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Le point sur le «pot» légal, deux ans après
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Le point sur le «pot» légal, deux ans après
Le 17 octobre 2018, le cannabis devenait légal au Canada. Comment se porte le «pot» deux ans plus tard? Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) font aujourd’hui le point sur ce «virage vert» plutôt réussi.
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Cannabis légal depuis deux ans : «On n’a plus besoin de se cacher»

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Cannabis légal depuis deux ans : «On n’a plus besoin de se cacher»

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Un mercredi matin frisquet, des amateurs de marijuana font la file, masqués et à deux mètres de distance, devant la Société québécoise du cannabis (SQDC) de Lebourgneuf, à Québec. Quelques minutes plus tard, ils en ressortent avec un petit sac en papier brun. En ces temps de pandémie, la scène est devenue aussi anodine que de voir des gens attendre dehors pour pouvoir acheter du vin à la SAQ. Mais deux ans après la légalisation du cannabis au Canada, c’est ici, dans les SQDC, qu’on peut constater la plus grande manifestation quotidienne de ce changement légal pour les Québécois.

«On n’a plus besoin de se cacher, dit Vincent, 37 ans, consommateur assidu de cannabis depuis deux décennies, rencontré dans la file de la SQDC. C’est ça le plus gros changement!»

Fleur séchée ou moulue? Joint préroulé? Huile de cannabis prête à être ingérée? Atomiseur oral? Pilule? Plus de CBD, moins de THC? Indica, Sativa, Hybride? Les clients ont maintenant le choix entre plus de 200 produits derrière les comptoirs.

Mais surtout, ils ont la liberté d’acheter du cannabis, ce qui était un crime au Canada il y a deux ans.

Dès le premier jour de la légalisation, le 17 octobre 2018, la SQDC avait ouvert 12 succursales à travers la province. Des files d’attente de plus de deux heures s’étiraient devant plusieurs SQDC, révélant aux yeux de plusieurs l’ampleur du bassin d’amateurs de cannabis au Québec.

Certains se demandaient toutefois si l’engouement allait persister après la ferveur des débuts. En entrevue, le président-directeur général de la SQDC, Jean-François Bergeron, assure que oui.

Il affirme que la croissance de la clientèle est soutenue depuis l’ouverture et que le nombre de succursales ne cesse d’augmenter. D’ici mars 2020, il y en aura 43, une hausse qui se traduira notamment en région. Durant la deuxième année de la légalisation, soit dans les 12 derniers mois, la SQDC a atteint plus de 10 millions de transactions, indique M. Bergeron.

Résultat, le marché noir perd du terrain, selon Jean-François Bergeron. «Quand tu rentres dans une SQDC, nous on a le sentiment que tu restes à la SQDC».

Il se consomme en moyenne 150 tonnes de cannabis au Québec par année, explique M. Bergeron. Dans la deuxième année de la légalisation, la SQDC en a vendu 75 tonnes, si bien que la société d’État considère qu’elle arrache maintenant près de 50 % du marché noir dans la province.

Le président-directeur général de la SQDC, Jean-François Bergeron

Il y a deux ans, Marie, 50 ans, avait peur d’acheter d’un revendeur. «Ce n’est pas moi qui s’en occupait...», dit-elle. Maintenant, elle va acheter elle-même son cannabis à la SQDC de Lebourgneuf, où elle dit qu’elle se sent «plus en sécurité».

Selon les focus groups menés par la SQDC, les clients sont attirés dans les succursales notamment par la possibilité d’être guidé par un conseiller et par l’étendue de la sélection. «Le revendeur sur le bord de la rue n’a pas 200 produits», note le président-directeur général de la SQDC.

La SQDC a aussi fait des efforts pour que ses prix soient les plus compétitifs possible, indique Jean-François Bergeron. Le prix moyen de tous les produits confondus est de 6,64 $ le gramme, taxes incluses. Sur le marché noir, le prix se situe à environ 6 $ le gramme, selon M. Bergeron.

D’ici la fin de son année financière, la SQDC prévoit verser un dividende de 50 millions $ à l’État québécois.

«Le marché noir existe encore»

Mais la légalisation du cannabis n’a toujours pas réussi à enrayer le marché noir, deux ans plus tard.

