Véritable passionné de planche à pagaie, Vincent Dion dirige avec un partenaire d’affaires l’entreprise Aloha à Lac-Brome.

Vincent Dion: de Lac-Brome à Hawaï

La mer d’un bleu à faire rêver. Les vagues qui se brisent sur sa planche. Le vent qui s’élève par moment. Cet environnement est celui dans lequel Vincent Dion a pagayé pas moins de 51 kilomètres au coeur de l’océan Pacifique à l’occasion d’un championnat mondial de planche à pagaie à Hawaï. Une expérience inoubliable pour le Bromois qui était l’un des deux seuls malentendants à participer.

Vincent Dion, 32 ans, est un passionné de planche à pagaie, un sport qu’il pratique depuis plusieurs années au Québec à défaut de pouvoir surfer sur les vagues des plus grandes étendues d’eau du globe. Une passion qui colle parfaitement à la peau de ce sportif au look californien ! L’eau, que ce soit en mer ou sur un lac, est ni plus ni moins son deuxième chez soi. « J’aime être sur l’eau. Ça me donne confiance », explique-t-il, par la voix de son interprète et amie Claudine Lemieux, présente lors de l’entrevue avec La Voix de l’Est.

Le pagayeur, qui souffre de surdité depuis la naissance, a eu le plaisir de surfer dans plusieurs pays, notamment en Australie — où il a vécu pendant un an — et à Hawaï. « Quand je suis déménagé ici, il n’y avait pas de vague sur le lac Brome, donc je ne pouvais pas continuer le surf. C’était impossible. Je me suis adapté et j’ai commencé à faire de la planche avec la pagaie », raconte Vincent Dion.

Sa passion pour la planche à pagaie — une planche sur laquelle on se tient debout et qui nécessite une pagaie pour se déplacer — ne se limite pas qu’à la pratique du sport. Il en a même fait son gagne-pain en fondant l’entreprise Aloha avec un partenaire d’affaires à Lac-Brome. Depuis cinq ans, le duo s’installe chaque été à côté de la Marina Knowlton, où il fait découvrir la planche à pagaie aux visiteurs.

Sa proximité avec le lac lui permet également à Vincent Dion de s’entraîner en prévision des compétitions auxquelles il participe. « Je me pratique en faisant le tour du lac Brome. C’est 20 kilomètres. Je travaille à diminuer mon temps le plus possible », précise-t-il.

Vincent Dion a parcouru 51 kilomètres au milieu de l’océan Pacifique, pour un temps de 8 heures et 18 minutes, à l’occasion d’une compétition internationale de planche à pagaie à Hawaï.

Au bout de ses rêves
Son amour pour la planche à pagaie lui a permis d’obtenir son laissez-passer pour un important championnat mondial à Hawaï ! Le défi, qui s’est déroulé le 29 juillet, consistait à parcourir 51 kilomètres entre les îles de Molokai et Oahu. Vincent Dion était non seulement le seul Canadien dans la catégorie des 30 à 39 ans, mais l’un des deux seuls malentendants, avec son ami, Trey parmi les 200 participants.

« C’est une très grosse compétition avec de grosses vagues, décrit-il, en ajoutant qu’il a obtenu l’aide de commanditaires pour lui permettre d’y participer. Au milieu de la course, il y avait des vagues de cinq à six pieds. Et il vente tout le temps là-bas. »

La compétition a été extrêmement difficile par moment. « C’est de l’endurance. C’est vraiment difficile. C’est toute la journée, explique-t-il. Après six heures, le (défi) mental a embarqué. Les émotions viennent toutes mêlées. Tu es content, tu pleures. Ma sœur m’encourageait, elle me poussait. »

En raison de sa surdité, il a pu être escorté par un bateau à bord duquel voyageait justement sa soeur, qui le fournissait en eau et nourriture. Le Bromois ne pouvait sous aucun prétexte toucher à l’embarcation.

Le trentenaire a complété le défi en huit heures et 18 minutes. « Je suis fier. Fier de ne pas avoir abandonné même si c’était difficile. Je suis fier d’avoir continué. Même si je suis le dernier, je m’en fiche. L’important est d’avoir fini debout sur ma planche et de ne pas avoir abandonné », assure-t-il.

Cinq participants ont pagayé dans sa catégorie. Il a fini quatrième, le cinquième ayant abandonné la compétition en cours de route. Au fil d’arrivée, un accueil chaleureux l’attendait avec la présence de ses parents, amis et membres de la communauté sourde. « C’est une fierté pour eux aussi », souligne Vincent Dion.

Ce qu’il a trouvé le plus difficile? « Les vagues, dit-il sans hésitation. Il y avait des courants contradictoires, donc ça me faisait forcer deux fois plus. Il ventait fort et ça me poussait beaucoup. »

Malgré les difficultés rencontrées, il conserve des souvenirs impérissables de cette aventure au coeur de l’océan Pacifique. « C’était un rêve: la mer, le vent », résume-t-il.

Cette compétition n’est pas la seule de sa saison. À peine était-il de retour d’Hawaï qu’il participait à un défi de près de neuf kilomètres à Burlington, aux États-Unis, puis à une course de 12 kilomètres à Oka. Et tout ça en une semaine. « C’est une semaine record ! », affirme le pagayeur, avouant du même souffle que ses « muscles ont besoin de repos ».

D’autres compétitions sont inscrites à son agenda, notamment à Ottawa, à Toronto et peut-être à Trois-Rivières.

Quels seront ses prochains défis? Le jeune athlète songe à organiser une compétition de planche à pagaie sur le lac Brome. Et pourquoi pas une deuxième participation à la compétition mondiale à Hawaï en 2019 !