«Les étudiants sont déjà formés à plusieurs des nouveaux actes que propose le gouvernement, comme l’administration de vaccins. Il faudra cependant ajuster notre formation selon les règlements à venir», affirme Marie-France Demers, responsable des études à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval.

Les pharmaciens déploient leurs ailes

Dans un mémoire commun, les facultés de pharmacie de l’Université Laval et de l’Université de Montréal approuvent les changements à venir pour leur profession
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Dans le projet de loi 31 déposé en juin, le gouvernement du Québec propose d’élargir la panoplie d’actes de soins que pourraient assumer les pharmaciens dans l’avenir. Le but: faciliter la vie des citoyens qui pourraient se faire vacciner directement en pharmacie et non pas leur médecin, ou bénéficier d’un meilleur remboursement des médicaments en vente libre. «Le projet de loi 31 va permettre à nos finissants de se déployer à leur plus grand potentiel, se réjouit Marie-France Demers, responsable des études à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval. Les étudiants sont déjà formés à plusieurs des nouveaux actes que propose le gouvernement, comme l’administration de vaccins. Il faudra cependant ajuster notre formation selon les règlements à venir.»

En collaboration avec la Faculté de pharmacie de Montréal, la Faculté de l’Université Laval a donc déposé un mémoire approuvant les changements à venir, devant la commission parlementaire chargée d’examiner le projet de loi 31. Ces changements correspondent d’ailleurs à certains standards déjà en vigueur dans les autres provinces canadiennes. En Alberta, par exemple, la moitié des citoyens désireux de se faire vacciner pour la grippe se rendent déjà à leur pharmacie. Autre modification: au Québec, les pharmaciens pourront administrer par voie nasale l’antidote permettant de sauver une personne sous l’emprise d’opioïdes. Il leur sera aussi possible d’ajuster les ordonnances venant notamment d’infirmières praticiennes. Jusqu’à présent, leur marge de manœuvre se limitait aux prescriptions des médecins.

Conscientes du rôle essentiel assumé par leurs diplômés pour prendre soin de la population, les facultés de pharmacie veulent cependant aller encore plus loin. Leur mémoire propose, par exemple, de favoriser la collaboration entre pharmaciens et médecins en évaluant mieux les patients. Dépistées à l’aide d’un questionnaire en pharmacie, certaines personnes en proie à des problèmes de santé mentale pourraient notamment avoir accès plus rapidement à un médecin. Ce dernier réserverait en effet des plages horaires à ces patients recommandés par des pharmaciens.

Cette façon de travailler davantage en équipe se vit déjà au CIUSSS de la Capitale-Nationale. Le projet d’évaluation de la personnalisation des soins en soins de longue durée (PEPS) a ainsi donné l’occasion au personnel infirmier, aux pharmaciens et aux médecins travaillant dans 15 CHSLD de la région de Québec de revoir leur façon d’intervenir auprès des résidents. Les pharmaciens participant au projet prescrivent eux-mêmes certains médicaments, tandis que l’infirmière se concentre sur l’évaluation des patients. «Cela permet, par exemple, de traiter une plaie de lit immédiatement, sans attendre la visite hebdomadaire du médecin», illustre Marie-France Demers.

Selon Marie-France Demers, soutenue par Anne Dionne, doyenne de la Faculté de pharmacie, et Karine Cloutier, professeure de la même faculté – qui ont elles aussi participé à la rédaction du mémoire –, ce modèle d’une meilleure répartition des rôles au sein des professions médicales pourrait s’élargir. «Il y a vraiment des occasions à saisir, lance-t-elle. Si les pharmaciens pouvaient administrer certains médicaments par voie intramusculaire, cela faciliterait le traitement de catégories plus vulnérables de la population.»

Travaillant dans une clinique qui vient en aide aux jeunes gens souffrant de troubles psychotiques, la praticienne souligne l’intérêt de médicaments dont le contenu se libère progressivement dans le corps dans un délai de quelques semaines. Actuellement, le patient doit aller l’acheter en pharmacie pour qu’une infirmière le lui administre. Si la loi changeait, on éviterait une étape qui amène parfois la personne à différer son traitement. À ses yeux, tous les changements permettant de renforcer les équipes de soins interprofessionnelles constituent donc une voie d’avenir.