«On est sur la bonne voie, mais le marché noir existe encore», résume Eugene Oscapella, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa. Un écran de fumée se trouve toujours devant les quelques données scientifiques permettant de faire le bilan complet de la légalisation au Canada.

«Dans quelques années, dit-il, on pourra mieux discerner les impacts sur la criminalité.»

Un consensus semble cependant se dessiner auprès des scientifiques, chercheurs, et intervenants communautaires : le marché légitime a tout intérêt à ajuster ses prix, et le Canada doit peaufiner sa Loi sur le cannabis.

Selon Yves Séguin, directeur du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO), les Québécois de moins de 21 ans et les Ontariens de moins de 19 ans sont forcés de se procurer du cannabis sur le marché noir parce qu’ils ne peuvent pas en acheter légalement en succursale. «Un jeune se dit souvent : ‘légal ou pas j’y vais’. On le voit avec la vente d’autres drogues comme le Xanax, ou des dérivés illégaux du cannabis comme le wax ou le shatter»

Le directeur du CIPTO observe que les moins bien nantis s’approvisionnent davantage au marché noir. «C’est généralement moins cher, dit-il. Au Québec, on peut trouver des produits légaux dont les prix sont semblables à ceux du marché noir. Mais si le produit est plus ‘niché’ ou plus fort, c’est différent. Pour la même sorte de cannabis, un gramme peut être vendu à 12 $ à la Société québécoise du cannabis (SQDC), et 5 $ sur le marché noir. Évidemment, les gens qui ont les moyens financiers vont acheter leur cannabis légalement. Ce n’est pas un problème pour eux.»



« On est sur la bonne voie, mais le marché noir existe encore. Dans quelques années, on pourra mieux discerner les impacts sur la criminalité »
Eugene Oscapella, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa

Au-delà de cette critique, le directeur du CIPTO croit que cette légalisation a quelque chose comme une odeur de succès. Il n’a observé aucune augmentation de la consommation de cannabis chez sa clientèle depuis deux ans. «C’est une très bonne nouvelle. Les gens n’ont plus de dossier judiciaire (pour la possession simple et la consommation de cannabis). C’est une très bonne nouvelle. Prenons l’exemple d’un itinérant qui se faisait arrêter alors qu’il était en possession. Il devait aller au tribunal, et il était accusé au criminel. C’était un fardeau de plus pour tout le monde : le système et sa personne.»

Devant la Commission des stupéfiants des Nations-Unies, en mars, une haute fonctionnaire de Santé Canada, Michelle Boudreau, a par ailleurs déclaré que le marché illicite perdait du terrain depuis la légalisation du cannabis au pays.

Le marché noir aurait perdu 30 % de ses parts sans qu’il y ait d’augmentation «parallèle» de la consommation.

M. Séguin affirme que les organismes communautaires et les autorités sanitaires sont aujourd’hui prêts à gérer la consommation de cannabis dans la population. «On aurait déjà dû être prêts en 2018 comme on l’est aujourd’hui. L’argent des programmes gouvernementaux est arrivé au printemps dernier, alors qu’il aurait dû arriver en 2018. On commence à peine à pouvoir développer nos outils de prévention afin d’éviter la banalisation du cannabis.»

Baisse d’infractions

Au quotidien, la légalisation a cependant changé la vie des consommateurs de cannabis d’une manière tangible : ils ont le droit d’en posséder en public jusqu’à 30g et de cultiver chez eux jusqu’à quatre plantes de cannabis.

La légalisation semble avoir eu un effet direct sur les infractions au niveau local. À Québec, par exemple, les infractions relatives aux drogues et aux stupéfiants ont chuté de manière flagrante depuis que la loi permet la possession d’une petite quantité de cannabis légal. Elles sont passées de 828 en 2018 à 530 en 2019, une baisse de 298 infractions, selon le plus récent rapport annuel du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). «Effectivement, on peut faire un lien avec la légalisation pour la baisse au niveau des statistiques», confirme David Pelletier, porte-parole du SPVQ.

