Les jeunes golfeurs sont plus présents que jamais sur les terrains de golf cet été.
Les jeunes golfeurs sont plus présents que jamais sur les terrains de golf cet été.

Un été exceptionnel autour des verts

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
Une météo magnifique, une pandémie qui limite les voyages et qui incite les gens à rester au Québec, et un sport déconfiné sans restriction, ou presque. Le golf connaît son meilleur été depuis longtemps, confirment les différents artisans du milieu.

Si vous avez joué au moins une ronde de golf cet été, vous avez sûrement remarqué qu’il y avait davantage de monde sur les allées que lors des dernières années. Et que, probablement, le choix des heures de départ était un peu plus restreint qu’à l’habitude.

Eh bien, vous n’avez pas tort.

Un sondage interne réalisé il y a un peu plus de deux semaines par l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ), auprès de ses 110 membres situés partout au Québec, révèle une augmentation de 19 % des rondes de golf jouées depuis le début de l’actuelle saison, qui a pris son départ le 22 mai dernier.

Une augmentation sans précédent qui tranche nettement avec la lente diminution des rondes jouées, observée depuis plusieurs années.

Ce qui fait dire au président de l’ACGQ, Martin Ducharme, que le golf fait un retour à ses meilleures années, en 2020.

« C’est vraiment excellent, comme augmentation. On vit présentement la même situation que lors des années 1980-1990, où c’était complet du matin au soir, et où il n’y avait pas assez de terrains de golf. Bien sûr, cette augmentation est une moyenne; elle est plus forte chez certains clubs, et un peu plus faible chez d’autres. Mais si on compare cet été 2020, jusqu’à présent, avec les années antérieures, c’est vraiment impressionnant. Depuis des années, les clubs étaient habitués à des baisses de 3, 4 ou 5 %, même jusqu’à 9 %, chaque saison », dit Martin Ducharme.

L’ACGQ représente 110 des 335 clubs de golf au Québec.

Le nombre de rondes de golf jouées a augmenté de 19 % jusqu’à présent cet été, relate l’Association des clubs de golf du Québec, selon un sondage interne mené auprès de ses 110 membres partout au Québec.

« Noël à l’avance »

Dans le contexte de la pandémie, qui a imposé entre autres un écart plus grand entre les heures de départ, ce qui diminue au final le nombre possible de départs dans une journée, cette augmentation est d’autant plus impressionnante, estime  Martin Ducharme, qui est également directeur général du Club de golf Château Bromont.

« Certains clubs qui avaient plus de difficultés depuis quelques années vivent Noël à l’avance. Et cette popularité du golf se fait sentir partout en province; ça fonctionne dans toutes les régions à fond de train. En Gaspésie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, à Québec, en Outaouais, dans les Laurentides, à Montréal, tout le monde est à fond de train. »

En plus des conditions météo exceptionnelles et des restrictions de déplacements liées à la pandémie, Martin Ducharme croit que l’annulation de plusieurs tournois, de même que le golf en milieu scolaire, a permis à une nouvelle clientèle de s’élancer sur les allées en 2020.

« Il n’y a pas de tournois cette saison. Ainsi, les golfeurs qui jouaient une fois par année au tournoi de golf de la compagnie, ou au tournoi de golf familial, se retrouvent sans jouer. Ils ont trouvé d’autres moyens. Par exemple, ils vont jouer avec leurs enfants et leurs petits-enfants. Le golf en milieu familial a explosé; c’est devenu une activité in d’aller jouer au golf en famille, avec grand-papa et grand-maman. Il n’est pas rare de voir trois générations sur le même quatuor de golf. Aussi, constat important, la clientèle des 25-35 a décidé de se mettre au golf cet été. On le constate partout », ajoute Martin Ducharme.

« Comme ça, on voit que les efforts de Golf Québec, avec le golf en milieu scolaire, au primaire et au secondaire, des efforts déployés depuis des années, commencent à payer. Les jeunes sont contents d’aller jouer avec leurs grands-parents et de leur montrer ce qu’ils ont appris. »

La pandémie, finalement, aura été un mal pour un bien, analyse Martin Ducharme.

« Là, on parle d’augmentation des rondes de golf jouées. Mais on constate aussi une explosion dans les réservations des forfaits golf et hébergement. Chez nous, on réserve des groupes tous les jours pour septembre et octobre. Les gens veulent profiter de la saison jusqu’au bout. Des gens de partout au Québec qui voyagent, c’est excellent pour l’économie, aussi. À cause de la pandémie, les gens ont davantage voyagé au Québec. »

L’envers de la médaille

S’il y a augmentation des rondes jouées, il y a cependant des pertes importantes de revenus pour le volet réception et restauration pour les clubs.

L’annulation des tournois caritatifs et corporatifs provoque des pertes de revenus. Mais cette situation forcera peut-être les clubs de golf à percevoir autrement l’apport réel des tournois, dit Martin Ducharme.

