Plusieurs sièges étaient inoccupés lors de la défaite des Sénateurs, mardi, au Centre Canadian Tire.

Un petit quelque chose de plus

CHRONIQUE / On en parle depuis plusieurs années. On dit que ça s’en vient. C’est inévitable. Assistera-t-on enfin, en 2019, au retour des offres hostiles dans la Ligue nationale de hockey ?

La question a été posée de façon très directe à John Chayka, tout récemment.

Le directeur général des Coyotes a offert une réponse très franche. Surtout, fort révélatrice.

« Une offre hostile ? Oui, ça pourrait arriver. Ça se discute. Nous nous trouvons dans une situation unique... Nous n’avons certainement pas peur d’utiliser ce recours... De nos jours, les équipes sont disposées à offrir des sommes considérables aux jeunes vedettes. Ça crée un climat dans lequel les offres hostiles peuvent survenir. »

Aucun joueur n’a été identifié, mais il n’est pas trop difficile de lire entre les lignes.

Chayka parle clairement, ici, d’Auston Matthews.

D’abord, il faut comprendre que Chayka a fait cette déclaration lors d’une visite à son alma mater, l’université Western Ontario. Ce campus est situé à London, dans le sud de la province. Dans un territoire infesté de partisans des Maple Leafs de Toronto.

Matthews, le joueur le plus important des Leafs, aura besoin de renouveler son contrat dans les prochains mois.

Matthews a grandi à Phoenix. On lui a mis des patins aux pieds parce qu’il rêvait d’imiter ses idoles, les joueurs des Coyotes.

L’opportunité est doublement alléchante pour Chayka. En plus d’acheter les plus belles années de la carrière d’un véritable centre numéro un, il embaucherait une rare vedette locale. Ça pourrait l’aider à développer des liens solides, durables, avec les amateurs de sport dans son marché non traditionnel.

« Beaucoup de choses doivent se produire, avant que notre organisation finisse par soumettre une offre hostile à un joueur », a poursuivi Chayka, le DG qui n’a même pas encore 30 ans.

Il faut d’abord que Matthews obtienne le statut de joueur autonome avec compensation, le 1er juillet prochain.

Les Leafs ont les moyens de retenir leur joueur de concession à Toronto. D’ailleurs, pas plus tard que mardi, leur DG Kyle Dubas a laissé entendre que « les négociations se déroulent dans un climat positif ».

Il se croit capable de régler ce dossier d’ici la date limite des transactions.

Tout ça pour dire que Matthews ne quittera probablement pas Toronto. Et ce ne sera pas plus grave.

Chayka prépare discrètement son plan, au cas où. Il doit avoir déjà obtenu la bénédiction de foncer, de la part de ses patrons. Pour les Coyotes, pour le petit noyau d’irréductibles fans de l’Arizona, c’est déjà beaucoup.

Les Sénateurs et les Coyotes ont quelques points en commun.

Les deux clubs sont relativement jeunes. Ils ont tous les deux vu le jour dans les années 1990.

Ils ont tous les deux commis la terrible de gaffe de construire leurs arénas loin du centre-ville, dans des secteurs qui ne sont pas toujours faciles d’accès.

Quand le match a débuté, mardi, avec les rangées entières de sièges vides, le Centre Canadian Tire ressemblait étrangement au Gila River Arena.

Le mandat de reconstruire des Sénateurs a été confié à un brillant dépisteur qui n’a pas énormément d’expérience dans le domaine de la gestion.

Les Coyotes, eux, ont embauché un homme plus jeune, moins expérimenté, qui s’est fait connaître grâce à la nouvelle sphère d’activités : les statistiques avancées.

Le succès, d’un côté comme de l’autre, n’est pas assuré. John Chayka pourrait facilement ajouter son nom à la longue liste d’hommes de hockey qui ont échoué, dans le désert.

Il a quand même réussi un premier test. L’été dernier, il a été capable de retenir son joueur le plus talentueux. Oliver Ekman-Larsson est devenu capitaine, après avoir signé une prolongation de contrat d’une durée de huit ans.

Mardi midi, dans les couloirs du CCT, Capitaine OEL parlait avec fierté de l’identité des Coyotes. « Une des équipes les plus travaillantes de toute la LNH. »

Chayka ne travaille pas tout seul. Les propriétaires des Coyotes envoient un message fort, quand ils se disent prêts à mettre le paquet en soumettant une offre hostile au meilleur jeune joueur qui pourrait se retrouver sur le marché.

Ça démontre du sérieux et de l’ambition. On peut construire une bien belle équipe, avec un peu de sérieux et beaucoup d’ambition.