Manon Gauvin a assisté à la pelletée de terre qui marquait le début des travaux de la ressource d’hébergement familiale pour jeunes adultes lourdement handicapés pour laquelle elle s’investit corps et âme depuis maintenant plus de sept ans.
Manon Gauvin a assisté à la pelletée de terre qui marquait le début des travaux de la ressource d’hébergement familiale pour jeunes adultes lourdement handicapés pour laquelle elle s’investit corps et âme depuis maintenant plus de sept ans.

Du rêve à la réalité pour la Fondation Un souffle et des ailes

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Ce n’est pas quelques gouttes de pluie qui allaient empêcher Manon Gauvin d’assister à la pelletée de terre marquant le début de la construction à Roxton Pond du centre d’hébergement familial pour jeunes adultes lourdement handicapés. Le projet pour lequel elle s’investit corps et âme depuis plus de sept ans verra enfin le jour.

«C’est vrai là, c’est parti!» s’est exclamée la fondatrice de la Fondation Un souffle et des ailes en sautillant. Tout en tapant des mains, elle peinait à contenir son enthousiasme en regardant son conjoint opérer la pelle mécanique sur le terrain gracieusement offert par la municipalité de Roxton Pond.

«Reconnaissance» est le mot qui est venu le plus souvent aux lèvres de Mme Gauvin, qui avait encore du mal à assimiler que son rêve était maintenant réalité. «Sans tous ces gens qui m’ont soutenue, on n’en serait pas là aujourd’hui», a-t-elle confié.

«Je réalise que tout le travail que j’ai fait a porté ses fruits», a ajouté l’instigatrice, épaulée dès la première heure par son conjoint, son père et plusieurs membres de son entourage.

Combler un besoin

Sept ans et demi de travail ont été nécessaires à Manon Gauvin pour réunir, via sa fondation, la somme d’un demi-million de dollars pour démarrer le projet, lequel vise à répondre aux besoins de familles dont l’enfant adulte tombe dans un vide de services.

La dame en sait quelque chose. Son fils Anthony, de 29 ans, est atteint de paralysie cérébrale. «À 21 ans, il n’y a plus rien pour les gens comme eux, explique-t-elle. Heureusement, pour ma part, j’ai mon amie Denise qui m’aide à recharger mes batteries en me remplaçant parfois. Mais ce n’est pas facile. Une mère m’a appelée en pleurant l’an passé ; elle voulait savoir quand on allait ouvrir, parce qu’elle vivait très mal avec l’idée de placer son fils en CHSLD, faute de ressources...»

La ressource en hébergement se voudra un milieu de vie animé et transitoire entre la fin en milieu familial et le placement en résidence pour personnes âgées, là où de jeunes adultes non autonomes sont parfois hébergés, bien que les services offerts ne répondent pas à leurs besoins.

De dix chambres au départ, la maison en comptera finalement huit. Ces dernières pourront héberger les bénéficiaires et leur famille. Deux places en hébergement de répit aussitôt la construction terminée, en 2021. Évidemment, Mme Gauvin et Anthony seront parmi les premiers à y emménager.

Environ 80 familles de la région seraient en attente d’une place dans un centre d’hébergement spécialisé comme celui qu’elle entreprend de faire construire, indique Mme Gauvin.

Comme le budget d’exploitation de la ressource proviendra de l’enveloppe du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) de la Montérégie-Est, c’est celui-ci qui gérera la liste d’attente et l’attribution des places.

Manon Gauvin compte toutefois s’assurer que les futurs pensionnaires de la ressource soient compatibles avec son fils.

La maison comptera huit chambres qui pourront héberger les bénéficiaires et leur famille.  Le bâtiment, qui ressemblera « davantage à une maison qu’à une institution », comprendra aussi une grande salle de bain adaptée, une cuisine et un salon communs.

«C’est pour lui que je fais construire ça, rappelle-t-elle. Pour moi, la notion de pairage est essentielle. Je veux que les autres usagers avec qui Anthony va cohabiter soient dans une situation similaire à la sienne. C’est un petit rayon de soleil dans ma vie ; j’ai été à l’écoute de ses besoins et je n’ai pas envie de l’entourer d’une clientèle qui va le rendre anxieux.»

Prêt pour le printemps

Le bâtiment, qui ressemblera « davantage à une maison qu’à une institution», comprendra aussi une grande salle de bain adaptée, une cuisine et un salon communs. L’aménagement d’une terrasse est prévu à l’arrière de l’immeuble.

Et le tout se situera dans le Carrefour de la santé, à deux pas de la pharmacie et de la Coopérative de santé de Roxton Pond, un voisinage inespéré pour Mme Gauvin.

«Pour nous, c’est un plus, soutient le maire Pierre Fontaine. Le conseil municipal est très sensible à la cause et à la situation de Mme Gauvin et de son fils.»

L’élu voit dans le don du terrain, assorti d’un bail emphytéotique de 50 ans, un geste «noble» de la part du conseil, qui vient soutenir l’initiative et les efforts de la citoyenne. «On souhaite donner une chance à ces gens-là d’avoir un chez-soi qui répond à leurs besoins», ajoute-t-il.

Environ quatre mois seront nécessaires à la construction de l’établissement, dont la structure extérieure sera complétée à temps pour l’hiver, explique le chargé de projets, Luc Casavant, qui a accepté de chapeauter les travaux bénévolement

«Je connais Manon et son conjoint depuis longtemps. Elle a travaillé fort pour son projet et je suis content qu’elle ait atteint son but», affirme-t-il.

«Après les Fêtes, on va travailler à l’intérieur pour faire les divisions», poursuit celui qui a confié, en sous-traitance, le chantier à l’entrepreneur François Beaudry.

D’autres entreprises ont également offert de leur temps, ou d’importants rabais sur leurs prix, pour faire du rêve de Mme Gauvin une réalité.

La dame a aussi pu compter sur de nombreux dons, collectés lors de spectacles, de lavothons et autres événements mis sur pied par la Fondation ou des entreprises. Près de la somme ammasée vient d’ailleurs de la collecte de millions de cannettes vides.

Comme la construction de la ressource en hébergement n’est que le début d’une nouvelle aventure, un conteneur pour y déposer des canettes consignées sera installé sur le terrain.