Michel Tassé
En 1982, les Nordiques éliminaient le Canadien lors du cinquième match de la série opposant les deux équipes. Et moi, je me chicanais avec mon père…
En 1982, les Nordiques éliminaient le Canadien lors du cinquième match de la série opposant les deux équipes. Et moi, je me chicanais avec mon père…

Voir sa vie défiler grâce au sport

CHRONIQUE / À défaut de matchs en direct, la télé sportive nous propose ces temps-ci plein de rendez-vous avec le passé. Cette semaine, RDS nous a ramenés dans les moments les plus intenses de la rivalité Canadien-Nordiques et TVA Sports nous a fait revivre la dernière finale de la Coupe Stanley à laquelle les Glorieux ont participé.

Pour moi, regarder un vieil événement de sport a le même effet qu’écouter un vieux succès à la radio. Ça me ramène en arrière, à où est-ce que j’en étais dans ma vie. Je suis un nostalgique et j’aime me retremper dans les émotions que j’ai vécues dans le temps. C’est probablement pourquoi, dans l’auto, je suis branché sur une station numérique qui diffuse exclusivement des hits des 80, les années de mon adolescence et celles de ma vie de jeune adulte.

Cette semaine, quand j’ai regardé le cinquième et ultime match de la série opposant le Canadien aux Nordiques en 1982, je me suis revu à la maison en train de me chicaner avec mon défunt père. Papa adorait le Canadien et moi, je préférais les Nordiques, sans en être un partisan à l’année longue. Il était le plus grand fan de Guy Lafleur et moi, j’aimais le front de bœuf de Michel Bergeron et la grâce de Peter Stastny. On regardait les matchs ensemble (en compagnie de ma mère, aussi décédée) et on passait la soirée à s’envoyer des craques. Et même que parfois, celui qui avait vu son équipe perdre « oubliait » de dire bonne nuit à l’autre à la fin de la soirée !

Mes parents savaient que j’adorais le hockey et que je voulais devenir journaliste sportif. Et ils faisaient semblant de ne pas se rendre compte que je n’avais pas fait mes devoirs les soirs de gros matchs comme ceux-là…

En 1993, quand le Canadien a gagné sa dernière Coupe Stanley, j’étais encore un grand, grand, grand partisan des Maple Leafs de Toronto. Et quand je voyais cette semaine le Tricolore face aux Kings en grande finale, ça me rappelait que l’équipe de Gretzky avait battu mes Leafs, ceux de Pat Burns, de Doug Gilmour et de Félix Potvin, en finale de l’Ouest. Et ça me faisait encore mal au cœur.

Je me souviens avoir pleuré lorsque les Kings ont battu les Leafs lors du septième match de la série. Et j’avais ensuite porté mon chandail des Leafs pendant deux jours question, je ne sais pas, de démontrer que j’étais fidèle à mon équipe même dans la défaite. Je n’étais plus enfant ou ado à l’époque, mais bon…

Même que dans le temps, je travaillais à Sportif, une publication qui n’existe plus. J’y couvrais le hockey junior. Et je me souviens encore d’une photo de Kirk Muller en première page, photo qui mettait bien en évidence l’énorme cicatrice que portait le capitaine du Canadien au visage en séries éliminatoires. C’était beau et laid à la fois. Ça m’avait marqué.

Le sport me ramène tellement de souvenirs. Grâce à lui, je vois ma vie défiler. À 52 ans, le passé prend parfois autant de place dans mes conversations que le présent et le futur. Je suis nostalgique et je ne m’en excuse pas.

Il y a quelques semaines, TSN ou Sportsnet, je ne me souviens plus, a présenté le match pour l’or de l’équipe canadienne de hockey des Jeux de 2010, à Vancouver. Le fameux but de Sidney Crosby en prolongation, vous vous souvenez ?

À ce moment-là, j’étais en congé de paternité. Notre petit Éliott était venu au monde à la fin octobre et j’avais pris une longue pause afin de m’occuper de ma famille. J’avais suivi les Jeux de près et je n’avais rien raté du match de la finale face aux Américains, que j’avais regardé avec ma belle Marie. Ce but, pour notre génération, est l’équivalent de celui de Paul Henderson, en 1972, pour les plus vieux.

Le passé, en attendant

En attendant que la vie reprenne un tant soit peu son cours normal, on regarde donc de vieux matchs. C’est l’fun, oui. En même temps, on a hâte de recommencer à parler de sport au présent plutôt qu’au passé.

Alors qu’on travaille à sauver des vies, avoir hâte de revivre nos bonnes vieilles rivalités sportives apparaît puéril aux yeux de certains. Mais pour moi, comme pour plusieurs d’entre vous, c’est une partie importante de notre vie, c’est ce qu’on aime. Et nous n’avons absolument pas à en être gênés.

Ça prendra le temps que ça prendra. Mais on va à nouveau être impressionnés par la performance de nos athlètes et de nos équipes et on va à nouveau discuter des querelles entre les clubs et les athlètes que l’on suit à un moment donné. Déjà hâte à la prochaine guerre verbale entre les coachs des Bisons et du Métal Pless !

Car dans le fond, la vraie vie, c’est ça.