Les footballeurs de J.-H.-Leclerc à l’entraînement cette semaine. Les jeunes ne savent pas s’ils pourront retourner sur le terrain.
Les footballeurs de J.-H.-Leclerc à l’entraînement cette semaine. Les jeunes ne savent pas s’ils pourront retourner sur le terrain.

Sport scolaire: déception, inquiétude et incompréhension

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
En entrevue à La Voix de l’Est, la directrice générale du Réseau du sport étudiant du Québec Montérégie, Sylvie Cornellier, avait déclaré que le RSÉQ était prêt à lancer la saison de ses différents sports, mais qu’il manquait toujours l’accord de la santé publique et du gouvernement. Mais voilà que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé que le sport scolaire devra attendre jusqu’au début octobre, au moins, avant de se mettre en branle. Ce qui, dans la région, a provoqué énormément de déception.

De la déception, mais également beaucoup d’incompréhension. Probablement même plus. Comme partout à travers le Québec.

«Honnêtement, on ne s’attendait pas à ça, a expliqué le responsable du programme de football à l’école secondaire J.-H.-Leclerc, Marc Gagnon. Je pense à nos jeunes, qui s’entraînaient déjà plusieurs semaines et qui espéraient tellement pratiquer leur sport préféré bientôt. Il y a des choses que l’on ne comprend pas, c’est clair, et nous avons beaucoup de questions aussi. À l’heure où on se parle, on ne peut qu’attendre les directives pour la suite des choses. Nos équipes doivent en théorie s’entraîner lundi, mais pourront-elles le faire?»

Car les gens de football à J.-H.-Leclerc n’avaient encore reçu aucune communication officielle de la part du RSÉQ jeudi soir.

Mais voyez-vous, les autorités du RSÉQ, du moins ceux de la Montérégie, attendaient encore eux-mêmes des nouvelles du gouvernement jeudi en fin d’après-midi.

«J’ai entendu ce que le ministre Roberge a dit, mais rien ne nous a encore été adressé, a mentionné Sylvie Cornellier. Nos membres sont inquiets, ce qui est tout à fait normal, mais il est difficile de commenter quand nous n’en savons pas plus. Mais je le répète, nous voulions et nous étions prêts à lancer la saison de tous nos sports.»

Les gens du football sont assurément ceux qui sont le plus inquiets puisque la saison, en temps normal, débute fin août, début septembre. Il ne restera pas beaucoup de temps pour jouer au football si, au mieux, la saison débute au début octobre.

«Même en commençant au début octobre, il est possible de faire une saison, a repris Mme Cornellier. On parlerait alors d’une saison écourtée, bien sûr, mais il y aurait moyen de jouer.»

Sylvie Cornellier a répété que de nombreux jeunes ont besoin de pratiquer leur sport pour réussir à l’école. Elle insiste.

«Je suis certaine que les gens de la santé publique et du gouvernement comprennent ça aussi», a-t-elle ajouté.

«Difficile à suivre»

Ross Lemke est membre du comité technique du RSÉQ Montérégie. Et bien qu’il ait la sagesse d’un homme de 76 ans, l’homme de football, qui a donné une bonne partie de sa vie aux élèves et aux footballeurs de l’école Jean-Jacques-Bertrand de Farnham, admet avoir de la difficulté à comprendre les intentions du gouvernement.

«J’écoutais le ministre Roberge et j’avoue que c’est difficile à suivre, a-t-il dit. Si je comprends bien, donc, ce sera OK pour le football civil, mais pas pour le football scolaire. Et ce sera OK pour le hockey civil, mais pas pour le hockey scolaire. Clairement, c’est au ministère de l’Éducation que ça accroche. Au RSÉQ, nous avions un bon plan de match, quelque chose qui était très sécuritaire pour nos jeunes. Mais ce n’est pas nous qui avons le dernier mot…»

Lemke a de l’expérience et il est aussi un fin renard.

«La politique est un univers fascinant. Et les politiciens sont très sensibles à la pression populaire. Là, il y a plein de gens qui sont déçus, qui sont malheureux et qui ne comprennent pas. Ça peut avoir de l’influence.»

Au Verbe Divin, le coordonnateur du programme de hockey, Jean-Vincent Piette, tentait d’évaluer les répercussions qu’aura la décision du ministre de l’Éducation à l’institution privée.

«Il va falloir s’ajuster, c’est clair, a-t-il laissé tomber. Question de respecter le principe des bulles-classes, nos équipes vont s’entraîner par niveaux scolaires et non par catégories de hockey.»

Évidemment, Piette n’avait «aucune idée» si ses joueurs pourront jouer des matchs à un moment donné à l’automne.

«On est encore à décortiquer ce qui vient d’être annoncé. On n’en est vraiment pas là…»

Et il y a les parents. Comme Nathalie Jacques, de Granby, dont le fils est inscrit en sport-études en premier secondaire dans une école de Saint-Hyacinthe, qui n’y comprend plus rien.

«Mon garçon ne pourra pratiquer son sport et il risque d’être laissé à lui-même une partie de la journée, a-t-elle déploré dans une vidéo qui a été partagée des dizaines de fois sur Facebook jeudi. Et dans une famille comme la nôtre, où nos enfants sont actifs aussi en dehors de l’école, les bulles seront brisées de toutes façons plusieurs fois par jour. Cet été, par contre, mes fils ont joué au baseball et au soccer, ils ont joué partout dans notre grande région, mais ils sont demeurés en santé parce qu’ils ont respecté les mesures sanitaires. S’il vous plaît, aidez-moi à m’y retrouver dans tout ça…»