Le gardien des Sénateurs Anders Nilsson fait ce qu’il peut pour combattre l’homophobie dans le sport.

Drapeau discret, message fort

CHRONIQUE / Lors du dernier match, avant la pause, Anders Nilsson commençait à ressembler à un vrai membre de l’organisation des Sénateurs. Il portait ses jambières et ses gants aux couleurs de l’équipe. Il ne lui manquait que son masque.

« Il s’en vient ! L’artiste qui l’a peint vient d’ailleurs de m’envoyer des photos », m’a-t-il confié, quand je l’ai pris à part, récemment.

Il ne faut pas s’attendre à grand-chose, me prévient le gardien. Son masque des Sénateurs ressemblera beaucoup à celui qu’il portait chez les Canucks de Vancouver. Pas de logos. Pas de dessin. Pas de thème spécial. « Rien d’anormal ou de particulier », dit-il.

C’est encore drôle, lui ai-je répondu.

Dans les premières années de sa carrière, Nilsson a trouvé une façon bien particulière de se distinguer. Sur la plaquette arrière de tous ses masques, il insiste pour qu’on peigne un petit drapeau arc-en-ciel.

Il y en aura un, assurément, sur celui qu’il portera d’ici la fin de la saison.

« C’est un tout petit geste, vraiment. Je dois vous avouer, qu’au départ, j’ai été surpris d’obtenir autant d’attention, pour ça. »

Il a été surpris, au départ, je veux bien.

Nilsson a l’air d’un type intelligent. J’imagine qu’il a compris, depuis, l’importance du « tout petit geste » qu’il a posé.

Neuf cent dix joueurs – 825 patineurs et 85 gardiens – ont enfilé un maillot de la LNH, jusqu’ici, cette saison. Si certains d’entre eux sont gais, ils sont cachés, en silence, dans le plus hermétique des placards.

Les dirigeants de la LNH font des efforts. Le programme « Le Hockey est pour tout le monde », né d’un partenariat avec le projet You Can Play, existe depuis quelques années. Dans le passé, on a demandé à chaque équipe d’identifier un ambassadeur, pour soutenir la communauté LGBTQ et pour combattre l’homophobie dans le sport.

Les efforts sont louables, même s’il faut reconnaître qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Selon ce qu’on m’a dit, certains joueurs qui se sont engagés dans le passé étaient à l’aise avec le rôle d’ambassadeur, mais n’étaient pas nécessairement disposés à jouer les porte-parole.

Certains sont disposés à prêter leur nom et leur image à la campagne, mais refusent systématiquement d’accorder des entrevues sur le sujet.

Nilsson s’affiche lors de chaque match. Il est disposé à répondre à toutes les questions qu’on lui pose.

« Ce petit drapeau m’a permis d’entrer en contact avec beaucoup de gens, au fil des ans. J’ai reçu des quantités importantes de messages. C’est impressionnant », me dit-il.

Nilsson voudrait qu’il y en ait encore plus.

« Moi, au fond, j’aimerais aider les plus jeunes athlètes. Je suis convaincu que des quantités importantes abandonnent le hockey, le football ou d’autres sports, à l’adolescence, parce qu’ils ne se sentent pas à l’aise dans leur environnement. »

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Un « petit cousin » de La Presse, le journaliste Simon-Olivier Lorange, a réalisé une très pertinente série de reportages sur l’homophobie dans le monde du hockey.

Dans un texte, le premier arbitre ouvertement gai du hockey professionnel, Andrea Barone, a frappé dans le vif du sujet.

« Si je vois un groupe de jeunes qui marchent ensemble, je peux tout de suite deviner que c’est une équipe de hockey junior. C’est tellement distinctif, cette manière de marcher, de parler, d’être macho... Sur la glace, dans le vestiaire ou ailleurs, c’est un concours constant pour déterminer qui pissera le plus loin. Une équipe de hockey, c’est un frat house. Personne n’est gai, là-dedans », a-t-il déclaré.

On peut comprendre un jeune homme, mal à l’aise dans ce type d’environnement, de tourner le dos au sport.

« Je ne serais pas surpris d’apprendre que nous avons perdu des athlètes de grand talent, pour cette raison. C’est terrible », argue le gardien de 28 ans qui élève trois jeunes garçons.

Ses fils, d’âge préscolaire, pourraient le rejoindre à Ottawa au retour de la pause du Match des étoiles.

Nilsson n’a pas de leçons à donner ou de solutions à offrir. « L’Amérique du Nord pourrait peut-être s’inspirer de mon pays natal. En Suède, les gens sont plus ouverts, plus tolérants », finit-il par lancer, devant mon insistance.

Il n’a peut-être pas besoin d’offrir des solutions. Déjà, en s’affichant et en favorisant les discussions, il fait sa part.