La maison champenoise Bollinger

Nous sommes en décembre, la neige est bel et bien installée, ça sent l’hiver plus que l’automne et qui dit hiver, dit Noël et Nouvel An qui arrivent à grands pas. Cette belle période de réjouissances et de festivités à laquelle il importe de bien se préparer. Belle occasion pour ajouter des bulles à notre menu du temps des fêtes. Je vous parle donc cette fois-ci de champagne, ce breuvage divin!

Dans le voyage qui m’y a amené en mai dernier, j’ai fait le tour des plus importantes et prestigieuses maisons. Oui le champagne est une boisson des grandes occasions. Raison de plus pour en boire du bon! Boire moins souvent, mais boire excellent!

La première maison où je m’arrête, Bollinger à Aÿ tout près d’Épernay. Une histoire qui débute avec Athanase de Villermont, cadet d’une famille noble au destin lumineux. Grand soldat qui s’est illustré lors de la guerre d’indépendance des États-Unis. Il se retrouve héritier du vaste domaine de la famille. Aussitôt, il voit le formidable potentiel des vins de Champagne; mais sa condition d’aristocrate lui interdit de faire acte de commerce. C’est alors qu’il fait la rencontre de Joseph Bollinger, grand voyageur qui quitte son Allemagne natale pour faire carrière dans le commerce des vins de champagne. Et puis, une autre rencontre importante, celle de Paul Renaudin, pur Champenois fasciné par l’univers du vin. C’est en 1829, le 6 février, que naît la société Renaudin-Bollinger & Cie. Joseph Bollinger s’occupe des ventes, Paul Renaudin de la cave. C’est ainsi que Athanase fonde cette maison qui traversera les siècles.

En 1837, Joseph Bollinger épouse Louise-Charlotte, fille d’Athanase. Ce sont leurs fils, Joseph puis Georges, qui prendront la suite. À travers les différentes difficultés auxquelles ont dû faire face les deux frères Bollinger gagnent pourtant une belle notoriété et étendent leur vignoble. Jacques Bollinger, fils de Georges, se retrouve en 1920 à la tête de la Maison. Il a 24 ans, une lourde responsabilité. Il y fait front avec courage, avec l’aide précieuse de ses cousins. La force de la Maison Bollinger, c’est aussi la solidité des liens familiaux. Élégant et cultivé, parlant l’anglais avec aisance, Jacques renforce l’assise de Bollinger outre-Manche. Avec sagesse, il guide la Maison à travers les difficultés de la crise économique et celles de la Seconde Guerre. Étant le maire d’Aÿ, il s’engage à protéger son village qui lui est si cher.

Et puis l’histoire se poursuit, entraînant avec elle la présence d’une femme comme il est peu courant à cette époque, mais qui est tout de même une particularité en champagne. En épousant Jacques Bollinger en 1923, Elisabeth Law de Lauriston-Boubers, jeune écossaise, a aussi lié son destin à celui de la Maison. Elle le fera avec fougue et passion. Lorsque celle-ci perd son mari, elle n’a que 42 ans et la guerre fait rage. Sans hésiter et avec beaucoup de dignité, elle reprend le flambeau. « Madame Jacques », comme on l’appelle dans la Maison, met alors toute son énergie sans compter. Sa grâce et son charme naturels feront des merveilles lors de ses nombreux voyages à l’étranger. Audacieuse en affaires, perfectionniste à l’extrême, elle ne tolère que l’excellence. Et n’hésitera pas à innover: c’est elle qui crée notamment la très originale cuvée Bollinger R.D. L’image familière de sa silhouette parcourant le vignoble à vélo reste gravée dans toutes les mémoires.

Avec beaucoup d’instinct, Madame Bollinger a su bien s’entourer. Autour des membres de la famille, elle choisira les plus aptes à prendre sa suite. C’est d’abord à Claude d’Hautefeuille, époux de sa nièce, qu’elle enseigne les rouages de la Maison. Devenu Directeur en 1950, il mène une ambitieuse modernisation, tout en maintenant intactes les exigences de qualité de Bollinger. Madame Bollinger lui confie la Présidence en 1971, restant très présente jusqu’à son décès six ans plus tard. Christian Bizot, neveu de Madame Bollinger, succède à Claude en 1978. Grand voyageur, il part comme sa «tante Lily» à la rencontre des sommeliers, restaurateurs, cavistes pour leur faire découvrir les vins de la Maison.

En 1994, la tête de celui qui se retrouve responsable de la Maison n’est nul autre que l’arrière-petit-fils de Joseph Bollinger. Après un début de carrière au Chili, Ghislain de Montgolfier poursuit le développement de la Maison en visant toujours l’excellence. Il continue de limiter volontairement les volumes de produits afin de progresser sur la voie de la qualité, sans jamais trahir l’esprit Bollinger.

Et puis en 2008, on nomme un nouveau Président. Pour la première fois, il n’est pas un membre de la famille. Jérôme Philipon, un Champenois au parcours impressionnant venu de grands groupes industriels. En 2017, il devient Directeur général délégué du holding familial et on nomme alors Charles-Armand Belenet directeur général de Champagne Bollinger. C’est avec lui qu’on préservera tout le savoir-faire artisanal tout en intégrant le meilleur des technologies innovantes, toujours dans le but de poursuivre le développement commercial et qualitatif de la marque.

La maison à Aÿ résonne encore de la présence de Madame Bollinger. Dans l’élégante simplicité du lieu, dans la délicatesse de chaque détail, on retrouve son raffinement discret. Entre les hauts murs du jardin, les bruits du village semblent s’estomper: tout ici respire le calme et la beauté, le temps semble s’arrêter.


Ce contenu a été produit par Alfred, expert en gestion de celliers et de caves à vin.