Le baseball est encore un sport idéal pour passer du temps avec des gens, pense l’auteur originaire de l’Outaouais, Marc Robitaille.

Le monde a beaucoup changé

CHRONIQUE / «Expos 8, Cards 7. Vingt-neuf mille, 184 spectateurs. Mack Jones : trois points. Staub : deux coups sûrs. McGinn a lancé cinq belles manches en relève. Il a été le lanceur gagnant. Ça sentait les hot dogs pis le pop corn. »

Voilà. Ces sept courtes phrases contiennent tout ce que je sais, à propos du premier match des ligues majeures de baseball disputé au parc Jarry.

Et encore. Ce n’est même pas un souvenir personnel. Je n’étais pas né, le 14 avril 1969.

J’ai vécu cette journée historique par procuration, il y a une quinzaine d’années, en lisant le charmant roman Un été sans point ni coup sûr.

Ce bouquin, de l’auteur de l’Outaouais Marc Robitaille, nous raconte le coup de foudre d’un jeune garçon québécois pour le baseball, au moment où une équipe d’expansion s’installe près de chez lui.

Parenthèse. Le roman a été adapté au cinéma par le réalisateur Francis Leclerc, en 2008. J’ai ressorti le DVD, cet hiver, quand j’en avais plein le derrière du froid et de la neige. J’ai pu constater que le film a très bien vieilli.

Je ne voulais pas nécessairement parler du film quand je me suis assis avec M. Robitaille dans un café de Chelsea, plus tôt, cette semaine.

Je voulais parler du premier match à domicile des Expos. On venait quand même de célébrer son 50e anniversaire.

Dans Un été..., le personnage principal rate cet événement historique. Il était retenu en classe, à « étudier les accords du participe passé ». Il encaisse difficilement le coup. C’est sa chanceuse voisine qui lui raconte, en fin de journée, en rentrant du stade.

Marc Robitaille est drôlement bien placé pour parler de nostalgie. Avec le commentateur sportif Jacques Doucet, il a également rédigé Il était une fois les Expos, un impressionnant résumé des 35 années d’existence des Z’Amours.

« Lors de nos tournées, avec Jacques, nous avons rencontré des centaines de partisans. Chaque fois que je parle à des vieux amateurs, ils me disent tous qu’ils étaient là, le 14 avril 1969. Si je fais le compte de tous les gens qui étaient là, je me dis qu’il devait bien y avoir 50 000 personnes dans les gradins ! Le stade contenait seulement 28 000 personnes », rigole-t-il.

Marc Robitaille ne faisait pas partie des 28 000 chanceux qui se trouvaient au parc Jarry, le 14 avril 1969.

Il parle avec passion de « son » premier match des majeures, quelques mois plus tard.

« Moi, le troisième frappeur des majeures que j’ai vu, c’était Hank Aaron. Jamais vu un match des majeures. On était assis du côté du champ droit. Aaron jouait au champ droit. Si je ne me trompe pas, je suis pas mal certain qu’il a frappé un circuit dans ce match. En tous cas, il a frappé deux coups sûrs. Staub a aussi frappé un circuit… »

« Je ne sais pas si tu as déjà entendu cette anecdote de Joe DiMaggio. Chaque jour, avant de sauter sur le terrain, il se rappelait qu’un enfant, dans les gradins, le voyait à l’œuvre pour la première fois. Il se disait qu’il n’avait pas le droit de décevoir cet enfant. Staub ne m’a certainement pas déçu. Il a mis la balle de l’autre bord. »

Je l’écoutais et je comprenais exactement ce qu’il me disait. C’est d’ailleurs ce qui me fait – un peu – peur, quand on me parle du retour imminent et inévitable des ligues majeures à Montréal. Les nostalgiques rêvent de joueurs qui sont retraités depuis longtemps. Ils nous parlent d’une époque bien révolue.

« C’est vrai. Le parc Jarry, c’était une ambiance de fête foraine. C’était aussi le début de quelque chose, avec l’élan des sixties, aussi. »

« La naïveté, le bonheur… Le simple bonheur de faire partie de ce grand mouvement-là. Ça vient aussi de l’Expo 67. J’ai revu récemment des extraits des archives de Radio-Canada. On a ressorti des entrevues réalisées avec des partisans, dans les environs du stade. Ce qui frappe, c’est la bonne humeur et la bonhomie. L’absence de cynisme total. »

Les temps ont bien changé, c’est le moins qu’on puisse dire.

Le baseball, heureusement, n’a pas trop changé.

« C’est le seul sport majeur où tu peux vraiment t’asseoir, checker ça du coin de l’œil, tout en étant dans une conversation, une longue conversation, avec quelqu’un. C’est le sport idéal pour passer du temps avec les gens. T’es sur le mode relax. T’es assis là, c’est l’été », note M. Robitaille.

Il me dit qu’une nouvelle lune de miel est possible.

J’ai bien envie de le croire.