Une petite équipe, surtout composée de membres d’une même famille, s’est confinée ensemble pour démarrer un projet d’agriculture bio-intensive à Frelighsburg.
Une petite équipe, surtout composée de membres d’une même famille, s’est confinée ensemble pour démarrer un projet d’agriculture bio-intensive à Frelighsburg.

Quand la pandémie mène à un projet maraîcher

L’agriculture maraîchère est devenue une histoire de famille pour Rémi Fournier. Devant l’arrêt imposé par la COVID-19 au pays, il s’est lancé à corps perdu dans l’agriculture bio-intensive*, inspiré des enseignements de Jean-Martin Fortier. Alors qu’il n’y connaissait rien en matière de production maraîchère, il s’est levé un beau matin de mars et il s’est dit: « On le fait ! Avec mes parents, ma sœur avec son petit bébé et son chum, on s’est confinés ensemble pour démarrer le projet. » La ferme maraîchère Au cœur du Pinacle a vu le jour à Frelighsburg.

Une amie agente de bord qui s’est retrouvée sans emploi, Virginie Lupien-Bastien, s’est jointe au projet, tout comme Mathilde, qui profite de l’aide gouvernementale pour travailler au champ. Régulièrement, des couples de Montréal viennent renouer avec la terre en donnant un coup de main et en habitant sous une tente.

En deux temps trois mouvements, l’homme d’affaires qui partage sa vie entre Montréal et Frelighsburg depuis quatre ans — son projet initial dans la région est un vignoble — a investi pour acheter une serre où les semis croissent et quelques équipements installés dans moins de deux acres de terrain.

Tout a été installé et est fonctionnel. Même trop. Ils n’arrivent pas à aller assez vite dans le champ pour replanter les semis tout frais. « La serre est le cœur de l’opération, explique Rémi Fournier. Avec la manière dont on travaille, on régénère le potentiel des nutriments du sol. Une fois qu’on a récolté, notre sol est plus en santé qu’avant. C’est un principe de permaculture. Parce que le sol est toujours en santé, on plante et on récolte plusieurs fois par année. C’est ce qui fait que c’est rentable et qu’on est capables de le faire sur une petite surface. Ici, on ne fait que démarrer les semis qui vont s’en aller au champ. »

D’un côté, des planches permanentes où sont plantés les semis de plusieurs légumes. Aucune monoculture. De l’autre côté, on a installé cette semaine des tunnels froids qui abritent les tomates, poivrons et concombres.

« Honnêtement, je pense que c’est notre plus beau cadeau. Tout est au ralenti, donc au lieu de ne rien faire, on a fait ça, se réjouit M. Fournier, des étoiles dans les yeux. On tripe tous ben raide. »

Et le projet est là pour rester au-delà de la pandémie. Des arbres fruitiers et un bassin pour les batraciens s’ajouteront au projet et, l’an prochain, des vignes seront plantées de l’autre côté de la terre.

En mission

Visionnaire et passionné, l’entrepreneur est également en mission pour prouver que l’agriculture plus humaine fonctionne et pour aider à son développement.

« Je le fais parce que je veux le tester. Ça s’inscrit dans une démarche un peu plus différente. Je viens du monde des affaires à Montréal. J’ai fondé et vendu bien des business en technologie. Au cours des années, il s’est développé tout un écosystème hyper supportant pour les startups, tant au niveau du capital financier qu’au niveau des ressources. Ça a fait qu’il y a tout un segment de l’économie qui a levé et des entreprises qui se sont créées transforment le monde aujourd’hui. Quand tu penses à l’agriculture, rien de tout ça n’a été fait. Il n’y a aucune ressource. Zéro. [...] Et il n’y a aucun leadership politique. »

Selon lui, les gens qui veulent se lancer dans le maraîchage bio-intensif ne sont pas pris au sérieux contrairement aux jeunes universitaires qui se lancent dans une startup en technologie, par exemple, à Montréal. Et pourtant, il assure qu’il s’agit d’une entreprise comme une autre.

M. Fournier croit que le modèle des fermes de petite surface est en croissance. Dans le secteur de Frelighsburg, ils seraient des dizaines à avoir adopté cette façon de faire. « Ils démarrent dans l’ignorance complète et totale de la société » et n’ont pu profiter de l’aide des syndicats en agriculture, des institutions bancaires ou encore du gouvernement pour y arriver.

« Je rêve d’un jour où on va avoir le même genre d’incubateur avec les ressources disponibles pour aider financièrement et en termes de connaissances les gens qui veulent se lancer, confie le maraîcher. Et que ce soit aussi encensé. Aujourd’hui, démarrer une startup, c’est la plus belle chose que tu peux faire à Montréal ou dans le monde des affaires. Commencer une ferme, ce n’est pas vraiment sexy. »

L’avenir de l’agriculture bio-intensive

Pourtant, ce modèle est rentable et nutritif pour la population malgré la petitesse de la terre utilisée.

« Ici, c’est un modèle qui permet de faire vivre une famille ou un petit groupe avec une rentabilité qui est similaire à ce que tu peux retrouver dans la méthode traditionnelle. C’est sûr qu’on fait moins de revenus, mais en fin d’année, il y a plus de profits ici que sur une terre de 450 acres. »

Plusieurs dépenses ne sont pas nécessaires dans ce modèle. C’est le cas de la machinerie, qui est absente, mais aussi des fertilisants et des pesticides. L’équipe de travail est aussi petite.

« Il y a un paquet de coûts qu’on n’a pas parce qu’on est hyper petit et parce qu’on fait ça sur une petite surface. Donc le coût de ton terrain, la dette que tu contractes pour acheter, tout ça fait en sorte qu’en bout de piste tu as un modèle significativement plus performant que n’importe quel modèle agricole, tant au niveau financier qu’au niveau santé et qualité de vie. » Et puisque le terrain nécessaire est petit, il est aussi plus accessible financièrement.

Rémi Fournier croit également que la solution aux changements climatiques passe par les petites fermes bio-intensives, d’autant plus qu’une source importante de gaz carbonique provient des fermes de grandes superficies. « Si on veut recapturer le carbone et avoir un impact, il faut être capable de nourrir le monde sur 1, 2 ou 3 % de la superficie qu’on a détruite pour faire des champs et recréer les écosystèmes qu’on a détruits. »

Les légumes, fruits et fleurs comestibles d’Au cœur du Pinacle peuvent être achetés en ligne via marcheatable.com/aucoeurdupinacle. Les produits sont livrés dans quelques points de chute de la région. Toutes les mises à jour sont publiées sur la page Facebook de la ferme.

*Veuillez noter qu'Au coeur du Pinacle n'a pas encore obtenue sa certification de ferme biologique. Elle utilise toutefois les enseignements de l'agriculture bio-intensive de Jean-Martin Fortier.