Un an avant la légalisation, en 2017, près de 80 % des infractions liées au cannabis étaient attribuables à la possession simple de cannabis, selon Statistique Canada.

En permettant aux adultes de posséder et de produire du cannabis légal, le gouvernement fédéral avait souhaité contribuer à garder les consommateurs de cannabis en dehors du système de justice pénale.

«C’est positif, parce que ça empêche la surjudiciarisation, corrobore Me Florence Boucher-Cosette, une avocate de Québec qui défend des personnes marginalisées devant les tribunaux. Avant, ça pouvait être un prétexte pour arrêter des gens».

Mais les infractions ne sont pas seulement criminelles. Avec la légalisation, les villes ont adapté leur réglementation municipale pour sévir contre ceux qui fument du cannabis dans l’espace public. Plusieurs ont choisi d’interdire la consommation dans les rues, les parcs et lors des événements publics extérieurs.

À Sherbrooke, par exemple, la police a donné en 2019 une dizaine de constats d’infraction pour la consommation de cannabis dans les parcs. Dans l’année qui a suivi la légalisation, la police de Québec a de son côté remis 97 contraventions à des gens qui fumaient dans un espace public.

Dans les deux villes, les contraventions sont de 150 $, mais elles n’entraînent pas de dossier criminel, puisqu’il s’agit d’une infraction aux règlements municipaux.

Dans la file de la SQDC de Lebourgneuf, Cédric, 28 ans, voit dans ces restrictions municipales un contrecoup de la légalisation. Il se sent encore plus surveillé qu’avant lorsqu’il grille un joint dans un espace public. «À la limite, dit-il, c’est encore moins permis...».

Pas de hausse de consommation de cannabis chez les jeunes

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Pas de hausse de consommation de cannabis chez les jeunes

Myriam Arsenault
Myriam Arsenault
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Est-ce que la légalisation du cannabis au pays a entraîné une hausse marquée de consommation chez les jeunes ? Les scientifiques semblent croire que non, autant chez les jeunes adultes que chez les adolescents, et ce, d’après les enquêtes réalisées au cours des deux dernières années.

Dr Richard Bélanger est pédiatre et médecin à l’adolescence. Il s’occupe des jeunes âgés de 12 à 21 ans au Centre mère-enfant Soleil de l’Université Laval et est chercheur clinicien principal au CHU de Québec.

En entretien téléphonique, Dr Bélanger admet qu’il n’est pas facile d’établir un constat deux ans seulement après la légalisation du cannabis au Canada.

Tout de même, il souligne que depuis la légalisation, il n’y a pas eu une hausse marquée de la consommation chez les jeunes. La dernière augmentation remonte plutôt au début des années 2000. « Il n’y a pas d’éléments extrêmement flagrants à l’intérieur de la littérature où on dit qu’il y a une énorme hausse récente de la consommation », rapporte-t-il.

Selon lui, la légalisation n’a pas eu l’effet, non plus, de banaliser les dangers de la consommation. Dans un récent projet de recherche, Dr Bélanger note que les trois quarts des adolescents interrogés perçoivent le cannabis comme une substance nuisible pour la santé lorsqu’elle est consommée régulièrement. Les mêmes répondants estiment que le tabac est plus nuisible que le cannabis.

« C’est sûr qu’il y a maintenant de jeunes consommateurs qui peuvent s’approvisionner d’une manière légale et, au moins, le faire hors du marché noir. Pour des consommateurs, ça peut représenter un changement très important », continue le chercheur.

Ainsi, les jeunes consommateurs savent ce qu’il y a dans le produit et n’encouragent pas le marché illégal, ajoute Dr Bélanger. Et les adolescents qui n’ont pas accès à cette option voient tout de même les informations et les campagnes de sensibilisation sur les risques de la consommation.

Dr Bélanger ne croit toutefois pas que la légalisation a permis d’enlever la drogue des mains de ces jeunes, ce qui était un des objectifs du gouvernement.

Méconnaissance des dangers

Dr Louis Richer remarque lui aussi que la légalisation du cannabis n’a pas entraîné un changement majeur chez les jeunes. Le professeur et chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), dont les cours touchent majoritairement la psychopharmacologie, soutient que la légalisation a dû attirer quelques personnes, mais n’a pas créé pour autant une vague de nouveaux consommateurs.

