Claude Savard, vice-recteur adjoint aux études et aux affaires étudiantes, et Robert Lepage
Claude Savard, vice-recteur adjoint aux études et aux affaires étudiantes, et Robert Lepage

La créativité à la sauce Robert Lepage

Le metteur en scène a livré sa vision du leadership aux étudiants à la maîtrise sur mesure en intelligence urbaine
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Qu’est-ce qu’un leader? Pour Robert Lepage, la réponse à cette question à la fois simple et complexe passe par l’unicité. «Notre société encourage les jeunes à être les meilleurs, à gagner des prix, à remporter des bourses, à courir plus vite que les autres. On fait très peu la promotion de l’idée d’être unique. Il s’agit d’une notion différente du leadership, mais intimement liée; les gens à la recherche de nouvelles façons d’aborder la société vont s’accrocher à quelqu’un dont la vision se distingue.»

Le 24 février, au Diamant, quartier général d’Ex Machina, 17 étudiants en intelligence urbaine ont participé à un atelier avec le célèbre metteur en scène. L’activité était organisée dans le cadre du Cercle des leaders. Cette initiative de l’Université Laval réunit des personnalités reconnues pour exercer une influence dans des domaines aussi variés que les arts, les affaires et la politique. Au cours des prochains mois, elles rencontreront les étudiants du programme en intelligence urbaine issu de la démarche des Chantiers d'avenir. L’objectif: contribuer à leur formation et participer à la réflexion sur les compétences nécessaires pour répondre aux défis de la société.

Ce premier atelier portait sur le thème de la créativité. Assis en cercle avec les étudiants, Robert Lepage a parlé de ses méthodes de travail. Il a été question notamment de la démarche d’improvisation qui est au cœur de ses projets. «Quand on fait de la création collective, on part d’un thème ou d’une idée, sans savoir où l’on va. Un peu comme le faisait Christophe Colomb, on explore un continent inconnu. Mon rôle est de croire au projet, de prendre des risques et de motiver les autres. Il faut que l’intuition soit extrêmement aiguisée pour pouvoir mener le bateau jusqu’à la fin de l’expédition», a-t-il dit.

Chez Ex Machina, un objet est souvent le point de départ d’une création. Pour Jeux de cartes, un spectacle qui a obtenu un franc succès, tout est parti… d’un jeu de cartes. Au cours d’une séance de remue-méninges, chaque comédien était invité à dire ce que cet objet évoque pour lui. De ces témoignages et de ces réflexions est né le spectacle. À l’image de ce projet, le «jeu» prend une place prépondérante dans la démarche créative de Lepage.

Pour lui, le théâtre n’est surtout pas un processus statique. À l’affût de la réceptivité du public, il n’hésite pas à apporter des modifications à ses pièces jusqu’à la dernière représentation. Ce fut le cas notamment avec Les sept branches de la rivière Ota. Le metteur en scène se souvient d’une première «catastrophique» au Festival d’Édimbourg en 1994. «À l’époque, on s’est fait décapiter par le cercle des critiques. Pour plusieurs, c’était la fin de la compagnie. Nous, on savait qu’on n’était pas allé au bout de ce qu’on pouvait faire. Dans sa première mouture, le spectacle durait 3h30. À la fin, il durait 7h. Les gens qui ont critiqué le spectacle dans les années 1990 sont les mêmes qui ont voté en 2000 pour déterminer les 10 spectacles les plus importants du 20e siècle; Les sept branches de la rivière Ota était le 7e dans la liste.»

Au fil de la discussion, le metteur en scène a levé le voile sur plusieurs autres aspects de sa démarche. Comment allier rigueur et spontanéité? Comment créer une ambiance propice à l’authenticité? Comment communiquer ses idées efficacement? Les questions des étudiants étaient nombreuses. L’atelier, qui a duré tout l’après-midi, s’est terminé avec une visite du studio de création, de la salle de spectacle et des bureaux administratifs du Diamant.

Alexandre Moisan n'oubliera pas de sitôt sa rencontre avec l'homme de théâtre. «C'était pour nous une extraordinaire occasion de discuter avec un maître de son art et d'aborder des questions sur les manières de vivre de façon créative. La vision unique de Robert Lepage est remplie de leçons sur l’émergence de la créativité par un processus qui laisse beaucoup de place à l'autre. Lorsque les gens sentent qu'ils n'ont pas quelque chose à produire, comme dans un travail, mais plutôt quelque chose à donner, le résultat devient d'une tout autre nature.»

Répondre aux grands enjeux de société

Le Cercle des leaders a été créé l’automne dernier dans la foulée des Chantiers d’avenir, un projet prioritaire du Plan stratégique 2017-2022 de l’Université. Le but est de mettre sur pied des formations avant-gardistes, interdisciplinaires et fondées sur des partenariats pour trouver des solutions créatives aux enjeux de société. Issus de disciplines variées, comme la psychologie, l’administration et la communication, les étudiants de cette première cohorte en intelligence urbaine travaillent sur des projets de recherche et de développement par rapport à la sécurité, la mobilité, la gouvernance et l’éducation 4.0.

«Les Chantiers d'avenir visent à créer des agents de changement qui sauront contribuer aux défis complexes de société par leur leadership et leur créativité, explique Sébastien Tremblay, professeur à l'École de psychologie et directeur de l'Unité mixte de recherche en sciences urbaines, associé au projet. Cette rencontre avec Robert Lepage a permis aux étudiants d'être inspirés par un leader créatif qui a su communiquer par des exemples éloquents comment il est possible de créer de la valeur au sein de la société en adoptant une approche multidisciplinaire dans laquelle chaque composante est appelée à innover et à démontrer son adaptabilité.»

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