Le directeur général du Rouge et Noir, Marcel Desjardins, est à la recherche d’un entraîneur-chef. Un choix qui risque d’être déterminant pour son avenir avec le club ottavien.

Directeur général sous pression

CHRONIQUE / Rick Campbell a de la classe. Maintenant, on le sait. Le mot « classe » est probablement celui qui est ressorti le plus souvent, lundi, quand on voulait décrire l’entraîneur démissionnaire du Rouge et Noir d’Ottawa.

Campbell respecte suffisamment les partisans pour leur dire la vérité. Il quitte parce qu’il n’était plus capable de s’entendre avec son patron, le directeur général Marcel Desjardins.

Il a suffisamment de gratitude envers Desjardins pour ne pas trop donner de détails sur leur relation.

Dans la touchante conférence de presse où il a fait ses adieux, il s’est échappé une seule fois. Et encore. Il fallait être très attentif pour capter le message.

« Je n’étais jamais heureux de voir quelqu’un quitter la Place TD avec un goût amer dans la bouche. Et je trouve que la liste de gens qui nous ont quittés, amers, commence à être longue », a-t-il déclaré.

« Je ne veux pas aller plus loin sur ce sujet. »

Marcel Desjardins n’est pas un homme particulièrement chaleureux. Parfois, ses commentaires peuvent laisser paraître une certaine forme d’arrogance.

Et ça se comprend.

L’Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) le paie pour diriger un club de football professionnel, pas une classe de maternelle.

Le professeur de maternelle doit veiller au bonheur de chacun de ses enfants. Le directeur général doit assembler les éléments qui formeront un club gagnant. Quitte à écraser quelques orteils et froisser des orgueils au passage.

La clé, c’est de trouver la ligne à ne pas franchir. Et s’assurer de ne pas trop la franchir souvent.

L’arrogance ? Je dirais que c’est presque nécessaire.

Dans une ligue où il faut reconstruire sa formation chaque année, en effectuant des dizaines de transactions, seuls ceux qui ont une confiance inébranlable en leurs moyens survivent.

Encore une fois, il faut trouver l’équilibre. On peut avoir confiance en ses moyens tout en reconnaissant ses erreurs.

À pareille date, l’an dernier, Desjardins décidait de complètement déconstruire son attaque. Les résultats ont été catastrophiques. Tandis que ses anciens connaissaient du succès, ailleurs au pays, leurs successeurs ont passé un été de grosse misère à Ottawa.

Desjardins n’a pas exactement fait acte de contrition, jusqu’à maintenant.

Dans la conférence de presse de lundi, un collègue lui a demandé à quel point le chemin vers le succès serait long pour sa troupe.

« Nous ne sommes vraiment pas loin », a-t-il répondu avec une belle assurance.

En espérant qu’il ne parle pas à travers son chapeau.

Parce que les dirigeants d’OSEG s’attendent réellement à ce que le Rouge et Noir retrouve le seuil de la respectabilité en 2020.

« Mon travail consiste à donner beaucoup de corde à Marcel. Il peut en faire ce qu’il veut », répond le président-directeur général du groupe, Mark Goudie.

« Dans notre organisation, ça fonctionne ainsi. Nous allons laisser Marcel mener sa barque. Et je suis convaincu qu’il se montrera tout aussi exigeant envers le nouvel entraîneur-chef qu’il embauchera. »

Interprétation personnelle : Desjardins a intérêt à trouver un entraîneur compétent pour prendre la relève. Il aura aussi tout intérêt à recruter les bons joueurs autonomes. Parce que son propre contrat sera échu dans un an. S’il souhaite continuer à gagner sa vie dans le Glebe...

La saison morte s’annonce vraiment très intéressante.

Une dernière observation. OSEG a réussi à relancer le football dans la capitale en vendant l’image d’un club sérieux qui ne se prend pas trop au sérieux. Un club vraiment branché sur sa communauté, inclusif, avec une identité bien particulière. Un club avec des mouchoirs sur le terrain, avec une « mafia » francophone réunissant les meilleurs joueurs du Québec et de l’Ontario français. Un club soutenu par des bûcherons qui coupent des rondins dans la zone des buts après chaque touché.

Un club où il régnait une ambiance familiale.

Cette image en a pris pour son rhume, dans les derniers mois.

Le collègue Martin Comtois, qui passe ses étés à la Place TD depuis 2014, estime que l’organisation aura du damage control à faire dans les prochains mois.

C’est dans ce contexte, pas facile, que Marcel Desjardins devra naviguer.