Dr Richer s’inquiète davantage de la méconnaissance des dangers de l’usage de cannabis à un jeune âge, surtout chez les garçons. « Dans le cadre de mes recherches, avec des numérisations de cerveaux, nous nous sommes rendu compte que les garçons qui ont un cortex plus mince sont davantage susceptibles de développer des troubles de santé mentale de type psychotique, ce qui peut mener à la schizophrénie, ce qui est irréversible », explique-t-il.

D’autres facteurs génétiques, familiaux et environnementaux peuvent aussi augmenter le risque.

Le chercheur est convaincu qu’il est important pour les jeunes de connaître ce risque, car la légalisation peut amener une banalisation des dangers de la consommation. « Ça reste une substance qui n’est pas inoffensive. Je ne suis pas là pour dire que c’est dangereux, mais plutôt pour dire les problèmes que vous pourriez rencontrer », laisse tomber le chercheur.

Loin de diminuer, la stigmatisation augmente, croit un militant du Bloc pot

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Loin de diminuer, la stigmatisation augmente, croit un militant du Bloc pot

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Au Québec, la légalisation du cannabis a été accompagnée de nombreuses restrictions: âge minimum pour acheter de 21 ans, interdiction de faire pousser des plants pour usage personnel chez soi, etc. Alors que la légalisation atteint son deuxième anniversaire, les consommateurs de cannabis peuvent-ils se déclarer tout de même satisfaits, malgré ces restrictions? Le Nouvelliste a demandé à Blak D. Blackburn, militant de longue date du Bloc pot qui s’est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet.

Selon M. Blackburn, si la légalisation est une victoire, elle est loin d’être totale, puisque les consommateurs sont toujours stigmatisés.

«On s’attendait à une diminution de la stigmatisation liée au cannabis et malheureusement, c’est l’inverse. En rehaussant l’âge à 21 ans, en interdisant la consommation dans les rues et les parcs, avec les syndicats de propriétaires de condos qui votent pour que ce soit interdit dans les aires communes, sur le terrain et les balcons, on a un produit qui est légal, mais il n’y a aucun endroit pour consommer», critique-t-il.

Le militant affirme même que les amendes et les peines de prison ont augmenté pour ceux qui ne respectent pas la loi sur le cannabis.

«Les personnes qui veulent consommer pour des raisons de santé et dont le médecin ne veut pas prescrire le cannabis ne peuvent même pas avoir des informations sur les produits à la SQDC (Société québécoise du cannabis), la loi l’interdit. Les consommateurs sont traités comme de présumés coupables ou des dépendants à soigner. Pourquoi les camions de livraison de la SQDC sont-ils gardés par des gardes armés? Parce qu’ils pensent que les consommateurs sont des criminels», affirme M. Blackburn.

Difficile de faire des affaires

Le militant souhaite par ailleurs bonne chance aux entreprises qui veulent se lancer en affaires en exploitant le créneau du cannabis. Même si la substance est devenue légale, les projets entrepreneuriaux qui y sont associés ont toujours une très mauvaise image, selon son expérience.

«Il y a encore une stigmatisation au niveau du financement des entreprises. Récemment, j’ai fait une demande de prêt au Fonds de diversification économique de la Mauricie et du Centre-du-Québec et parce que mon entreprise a le mot cannabis dans son nom, on m’a dit non», affirme M. Blackburn, qui est propriétaire d’une clinique de consultants en cannabis médical à Bécancour, VertMédic.

Bref, selon M. Blackburn, le parti pour lequel il milite depuis deux décennies garde toute sa pertinence, malgré la légalisation. Celui qui s’est présenté à plusieurs reprises sous sa bannière lors d’élections provinciales et fédérales souhaite même augmenter son niveau d’implication, en tant que candidat à la direction du Bloc pot.

«Les gens me disent que le parti n’a plus de raison d’être, mais c’est faux. Il n’a jamais été aussi pertinent qu’aujourd’hui, parce qu’on se retrouve avec une législation complexe, avec beaucoup d’articles de loi qu’il faut contester un par un. Alors oui, on a gagné, mais on n’a vraiment pas la légalisation à laquelle on s’attendait», déplore M. Blackburn.

