Trevor Harris fait partie de ceux qui quittent le Rouge et Noir.

«Dans le contexte de la reconstruction...»

CHRONIQUE / Un club sportif professionnel d’Ottawa vient de perdre les trois plus dynamiques membres de son attaque, en l’espace de quelques heures.

 Trevor Harris. Greg Ellingson. William Powell. Tous partis. D’un seul coup.

Avec SirVincent Rogers, en plus !

Clairement, ça fait mal.

La semaine dernière, durant une intervention en direct à la radio, le chef de l’exploitation d’un autre club sportif pro d’Ottawa a lâché une phrase qui n’a pas été trop bien reçue.

Face à une situation étrangement similaire, l’homme a exhorté les fans à ne pas « considérer ça comme la goutte qui fait déborder le vase, mais plutôt comme une opportunité dans le contexte de la reconstruction. »

On a du mal à digérer cette sortie du chef de l’exploitation des Sénateurs, Nicolas Ruszkowski. On a l’impression qu’il ne voit pas le drame qui est en train de se dérouler devant ses yeux.

Perdre Ryan Dzingel, Matt Duchene et – surtout – Mark Stone n’aurait rien d’une opportunité. Ce serait plutôt une catastrophe ! Une catastrophe qui aurait comme principal effet d’ajouter plusieurs années au cycle de reconstruction.

Mais bon. On y reviendra. Je ne veux pas nécessairement vous parler des Sénateurs, ce matin, mais bien du Rouge et Noir.

Je tisse un parallèle parce que, curieusement, les mots de M. Ruszkowski auraient plus de sens s’ils sortaient de la bouche de Marcel Desjardins.

On sent que l’homme de football n’est pas trop à l’aise avec le mot « reconstruction ». Pourtant, quand on laisse partir d’un coup quatre athlètes âgés dans la trentaine, chez des rivaux qui sont prêts à payer plus cher...

Qu’on le veuille ou non, par la force des choses, on doit reconstruire.

La réaction initiale des partisans « purs et durs » se comprend. Harris a été le joueur par excellence de l’équipe en 2018. Powell était le meilleur porteur de ballon au pays. Ellingson a rejoint le club des 1000 verges pour une quatrième fois en quatre ans. Avec sa carrure imposante, son large sourire et sa coiffure caractéristique, Rogers a conquis la #RNation dès son arrivée à Ottawa.

Entre deux coups de pelle, j’ai passé une partie de mon mercredi au téléphone, avec des gens qui connaissent bien le football, le Rouge et Noir et la LCF.

À la lumière de ces conversations, j’ai fini par croire que Desjardins a bien agi.

Faut dire que j’étais à moitié convaincu. Ils m’ont simplement confirmé des détails.

Harris sera le plus difficile à remplacer parce que les quarts talentueux ne courent pas les rues. Surtout en ce qui a trait au talent. En tant que leader, il n’a jamais vraiment fait l’unanimité.

On m’a encore parlé d’un match, à Toronto, où toute l’équipe avait mal paru. Les journalistes qui voulaient recueillir les commentaires du capitaine de l’attaque ont été obligés de s’armer de patience. Harris a pris tout son temps pour retirer son équipement.

Un exemple parmi tant d’autres. Durant les périodes plus difficiles, Harris préférait laisser à ses coéquipiers le soin de répondre aux questions difficiles.

Dans la LCF, le quart-arrière gagne beaucoup plus d’argent que ses coéquipiers. Ça vient avec certaines responsabilités.

On me confirme aussi que Harris avait du mal à composer avec la pression qui provenait des fans, par contre.

À Edmonton, une ville où les joueurs de la LCF sont aussi populaires que ceux de la LNH, on lui souhaite bonne chance...

En faisant preuve de retenue, à l’ouverture du marché des joueurs autonomes, Marcel Desjardins a économisé des sommes considérables, qui pourront être réinvesties de différentes façons. L’homme qui a construit l’équipe gagnante des cinq dernières années mérite une chance de mettre son plan en œuvre.