Colin Greening peut dire qu’il a connu une belle carrière dans le hockey professionnel avec les Sénateurs d’Ottawa puis les Maple Leafs de Toronto. Il s’attaque maintenant à un nouveau défi.

Prochain arrêt, Harvard

CHRONIQUE / Colin Greening est, probablement, l’homme le plus brillant à avoir porté l’uniforme des Sénateurs d’Ottawa.

Avant de tenter sa chance comme recrue, en 2010, il avait passé quatre saisons dans la NCAA, à l’université Cornell. Il est arrivé avec son diplôme de premier cycle en poche. Un homme de hockey conservateur, dont je tairai le nom, avait alors émis des réserves à son sujet.

Greening était peut-être « trop » intelligent pour la Ligue nationale, avait-il dit.

Cornell occupe le 13e rang du classement des plus prestigieuses universités américaines, dans le plus récent classement publié par le magazine Forbes.

Greening a vite fait taire ses détracteurs. Il n’a pas connu une carrière digne du Temple de la renommée, il a joué 300 matches dans la grande ligue.

Il a passé les trois dernières saisons dans la Ligue américaine. En tant que vétéran chez les Marlies de Toronto, il a soulevé la coupe Calder, en 2018.

Je lui ai passé un coup de fil, cette semaine, pour le féliciter. À 33 ans, Greening a décidé que le moment était venu d’accrocher ses patins.

Il se trouvait dans la région de Boston quand il a répondu à mon appel. Il s’installe sur le campus universitaire où il relèvera son prochain défi.

Il a décidé d’entreprendre, en septembre, une Maîtrise en Administration des affaires (MBA).

À l’université Harvard, s’il-vous-plaît.

Harvard occupe le tout premier rang, en haut de la liste, sur le classement de Forbes.

« Si j’y pense depuis longtemps ? Ça dépend. La définition du mot “longtemps” est assez large », a lancé le jeune retraité, en guise de réponse à ma première question.

Il m’a ensuite parlé du camp d’entraînement de l’automne 2017.

Il s’était imaginé qu’il avait une bonne chance de se tailler un poste avec les Maple Leafs.

Il s’est retrouvé au ballottage.

« Ce n’était pas la première fois que ça m’arrivait, raconte-t-il. Dans les années précédentes, il m’était arrivé de mal réagir quand ça se produisait. Cette fois, j’ai décidé d’y voir une opportunité. J’étais quand même à Toronto, une ville où je connaissais plein de gens. J’ai décidé de contacter le plus de gens possible, dans le plus grand nombre de domaines. J’ai multiplié les rencontres, les conversations, pour m’aider à trouver ce que je voulais faire de ma vie, après le hockey. »

Deux idées se sont rapidement imposées. Il avait envie de compléter son MBA. Tant qu’à s’imposer un retour aux études, aussi bien viser le sommet. Harvard était l’établissement qu’il souhaitait fréquenter.

« Harvard se donne le mandat de former des leaders. Leurs dirigeants se montrent ouverts aux gens qui ont des perspectives différentes ; qui ont des façons différentes de penser. Tout ça me parle. »

C’est vague, ai-je noté.

« J’aimerais continuer de faire carrière dans le sport. Je ne sais pas trop dans quel rôle. Occuper un rôle de direction au sein d’une organisation, ce serait bien... Mais je me vois aussi développer des stratégies à titre de consultant. Je pourrais travailler avec des athlètes, pour trouver des façons de développer leurs images de marque. Je pourrais aussi aider les joueurs à se préparer pour ce qui vient après le hockey. »

« Ça se voit de plus en plus. Des joueurs de basket comme Kevin Durant, Steph Curry et LeBron James sont très habiles dans l’art de gérer leur notoriété. Au hockey... Disons que les opportunités sont nombreuses. »

Tout compte fait, Colin Greening est peut-être « trop » intelligent pour la LNH.

Et ce n’est peut-être pas une mauvaise chose.

J’écoutais Greening parler avec enthousiasme de ce qui l’attend, dans quelques mois. Ça faisait une bonne vingtaine de minutes, déjà, quand je l’ai coupé.

Les nouveaux retraités du hockey vivent généralement un deuil, Colin. Ça n’a pas l’air d’être ton cas...

« Je vais m’ennuyer du hockey, m’assure-t-il. J’ai juste reçu un bon conseil, il y a plusieurs années. Quelqu’un m’a suggéré de ne jamais me définir exclusivement comme joueur de hockey. J’essaie de suivre ce conseil, depuis. »

« J’ai lu un bon bouquin sur le sujet. Range, par l’auteur David Epstein. Un livre qui nous explique comment les gens aux intérêts diversifiés ont tendance à connaître plus de succès, dans la vie. »

Il y a matière à réflexion.