Cannabis : l’agroalimentaire en perte d’appétit

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Cannabis : l’agroalimentaire en perte d’appétit

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Les exigences de la Loi sur le cannabis coupent l’appétit de l’industrie agroalimentaire, qui voyait pourtant un marché important dans les dérivés du produit il y a deux ans.

L’industrie agroalimentaire a vu grand lorsque le Canada a légalisé le cannabis en 2018, rappelle Sylvain Charlebois, professeur titulaire à la faculté de management et en agriculture de l’Université Dalhousie à Halifax. 

L’industrie a déchanté en 2020. 

Selon le chercheur, ces mêmes entreprises ont revu leur stratégie ou ont carrément abandonné certains projets de développement. 

 Les entreprises de transformation alimentaire prévoyaient des profits intéressants avec la production de produits contenant du cannabis, comme des muffins, des biscuits ou des breuvages. 

« Il y a tellement de restrictions. C’est difficile pour les manufacturiers. Le CBD est intéressant pour les breuvages, mais il y a beaucoup de restrictions. Une des clés, c’est de changer la loi. Il faut considérer davantage le cannabis (sans THC) comme un aliment plutôt qu’une drogue. De plus, les fabricants ne peuvent pas avoir de permis de fabrication sans avoir préalablement construit une usine réservée pour ce type de marchandise. Une usine, ça coûte de sept à dix millions $... Sans garantie d’obtention du permis de fabrication! Beaucoup de gens sont déçus dans l’industrie », souligne M. Charlebois. 

Le gouvernement du Québec a rajouté une couche de frustration en 2019 en interdisant tout produit vendu sous forme de friandises, gâteaux, chocolats. Le but? Prévenir les intoxications alimentaires chez les enfants. 

Cela n’a toutefois pas empêché l’intérêt des consommateurs de croître. Selon l’Enquête québécoise sur le cannabis 2019 (EQC), 30 % des personnes ayant consommé du cannabis dans les douze derniers mois en ont ingéré dans un produit alimentaire.  

Pour l’instant, les seuls produits alimentaires disponibles dans les SQDC sont essentiellement des boissons prêtes à boire, des infusions de cannabis ainsi que de la poudre de cannabis. La catégorie des breuvages représente moins de 3 % des ventes, selon la société d’État.

« C’EST CONTRADICTOIRE » 

Présidente du Conseil québécois du cannabis comestible, Mélissa Thibeault juge les directives du gouvernement contradictoires. « D’un côté, on veut encadrer le marché du cannabis pour contrôler l’offre de produits; de l’autre, on interdit la vente de produits comestibles et on renvoie du même coup les consommateurs sur le marché noir », soutient celle qui occupe également le poste de directrice des opérations d’Aliments Candara, une entreprise spécialisée dans les produits de chocolat moulés. 

Cette dernière est l’une des rares compagnies québécoises qui ont décidé de convertir complètement leurs installations pour offrir exclusivement des barres de chocolat contenant un dosage de cannabis. Tout l’inventaire sera vendu dans les autres provinces canadiennes. 

 « Nous y croyons, même si cela exige de faire des investissements importants pour obtenir notre licence de transformation et complètement abandonner le marché dans lequel nous sommes en ce moment », explique Mme Thibeault. 

Déjà en seulement deux ans, elle estime que le marché a beaucoup changé. « Il y a un réel potentiel », précise-t-elle. Mais pour que les transformateurs alimentaires du Québec arrivent à faire leur place sur le marché, « il faudra assurément plus d’ouverture de la part du gouvernement », estime-t-elle.  

ACCÈS-Cannabis: des escouades spécialisées partout au Québec

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ACCÈS-Cannabis: des escouades spécialisées partout au Québec

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Le mandat confié aux escouades policières spécialisées ACCÈS-Cannabis, lancées au même moment que la légalisation du cannabis il y a deux ans, ne se limite pas qu’à contrer l’économie souterraine. Il vise aussi à enrayer la consommation chez les jeunes. Et les résultats sont au rendez-vous.

