualiser l’épargne des Québécois pour disposer d’un capital important pour soutenir nos entreprises était complètement unique et ça l’est resté. C’est ce qui m’a attiré.»


« Nous avons défini des créneaux porteurs, nos pôles d’investissement, à savoir les secteurs de l’aéronautique, des biotechnologies, de l’agroalimentaire et de l’industrie forestière. Nous avions projeté d’y investir 3 milliards $ sur quatre ans, mais nous allons en fait tenir cet engagement avec six mois d’avance. »
Gaétan Morin

Il y a 35 ans, en effet, les Québécois ont eu l’idée de mettre en place un cercle vertueux. Il s’agissait de pousser la population à épargner pour sa retraite, chose qu’elle ne faisait que très minoritairement à l’époque, d’utiliser ce capital pour investir dans les entreprises, qui par leur croissance feraient fructifier cet argent, pour ensuite le reverser aux épargnants arrivés à la retraite, avec rendement en sus.

«Nos épargnants ne sont pas des gens riches et célèbres, souligne M. Morin. C’est la classe moyenne. Le Fonds dispose aujourd’hui de 645 000 épargnants. Quelque 36 % d’entre eux épargnent pour la première fois dans un REER.»

Planification stratégique

Depuis ses débuts, le Fonds a investi 15 milliards $ dans plus de 2700 entreprises de plus ou moins grande taille partout sur le territoire québécois. C’est aussi un demi-million d’emplois soutenus qui, sans cette aide, auraient probablement disparu. Et huit milliards $ retournés aux actionnaires. Une success story donc, mais une histoire dont l’image a été bien ternie il y a quatre ans, alors qu’au détour de la commission Charbonneau, on apprenait que le Fonds avait fricoté avec le crime organisé.

Dans la foulée, l’ex-pdg Yvon Bolduc se retire, remplacé par Gaétan Morin donc. L’homme est salué par le président du conseil d’administration, Robert Parizeau, pour son intégrité et son éthique irréprochable. Il est alors depuis 25 ans dans la maison et est à ce moment-là vice-président responsable du développement corporatif et des investissements au Fonds. Il promet de poursuivre la mise en place de la nouvelle gouvernance amorcée par son prédécesseur et annonce qu’il mettra sur pied un plan stratégique.

«Nous avons défini des créneaux porteurs, nos pôles d’investissement, à savoir les secteurs de l’aéronautique, des biotechnologies, de l’agroalimentaire et de l’industrie forestière. Nous avions projeté d’y investir 3 milliards $ sur quatre ans, mais nous allons en fait tenir cet engagement avec six mois d’avance.»

Dans le même temps, le Fonds souhaitait rajeunir ses épargnants. Objectif tenu également puisque, ces dernières années, 50 % des nouveaux adhérents ont moins de 40 ans. Des épargnants qui sont de plus en plus nombreux à cotiser par des prélèvements bancaires ou des retenues sur salaire, ce qui, selon Gaétan Morin, est une saine pratique d’épargne.

Développement économique inclusif

Reste que le Québec est en pleine mutation et que le Fonds devra s’adapter. Les principaux défis, selon son pdg, sont le vieillissement de la population, la raréfaction de la main-d’œuvre, la révolution technologique et les changements climatiques.

«Le Québec a des forces pour répondre à ces différents enjeux, croit-il. Nous produisons de l’énergie propre, nous avons un écosystème financier solide, des universités reconnues et des talents, et de la créativité à revendre. Il faudra que les entreprises fassent plus appel à la robotisation et à l’intelligence artificielle. Le Fonds va les accompagner dans cette transition, tout en veillant à ce qu’elle ne se fasse pas au détriment des travailleurs. Le développement économique doit être inclusif.»

Le Fonds appuie donc les entreprises qui offrent de la formation. Mieux, il offre lui-même de former les travailleurs dans les entreprises qu’il finance.

«Ce sont des syndicalistes qui nous ont mis au monde, rappelle-t-il. Et ils composent une grande partie de notre conseil d’administration. Ça explique que nous veillons au bien-être des travailleurs.»

Il conclut en insistant sur le fait que le Fonds ne serait rien sans l’engagement de tous ceux qui œuvrent à le faire tourner. «Une étude interne démontre à quel point ils sont fiers de travailler au Fonds, dit-il. Ils sont à l’origine des succès passés et à venir.»

À la grandeur du Québec

Les entreprises soutenues par le Fonds de solidarité FTQ sont formelles : ce partenariat a été crucial pour elles afin de développer leurs activités et de franchir un palier. Le Devoir s’est entretenu avec deux d’entre elles, Bois BSL à Mont-Joli et Jaymar à Terrebonne.

Nous joignons par téléphone le propriétaire de Jaymar, Daniel Walker, à la veille d’un voyage d’affaires à Barcelone. Après s’être concentré pendant plus de soixante ans sur le marché nord-américain, il souhaite maintenant analyser les possibilités de développement en Europe.

«Nous sommes devenus la plus belle usine de fabrication de lits, de sofas et d’autres meubles rembourrés au Canada, affirme-t-il d’emblée. Ces dernières années, nous avons intégré plus de technologies et travaillé énormément sur de nouveaux designs. C’est ce que ça prend pour rester compétitif.»

L’histoire démarre en 1956 à Terrebonne. George Reinitz lance une usine de fabrication de meubles rembourrés moyen et haut de gamme. Pendant plus de quarante ans, il dirige l’entreprise, n’hésitant jamais à investir pour demeurer à la pointe de la technologie et se faisant un devoir de maintenir toute la chaîne de production au Québec. En 2000 cependant, il prend sa retraite. L’usine passe aux mains d’intérêts américains. Elle est plusieurs fois revendue et fusionnée avant qu’un jour de 2014, Daniel Walker décide de racheter l’entité Jaymar. L’entreprise redevient 100 % québécoise.

Il fait alors appel au Fonds régional de solidarité (FRS). L’entrepreneur avait déjà son plan de financement ficelé, mais il se disait que l’argent du Fonds lui permettrait de se développer plus rapidement et d’innover. Le FRS lui prête un demi-million de dollars et le Fonds de solidarité investit quant à lui 3 millions $.

«Mais ce qu’il apporte, c’est plus que de l’argent, précise M. Walker. À l’époque, je n’avais pas de conseil d’administration. J’en ai mis un sur pied et le Fonds y participe. Nous avons travaillé sur un plan stratégique sur 10 ans. J’ai 60 ans, je vais bien, je suis en forme aujourd’hui. Mon but ultime, c’est que l’entreprise demeure la plus innovante dans son domaine. On travaille à cela de manière intelligente.»

Salles de cinéma

Même discours de la part de Gino Ouellet. Cet homme originaire du Bas-du-Fleuve a fondé en 1995 l’entreprise Bois BSL. Par goût de l’entrepreneuriat et par passion pour les activités forestières, il se lance dans la fabrication de planchers de bois franc. Il démarre alors avec trois employés, mais 10 ans plus tard, l’entreprise compte déjà 320 personnes. En 2003, il décide de faire appel au Fonds de solidarité FTQ.

«C’est plus que de l’argent, le Fonds, explique-t-il. C’est tout un réseau à la grandeur de la province. Et puis, c’est un prêteur patient. Nous avons eu de belles années depuis 1995, mais il y a aussi eu des moments plus difficiles, en 2010-2011 notamment. Jamais nous n’avons senti quelque pression de sa part. Au contraire, on a pu travailler ensemble pour trouver des solutions concrètes. Il a été de très bon conseil et nous a mis en contact avec des gens au moment où nous en avions besoin.»