David Gagnon est chef instructeur et directeur de l’enseignement du Centre québécois de formation aéronautique, situé à Saint-Honoré. On le voit dans le hangar d’entretien mécanique devant un bimoteur Piper Navajo. Le programme public du Cégep de Chicoutimi est le seul au Québec en aviation.

Le CQFA dans une classe à part

Le Centre de québécois de formation aéronautique (CQFA) est dans une classe à part. L’école d’aviation du Cégep de Chicoutimi est le seul programme public au Québec, et cette exclusivité est de plus en plus reconnue par les grandes compagnies aériennes.

Le CQFA est basé à Saint-Honoré, à environ 15 minutes de Chicoutimi. Chaque année, une quarantaine de finissants sont prêts à prendre d’assaut le marché du travail. Un marché qui est d’ailleurs en pleine effervescence, à un point tel qu’on vit une pénurie de pilotes.

« Des vols sont annulés tous les jours au Canada en raison d’un manque de pilotes, fait remarquer le chef instructeur et directeur de l’enseignement pour le CQFA, David Gagnon. C’est vraiment urgent pour les compagnies de pourvoir ces postes. Pour le jeune, se retrouver dans une école dotée d’une bonne réputation est une belle perspective en vue de se retrouver dans une grande compagnie, avec les avantages qui viennent avec. »

En ce moment, 40 étudiants par cohorte sont admis au CQFA. « On pourrait former deux ou trois fois plus de pilotes qu’on le fait actuellement, et ils se placeraient tous », avance M. Gagnon.

Même si seulement 40 des quelque 300 demandes d’admission sont acceptées chaque année, le programme du Cégep de Chicoutimi n’est pas contingenté au sens propre. Il pourrait accueillir plus d’étudiants, mais le budget octroyé par le ministère de l’Éducation ne le permet pas.

Et même si le ministère de l’Éducation décidait de délier les cordons de la bourse, l’école publique d’aviation de Saint-Honoré devrait s’asseoir avant de décider si elle forme davantage de futurs pilotes.

« On s’en va dans une direction où il y a un manque de pilotes, mais le marché de l’aviation est très lié à l’économie, concède David Gagnon. Le prix de l’essence, le terrorisme et les tendances peuvent influer le volume du transport aérien. Ça va bien, et espérons que ça va durer, mais en même temps, il faut faire attention de ne pas saturer le marché. »

Accessible et abordable
Il est possible de devenir pilote d’aéronef en complétant la formation technique du CQFA. Un diplôme d’études collégiales est obtenu après les trois ans d’études, qui comprend notamment 225 heures de vol pour le cours de multimoteur aux instruments (pilote de ligne). L’apprentissage pour piloter un hélicoptère ou encore celui pour hydravion (pilote de brousse) sont les deux autres volets offerts au CQFA.

Après deux sessions théoriques, les étudiants commencent à voler dès la deuxième année. Au terme de la troisième session, ils doivent choisir vers quel champ d’expertise ils se dirigent (hélicoptère, hydravion ou multimoteur aux instruments).

En étant un programme du collège public, celui du Cégep de Chicoutimi est – et de loin – le plus abordable au Québec. D’autres écoles privées de pilotage dispensent la formation, mais pas à n’importe quel prix. David Gagnon estime qu’il en coûte entre 70 000 et 80 000 $ au privé pour obtenir sa licence commerciale (200 heures de pratique). On parle plutôt d’un montant d’environ 2000 $ pour une formation au CQFA.

Pilote des forces
L’autre avenue possible pour devenir pilote d’aéronefs sans débourser une fortune est de passer par la Défense nationale. Le candidat admis dans l’Aviation royale canadienne est invité à compléter un baccalauréat rémunéré dans un collège militaire ou une université québécoise, car il faut être officier dans les Forces pour pouvoir voler, et pour être officier, il faut compléter son baccalauréat.

En plus d’être relativement abordable, le Centre québécois de formation en aéronautique jouit d’une belle expertise.

Le CQFA est membre de l’Organisation de l’aviation civile internationale, de sorte que la formation est reconnue dans de nombreux pays, dont plusieurs de l’Afrique.

« Le Canada a une réputation au niveau de la formation qu’il n’a pas à envier à quiconque, annonce David Gagnon. Les pilotes qui désirent s’exporter n’ont généralement aucune difficulté à le faire. »

Des exigences précises, mais pas sévères

Certains prérequis précis doivent être remplis pour adhérer au programme du CQFA, mais la fonction de pilote d’avion n’est pas nécessairement réservée à l’élite.

En plus de satisfaire aux conditions générales d’admission d’un DEC, il faut avoir complété des mathématiques technico-sciences (536) ou sciences naturelles de cinquième secondaire, ainsi que physique (534) de cinquième secondaire.

Au-delà de ces habiletés en calcul, nul besoin d’avoir un QI au-dessus de la moyenne.

« Ça prend une personne sérieuse dans ses études, mais elle n’est pas obligée d’avoir des notes de médecin », nuance David Gagnon, un Almatois d’origine.

Le directeur de l’enseignement au CQFA déboulonne certains mythes quant aux exigences physiques reliées au métier de pilote d’avion. 

« Tu peux porter des lunettes et être un pilote d’avion, tranche M. Gagnon. Certains de nos élèves ont des verres correcteurs. Il n’y a aucun problème avec ça. »

Le diplômé du CQFA il y a plus de 15 ans convient toutefois qu’une bonne santé générale facilite l’accès à la formation aéronautique. « Ça prend un dossier médical le plus blanc possible », informe David Gagnon, en rappelant que le sexe et la grandeur n’entrent surtout pas en considération dans les critères de sélection.

Le diabète, les troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité et tout handicap sont des ennuis de santé qui nuisent à l’adhésion.

Ces mêmes restrictions médicales s’appliquent dans les écoles privées de pilotage.