« Pour ce qui est du volet restauration et événement, on mange une claque. C’est le côté négatif. On n’a pas de réception, pas de tournoi. En même temps, il a fait beau tout l’été jusqu’à présent; dans ces conditions, je préfère ne pas avoir de tournois. Avec un tournoi, tu as seulement 140 golfeurs, et tu dois fermer ton terrain. Alors que sans tournoi, j’ai 270 personnes qui vont venir jouer. Je ne souffre pas du tout de ne pas avoir de tournois de golf, et la majorité des clubs commencent à le réaliser aussi. C’est le volet nourriture et boisson qui est davantage touché. Par contre, je crois qu’on ne verra plus les tournois de golf de la même façon, une fois que les gestionnaires auront fait leurs calculs lors de la saison morte. »

Une nouvelle clientèle

Sur les allées du Château Bromont, cette semaine, lors de l’Invitation Bromont, Marc-Étienne Bussières a constaté les changements vécus en cette saison estivale 2020. La clientèle se rajeunit.

« Il y avait beaucoup de monde au tournoi, environ 300 personnes, des gens qui se sont déplacés pour venir nous voir. On voyait beaucoup de pères qui étaient accompagnés de leurs fils », observe le pro de Golf et Académie Longchamp.

« Oui, c’est plus achalandé sur le terrain que les années passées. On voit des gens qui jouaient dans le passé faire un retour sur les allées, et on voit une clientèle plus jeune. Ce ne sont plus que les retraités qui pratiquent le golf. »

« La pandémie y est pour beaucoup. Plusieurs amateurs s’équipent avec des nouveaux bâtons, et on a beaucoup de nouveaux membres qui ont adhéré pour la fin de cette saison et pour l’an prochain. C’est un gros plus. »

Martin Ducharme, président du conseil d’administration de l’Association des clubs de golf du Québec.

Davantage de cours

Outre quelques tournois ici et là, Jérôme Blais a décidé de se concentrer sur l’enseignement du golf, depuis quelques années.

Le Sherbrookois, professionnel au Château Bromont, peine à répondre à la demande depuis la mi-juillet.

« Le golf n’a pas été affecté, ou presque, par la pandémie. La distanciation se fait tout seule. Oui, la saison a été retardée un peu, mais pour le reste, la pratique du sport est demeurée relativement inchangée. Et comme le golf a été déconfiné avant d’autres sports, ça a peut-être permis à une nouvelle clientèle d’en faire l’essai. En tout cas, je vois beaucoup de jeunes dans la vingtaine, de jeunes couples, sur les allées ou au champ de pratique. La clientèle a rajeuni cet été! »

« Du début de la saison jusqu’à la mi-juillet, ce fut assez tranquille. Mais depuis ce temps-là, ç’a décollé d’un coup sec. Ce n’est pas une saison comme les autres, mais c’est intéressant de voir des nouveaux visages. Peut-être que les gens qui jouaient occasionnellement vont avoir la piqûre pour le sport et continuer à jouer dans les années futures », espère-t-il.

Du jamais vu depuis 2001

Donald Saint-Pierre, du Club de golf Waterville, est catégorique. Il n’a jamais vu pareil engouement depuis le début des années 2000.

« Cet été, on voit beaucoup de jeunes sur les terrains. C’est ce qui frappe en premier. Des jeunes dans la vingtaine, des jeunes couples sans enfants. J’ai aussi constaté une augmentation de mon nombre de membres, et le terrain est plein pratiquement tous les jours de la semaine. La journée de samedi est la plus tranquille! On roule entre 240 et 280 golfeurs par jour. C’est beaucoup! »

« On a un été magnifique et la pandémie a forcé les gens à rester au Québec. Alors plutôt que de se payer un voyage, ils se sont acheté un ensemble de golf. Je n’ai jamais vendu autant d’ensembles de golf en un été; les compagnies peinent à fournir des bâtons, tellement la demande est forte. On va espérer que la tendance se poursuive l’an prochain! »

L’industrie devra s’adapter

Certes, l’été 2020 est excellent jusqu’à présent pour les clubs de golf et l’industrie en général.

Mais personne ne doit s’asseoir sur ce succès, prévient Martin Ducharme.

« Le message que je passe à l’industrie du golf, c’est réveillez-vous! Profitez de ce qui se passe, mais assurez-vous de garder ces nouveaux adeptes en 2021, en 2022 et dans le futur. Ce sera hyper important de ne pas mettre des bâtons dans les roues de cette nouvelle clientèle. 

« Une bonne partie de cette dernière n’arrive pas à la dernière mode vestimentaire du golf, elle n’arrive pas nécessairement avec le polo dans le pantalon ou le bermuda, elle peut même porter la casquette à l’envers. 

« Toute l’étiquette vestimentaire usuelle, sévère, pointue, un peu snob, c’est un peu dépassé. Les gens avaient raison quand ils disaient que le golf était un sport de snob. On doit tout mettre ça de côté on s’arrange pour garder cette clientèle-là chez nous. On doit s’intéresser à eux, il ne faut pas les écœurer. Ça, c’est important et c’est ce qui va faire que l’industrie du golf va renaître. 

« Je le disais en mai, c’est le golf qui va profiter de la situation, et c’est ce qui se passe. Les gestionnaires doivent poursuivre et garder ces gens-là, les attirer, les intéresser et surtout, ne pas les snober. »