Au total, dix corps policiers du Québec, dont celui de Granby, ont mis en place le programme. C’était à l’automne 2018. Financées par le ministère de la Sécurité publique, les escouades sont composées d’enquêteurs dont le mandat est de s’attaquer au cannabis illicite, et ce, à plus d’un niveau.

«Ça concerne tout ce qui est vente, consommation et plantations», résume Stéphane Cabana, inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles au Service de police de Granby.

Les équipes créées au Québec déploient entre autres des efforts pour contrer la consommation chez les jeunes âgés de moins de 21 ans.

Tout comme le tabac, la contrebande du cannabis est une problématique bien réelle qui prive le gouvernement de revenus importants. «C’est quand même de gros dollars qui circulent», illustre Stéphane Cabana.

La création de la Société québécoise du cannabis (SQDC) et de ses boutiques permet d’encadrer la vente. C’est d’ailleurs vers elles que les policiers ont le mandat de diriger les consommateurs pour éviter qu’ils ne se procurent leur drogue sur le marché noir.

«D’abord, il y a la qualité du produit qui est certifié. Il y a un sceau sur les contenants. Tout est contrôlé, rappelle l’inspecteur-chef. Ensuite, il y a la sécurité des acheteurs. Quand tu vas à la SQDC, tu vas dans un endroit surveillé par des caméras. Ce sont des gens compétents qui sont là pour bien renseigner le consommateur, ce qui n’est pas le cas si tu vas dans un appartement ou ailleurs.»

Des résultats

Le déploiement de cette équipe à Granby, assistée par deux autres détectives, s’est traduit par l’ouverture de 17 enquêtes depuis janvier dernier. Vingt personnes ont été arrêtées. Les perquisitions ont permis la saisie de plus de 15 600 $, 5,8 kilogrammes de cannabis, 158 grammes de haschisch, huit grammes d’huile de cannabis, plus de 200 jujubes au pot et près d’une centaine de plants.

Et les investigations permettent aux policiers d’ici et d’ailleurs de saisir bien plus que du cannabis. «On fait face à une diversité. C’est un ensemble de produits qui est offert aux consommateurs et qui peut être ainsi saisi», explique le policier.

Plus de 350 grammes de cocaïne, près de 5000 comprimés de méthamphétamine, du GHB, de faux bonbons Peez, des médicaments contrefaits et vendus habituellement sous ordonnance ont également été retirés du marché noir lors des perquisitions réalisées par l’escouade ACCÈS-Cannabis. Deux armes de chasse, deux armes à impulsions électriques et des munitions ont aussi été saisies. «Chaque fois qu’on enlève une arme, c’est une arme de moins qui peut être utilisée pour commettre un crime ou un geste malheureux.»

Des permis trop permissifs?

La légalisation du cannabis soulève une problématique au chapitre de l’octroi des permis délivrés par Santé Canada qui autorisent des citoyens à en cultiver et en consommer à des fins médicales.

«Une personne qui souffre d’un mal de dos et qui consulte son médecin, on lui prescrira des anti-inflammatoires avec une posologie pour une certaine période de temps. Au niveau du cannabis, la prescription faite n’est pas pour s’approvisionner à la SQDC. C’est une permission de faire pousser du cannabis à la maison.»

La problématique? Le nombre de plants que le détenteur d’un permis peut cultiver est «astronomique», qualifie l’inspecteur-chef.

«Quand on parle de 250 plants octroyés à une personne pour une adresse, je ne sais pas si quelqu’un a déjà calculé le nombre de grammes que ça représente, mais c’est énorme pour une consommation! Ce qui me préoccupe, c’est le surplus. Qu’est-ce qu’ils font avec? Quand on parle d’économie souterraine, ça en est une.»

Stéphane Cabana n’est pas le seul à être préoccupé. Les directeurs de corps de police du Canada ont effectué des représentations auprès des instances gouvernementales concernées à ce propos. L’une des solutions, estime l’inspecteur-chef, serait de prescrire à un patient la quantité de cannabis qu’il peut consommer, et de l’inviter à se la procurer à la SQDC, plutôt que de lui donner l’autorisation de faire pousser lui-même ses plants chez lui.