Les vignerons du Québec sont sur un pied d’alerte en raison du froid et de la neige. Ci-dessus, le domaine du Nival.

Un avant-goût des changements climatiques

CHRONIQUE / «Nous avons huit ans de budget carbone, aujourd’hui », affirmait Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki, en guise d’introduction à la Conférence Goûter aux changements climatiques, organisée par la chroniqueuse vin, sommelière et auteure, Michelle Bouffard. Le 12 novembre dernier, spécialistes des cépages, microbiologistes, œnologues, vignerons et médias du vin internationaux se sont réunis à Montréal pour discuter de pistes de solutions durables dans la production et le commerce du vin.

Des changements perceptibles depuis 60 ans

L’agriculture est aux premières loges pour constater l’urgence climatique. Les viticulteurs du monde entier y sont confrontés. Cet été, des vignobles en ont vécu les tristes effets alors que des vignes — plantées sur des terroirs de prédilection — ont brûlé, péri, dans le Midi de la France. Un phénomène qui ne s’était jamais produit auparavant. Quelques centaines de kilomètres au sud, en Catalogne, la température a augmenté de 1,2 °C en l’espace de 50 ans. Et, ce n’est là qu’une mince énumération de la réalité de nos vignerons.

Le vignoble mondial constate un devancement de la date des vendanges depuis les années 1960. Cela pose plusieurs problèmes parce que les arômes ne sont pas là au moment où l’équilibre des sucres et de l’acidité est atteint.

Les cépages de demain

En 2100, la cartographie des cépages pourrait changer du tout au tout. Déjà, certains cépages ne sont techniquement plus adaptés à leur climat. C’est, entre autres, le cas du pinot noir en Bourgogne. José Vouillamoz, généticien expert dans l’étude des cépages, se demande que faire. Attendre que les cépages deviennent soudainement résistants ou modifier génétiquement les raisins? Si la première solution relève de l’utopie, plusieurs autres demeurent sur la table. Sélectionner des cépages de remplacement parmi les 1500 variétés existantes, planter des hybrides résistants, faire l’essai de différents clones, sélectionner d’autres porte-greffes, modifier génétiquement… Une solution semble toutefois faire l’unanimité : le retour aux anciennes variétés ancestrales et locales. Car comme ils ont survécu à tous les changements climatiques des derniers siècles, ils possèdent déjà le bagage génétique pour continuer à s’adapter.

Repenser le vignoble de A à Z

La maison Torres s’y intéresse d’ailleurs depuis le début des années 1980, tout en obtenant des résultats très concluants avec, entre autres, la forcada et le querol — ce dernier entrant dans l’assemblage du Grans Muralles. La quête des cépages anciens s’inscrit dans une démarche de lutte aux changements climatiques instiguée par Miguel A. Torres, président de la Familia Torres. Le vignoble a d’ailleurs investi près de 16 millions d’euros depuis 2017 en énergies et recherches durables. Concrètement, le domaine a déjà été en mesure de réduire les émissions de CO2 par bouteille de 26 % entre 2008 et 2018. Reforestation, storage d’eau dans les montagnes, réutilisations du gaz carbonique issu de la fermentation alcoolique et étude des matériaux des bouteilles sont quelques-unes des nombreuses actions menées par le vignoble. Le domaine a même acheté des terres en altitude, dans les Pyrénées. Car même si elles demeurent non cultivables pour le moment, à ce rythme, elles accueilleront dans un futur pas si lointain des cépages qui auront besoin de fraîcheur.

La responsabilité des vignerons, mais aussi des consommateurs

Les amateurs de vin devront se préparer à voir apparaître d’autres cépages sur les étiquettes. S’il en revient aux vignerons de les cultiver et de les promouvoir, encore faudra-t-il que les consommateurs emboîtent le pas en faisant preuve d’ouverture et de curiosité.

Le vignoble mondial constate un devancement de la date des vendanges depuis les années 1960. Cela pose plusieurs problèmes parce que les arômes de sont pas là au moment où l’équilibre des sucres et de l’acidité est atteint.

En tant qu’acheteur, vous avez le gros bout du bâton. Vous avez le pouvoir d’encourager les pratiques saines en priorisant des vignobles qui se préoccupent de réduire leur empreinte carbone et qui s’inscrivent dans une démarche durable.

Comme le transport pèse lourd dans la balance des émissions de CO2, boire local est un moyen simple et efficace de réduire son empreinte carbone.

Car bien que déguster un verre de vin soit un acte de plaisir, il n’en est pas moins pas dénué d’impact. Comme le mentionne si bien Karel Mayrand, ce dont on a besoin, c’est d’actions collectives, plus que de petites actions, comme c’était le cas il y a 20 ans. Les choix difficiles, sont les bons changements à faire, ceux qui font la plus grande différence.

Saumur-champigny 2018
Cep by Cep, Thierry Germain
20,60 $ • 12 424 767
13,5 % • 1,3 g/l

Précipitez-vous! C’est sûr que du cabernet franc qui tombe entre les mains du protagoniste du Domaine des Roches Neuves, ça ne peut qu’être bon. Celui qui approche le vin à travers le prisme de la biodynamie, produit cette cuvée de négoce sur l’appellation saumur-champigny. C’est un pur délice. Le nez est expressif à souhait avec des arômes de framboises et de jalapeños. La bouche est à la fois énergique, juteuse, souple et veloutée. Délicieux!