Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Horace Sobze Zemo à l'entraînement, sur l'Île-du-Prince-Édouard
Horace Sobze Zemo à l'entraînement, sur l'Île-du-Prince-Édouard

Horace de Gatineau, avec l’Atlético

CHRONIQUE / Ce matin, je vous propose une longue chronique sur le gardien de buts numéro trois de l’Atlético d’Ottawa.

Je vous prie de restez avec nous. Je vous jure, ça vaut la peine.

Il s’appelle Horace Sobze Zemo. Il fait cet été ses débuts dans le monde du soccer professionnel. Une recrue de 27 ans. Juste là, l’histoire vaut la peine d’être racontée.

Il y a mieux, encore.

Horace vit à Gatineau. Avec sa mère. Et ses six frères et soeurs, qui sont tous plus jeunes que lui.

Je pourrais vous raconter l’histoire de ce gamin qui est né au Cameroun. Qui avait 14 ans quand il s’est installé au Canada. Il a fait ses débuts dans le soccer organisé à 16 ans, à l’école secondaire Mont-Bleu. On l’a placé devant le filet parce qu’il avait un bon gabarit. 

Pendant quelques années, il s’est débrouillé seul pour apprendre sa position. Il avait 19 ans quand il a croisé son premier entraîneur des gardiens.

Je vous répète qu’il évolue maintenant dans un circuit professionnel.

Et ce n’est même pas le meilleur bout de l’histoire.

Le meilleur, c’est que Horace est retourné sur les bancs d’école, l’automne dernier. À l’Université Laval. Il a bûché comme étudiant libre, pendant un an, afin d’être accepté au baccalauréat en Intervention Sportive.

Il fait partie de l’équipe de soccer du Rouge et Or.

«Ce qui m’a donné le plus envie de retourner à l’école à 26 ans? Je vais être honnête. J’en avais marre de travailler au salaire minimum. Je ne savais pas trop dans quoi j’allais étudier. À force de m’entraîner, j’ai découvert que ma passion pour le monde du sport était plus forte que moi», explique-t-il.

Le bacc en Intervention sportive est un programme relativement jeune, exclusif à Laval.

En gros, l’Université de la Vieille-Capitale a développé un programme qui sert à former des entraîneurs professionnels.

Je vous l’avais dit que c’est une bonne histoire.


« En retournant à l’université, j’ai un peu l’impression de débloquer le passage pour mes petits frères. Je préférerais qu’ils ne fassent pas trop de conneries, plus tard. »
Horace Sobze Zemo

***

Avant d’interviewer Horace, j’ai parlé à quelques personnes qui le connaissent bien.

Ils m’ont tous dit qu’il est à son meilleur lors des séances d’entraînement.

Je cite Bila Dicko-Raynauld, un vieil ami de Gatineau: «Athlétiquement, Horace est un monstre! Les longues séances ne viennent jamais l’ébranler. Même quand tu penses qu’il est fatigué, il est toujours là.»

Je pourrais aussi vous parler de l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Samir Ghrib, qui a «rarement rencontré un étudiant-athlète aussi persévérant» durant sa carrière.

Les bons athlètes ne font pas nécessairement de bons entraîneurs. Ça, Horace l’a compris assez rapidement.

«Des gens me contactent parfois, pour venir s’entraîner avec moi. Ça me fait plaisir. J’aime aider les gens. Je sais comment m’entraîner, mais je ne sais pas comment dire aux autres ce qu’ils doivent faire pour bien s’entraîner.»

Retourner aux études dans la fin de la vingtaine, ce n’est jamais simple. On me dit que Horace a bûché, l’an dernier, afin de réussir tous ses cours.

Il n’a pas besoin de chercher très loin pour trouver une source de motivation.

«Je suis l’aîné d’une famille de sept enfants, insiste-t-il. En retournant à l’université, j’ai un peu l’impression de débloquer le passage pour mes petits frères. Je préférerais qu’ils ne fassent pas trop de conneries, plus tard.»


« À force de m’entraîner, j’ai découvert que ma passion pour le monde du sport était plus forte que moi. »
Horace Sobze Zemo

La matière sera de plus en plus difficile à bien assimiler, au fur et à mesure que les crédits universitaires s’accumuleront.

D’ailleurs, Horace s’est compliqué un peu la tâche, quand il a signé son contrat d’essai avec l’Atlético. Tandis que ses camarades de classe ont vécu la rentrée dans la région de Québec, il a cherché des moyens de tout suivre à distance, depuis l’Île-du-Prince-Édouard.

«Pour moi, le plus dur ne fait que commencer», pense-t-il.

Il ne changerait quand même pas de place avec quiconque.

L’Atlético doit jouer le dernier match de sa ronde préliminaire, dimanche. Avec une victoire, le club obtiendra son ticket pour le deuxième tour, ce qui prolongera le séjour de tout le monde dans les Maritimes.

«Si quelqu’un me demande si je ferais ça pour le reste de ma vie, je réponds sans hésiter. C’est certain!»

La Première ligue canadienne de soccer et le sport universitaire canadien sont partenaires. Dans leurs objectifs à long terme, les deux aimeraient développer plus d’athlètes professionnels au pays.

Horace aimerait en faire partie. Son contrat d’essai avec l’Atlético prendra fin à la conclusion du tournoi. Il retournera à l’université en rêvant à sa prochaine opportunité de faire ses preuves parmi les pros.

Il s’inspire de Gianluigi Buffon, gardien italien toujours actif avec la Juventus, à 42 ans. Il nous parle de Romuald Peiser, première vedette du Fury d’Ottawa, qui enchaînait les blanchissages en NASL quand il avait 38 ans.

«Quand j’ai repris l’université, l’an dernier, je disais à tout le monde que je ne stressais pas. La CPL est là. Je savais que je pouvais y arriver. Des camarades se foutaient de ma gueule. C’est drôle, maintenant. J’y suis.»