« Tu ne peux pas faire du stock-car si la passion n’est pas là. On prend des risques à chaque fois qu’on monte dans la voiture, c’est un sport qui coûte cher, tu ne peux pas faire de la course à moitié motivé », lance Steve Bernard.
« Tu ne peux pas faire du stock-car si la passion n’est pas là. On prend des risques à chaque fois qu’on monte dans la voiture, c’est un sport qui coûte cher, tu ne peux pas faire de la course à moitié motivé », lance Steve Bernard.

Steve Bernard: «Ma gang me manque»

Steve Bernard aurait dû rouler sur la piste de l’Autodrome Granby vendredi soir. Et il aurait dû retrouver les membres de son équipe et ses nombreux fans. Partie remise. Mais Bernard a l’impression qu’on finira bel et bien par avoir des courses cette saison.

Q / Steve, comment t’es-tu senti vendredi alors que, au lieu de courir, tu passais une petite soirée à la maison ?

R / Honnêtement, je me suis fait à l’idée depuis la mi-mars, soit depuis que le gouvernement a décidé de confiner le Québec, que le début de saison allait être retardé. Nous sommes dans une situation absolument exceptionnelle et tout le monde en paie le prix. Moi, c’est la première fois en 24 ans, si mon calcul est bon, que je rate le début d’une saison.

Q / Qu’est-ce qui te manque le plus ?

R / Ma gang me manque, la poussée d’adrénaline qu’on a à chaque début de saison me manque. Pour moi, les courses, c’est une grande fête entre amis, c’est l’occasion de fraterniser avec les gens avec qui je travaille depuis longtemps. Rouler, c’est extraordinaire, mais le contact humain, c’est très important.

Q / Tout de même, as-tu espoir de conduire ton modifié à l’Autodrome à un moment donné cet été ?

R / Oui, j’ai espoir. À chaque jour, le gouvernement annonce de nouvelles choses. Les écoles primaires sont ouvertes, de plus en plus de commerces le sont, on permet maintenant de petits rassemblements, etc. Tout ça est positif. Je me dis que notre tour pourrait venir avant longtemps. Par contre, si on commence à courir tard en saison, genre qu’on ne peut faire qu’une couple de courses, je n’embarquerai pas.

Q / Pourquoi ?

R / C’est une question de risques. Après plusieurs mois à être restés à la maison, les gars risquent d’être excités, moi le premier, et ça pourrait être dangereux pour les voitures. Non, pour une couple de courses, ça ne vaudra pas la peine. Mais ça, c’est mon opinion à moi, je n’ai pas parlé aux autres pilotes à ce sujet.

Q / Tu entrevoyais ta saison d’un bon œil ?

R / Oui ! La confiance était là. Le retour au châssis Bicknell nous encourageait. La dernière saison n’a pas été la plus facile, mais nous étions optimistes en vue de 2020.

Q / En attendant, tu participes aux courses virtuelles de l’Autodrome. T’as du plaisir?

R / Oui, mais c’est pas facile. J’avais très, très peu d’expérience avant de commencer. Et comme aux vraies courses, tu es aussi bon que le nombre de tours d’expériences que tu possèdes.

Q / Les Pneus Robert Bernard commanditent les courses virtuelles de l’Autodrome. C’était important pour l’entreprise familiale de s’impliquer au même titre qu’elle s’implique dans les « vraies » courses ?

R / On trouvait que c’était un projet cool et ça nous faisait plaisir de donner un coup de pouce, à notre façon, à la grande famille des courses. Les gens de l’Autodrome ont agi très rapidement afin de fournir une alternative aux passionnés et ça méritait ça aussi d’être appuyé.

Q / Est-ce qu’il te reste encore beaucoup d’objectifs à atteindre dans ton sport ?

R / On pratique un sport difficile et extrêmement compétitif. Faire du stock-car et continuer juste à être bon à chaque année, c’est un gros défi en soi. Pour le reste, c’est certain que faire une saison complète en gros bloc, ne serait-ce qu’une seule, c’est un rêve.

Q / Comment as-tu vécu le confinement ?

R / J’ai continué à travailler, essentiellement de la maison. C’était une dynamique différente, évidemment, avec les enfants de ma blonde autour. Mais c’était correct. On a limité les sorties au strict minimum et on a passé du bon temps en famille.

Q / Crains-tu, comme bien des gens, une deuxième vague de la COVID-19 ?

R / Oui, mais je me dis qu’on n’a pas le choix d’affronter le virus pour finir par s’en sortir. Je vois mal le gouvernement remettre le Québec sur pause une deuxième fois en raison des énormes risques que cela comporte. Je pense à la santé mentale des gens et aussi à notre économie. Nos gouvernements ont injecté combien de milliards depuis le début de la crise ? C’est certain qu’on va finir par payer pour. Et nos entreprises, les petites comme les grandes, est-ce qu’elles vont être capables de passer à travers une nouvelle fois ? Déjà qu’on sait qu’on va en perdre plusieurs…

Q / Les gens de ta famille et toi (Les Pneus Robert Bernard, Distribution Stox), vous brassez de bonnes affaires. La crise vous fait mal ?

R / Elle nous fait mal comme à tout le monde. On a été chanceux dans une certaine mesure parce que les ateliers de mécanique ont rouvert plutôt rapidement. Un de nos principaux problèmes a toutefois été le manque de main-d’œuvre parce que ce n’était pas tout le monde qui pouvait venir travailler.

Q / Les courses, c’est aussi une affaire de famille chez les Bernard. Ton père (Jocelyn) est ton chef d’équipe et tes neveux Even et William Racine sont des réguliers à l’Autodrome. Tu aimes être entouré de cette façon ?

R / J’adore travailler avec mon père. Et si je m’offre une saison complète en gros bloc à un moment donné, ce sera avec lui à mes côtés, tu peux en être certain. Ça fera partie de l’aventure, du trip. Quant à mes neveux, ils ont du talent, ils ont un bel avenir devant eux et je suis là pour les conseiller et les encourager. Mais quand on va se retrouver sur la même piste, mononcle ne sera pas là pour leur donner une chance !

Q / Tu as maintenant 39 ans. Clairement, la passion est encore là.

R / Tu ne peux pas faire du stock-car si la passion n’est pas là. On prend des risques à chaque fois qu’on monte dans la voiture, c’est un sport qui coûte cher, tu ne peux pas faire de la course à moitié motivé, mettons. Oui, la passion est encore là. Je ne suis pas celui-là qui tripe le plus à préparer la voiture dans le garage, mais une fois en piste, je suis comme un enfant. En fait, je devrais dire que je suis encore comme un enfant. Et tant que je vais me sentir comme ça, je vais continuer.