Selon le patineur artistique Mathieu Ostiguy, le sociofinancement permet à l’athlète de faire valoir sa démarche et son parcours.

Sociofinancement: un bon coup de pouce

Inspirée par d’autres sportifs, la championne césairoise d’athlétisme Alex Porlier Langlois a eu recours à la plateforme GoFundMe afin de défrayer une partie des coûts d’un camp d’entraînement en Californie ayant eu lieu au printemps dernier. La campagne de sociofinancement lui aura permis, en dix mois, d’amasser 2500 $ pour l’aider à payer le transport, l’équipement, l’inscription et d’autres frais.

Bien que la somme semble minime, tout coup de pouce est bienvenu, souligne la jeune femme. « Ça m’a vraiment aidé », note Alex.

Comme l’octroi de bourses et de commandites, le financement participatif enlève un poids sur les épaules des athlètes, soutient-elle. « Le fait d’avoir un stress financier en moins aide beaucoup aux performances, croit-elle. Tu n’as pas à y penser et tu peux te concentrer sur ton sport. »

Pour sa part, Christel Ferrier a fait appel à la générosité des internautes pour financer sa participation aux Championnats du monde de cyclo-cross, qui se sont déroulés aux Pays-Bas au début de février. Elle n’a pas atteint son objectif, mais a amassé « une bonne partie » de l’argent nécessaire.

Une première fois pour la Granbyenne d’adoption, qui avait ses frais payés du temps où elle courrait pour l’équipe de France. « Cette fois, mon équipe sur route ne pouvait pas m’aider et il n’y avait pas de soutien de la fédération canadienne ni québécoise, car le cyclo-cross n’est pas une discipline olympique, explique-t-elle. Il a fallu que je trouve un moyen de financer le voyage et le paiement à Cycling Canada pour le support logistique au camp d’entraînement et aux Championnats du monde. [...] Le financement participatif me semblait une bonne solution pour m’aider à finaliser mon projet assez rapidement. »

« Avant cela, je ne connaissais pas le sociofinancement. J’en avais entendu parler, mais cela me semblait étrange de demander aux personnes de me donner de l’argent », explique-t-elle également par courriel.

La cycliste granbyenne Christel Ferrier a fait appel à la générosité des internautes pour financer sa participation aux Championnats du monde de cyclo-cross, qui se sont déroulés aux Pays-Bas.au début de février.

De l’aide pour tous
Plus le niveau de compétition est élevé, plus il coûte cher de pratiquer une discipline sportive. Dans certains cas, la facture peut s’élever à plusieurs milliers de dollars annuellement. « L’entraînement et les coûts qui y sont reliés, ça n’arrête jamais, reconnaît le patineur angèloirien Mathieu Ostiguy. On vise le meilleur pour réussir le mieux possible. »

Le sociofinancement est un moyen de répondre à des besoins ponctuels, mais il est loin d’être l’option favorite des sportifs, estime Frank Pons, directeur de l’Observatoire international en management du sport et professeur à la faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

« Les athlètes préfèrent être subventionnés d’autres façons, par des bourses, de l’aide du gouvernement et des commanditaires, allègue-t-il. Malheureusement, souvent, l’argent va là où il y a un potentiel de médailles. »

C’est le même argument qu’on entend chez Make-A-Champ. Depuis sa fondation, en 2014, la plateforme québécoise de sociofinancement uniquement dédiée au sport permet d’amasser environ un million de dollars annuellement pour soutenir les athlètes d’ici. L’objectif moyen d’une campagne de sociofinancement est d’environ 1000 $, et environ 40 % des campagnes atteignent ou dépassent leur cible, indique-t-on.

« Avec notre plateforme, on essaie d’aider les athlètes amateurs. Les [commanditaires] recherchent les gagnants, affirme Nora Boudaa, chargée de projet pour Make-a-Champ. Plus l’athlète est de haut niveau, plus il a de chances de gagner. Alors, pour les 85 % d’athlètes qui ne font pas partie de l’élite, c’est plus difficile de trouver un commanditaire. »

Fierté et notoriété
Mathieu Ostiguy n’a jamais eu recours à cette méthode, mais il connaît plusieurs autres athlètes s’étant tournés vers la Toile pour amasser des fonds. « C’est légitime. Pratiquer un sport exige énormément d’efforts et de sacrifices, mais s’accompagne aussi de grands besoins financiers », reconnaît-il.

Selon lui, la démarche du sociofinancement permet du même coup à l’athlète de faire valoir sa démarche et son parcours, lui offrant de la visibilité. « Les membres d’une communauté sont fiers de leurs athlètes et ils sont généralement heureux de contribuer à leur réussite. C’est un beau geste », estime le patineur.

« Souvent, on voit juste le côté monétaire de la campagne. À mon sens, c’est le meilleur moment pour gagner en visibilité, ce qui pourrait aider à attirer un commanditaire, relève Cédrick Audel, fondateur et stratège chez Unikeo Sport Numérique. S’il voit que des gens sont derrière l’athlète et qu’il y a un lien émotif assez fort pour qu’ils contribuent à sa campagne, ça devient plus intéressant. »

« Le plus grand avantage [du sociofinancement], c’est de constater concrètement qu’on a le soutien de notre réseau, de notre communauté », relate Frank Pons.

Frank Pons, directeur de l’Observatoire international en management du sport et professeur à la faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval

PLUS EXIGEANT QUE QUELQUES CLICS

La tenue d’une campagne de financement participatif est plus complexe qu’elle n’en a l’air. Pour être fructueuse, la démarche va bien au-delà d’un simple formulaire qu’on envoie dans l’espoir d’obtenir quelques dollars.

Une campagne de socio­financement nécessite des efforts et du temps. « Tu dois partager souvent ta campagne et la promouvoir pour que les gens fassent des dons », indique Alex Porlier Langlois.

La cycliste granbyenne Christel Ferrier abonde en ce sens. « Il faut essayer de diffuser sa campagne au maximum de personnes possible par l’intermédiaire de ses contacts et avec les réseaux sociaux, dit-elle. Il faut aussi faire vivre sa campagne en mettant des actualités sur les résultats ou compétitions ainsi que de remercier publiquement les donateurs. »

En effet, souligne Cédrick Audel, fondateur et stratège chez Unikeo Sport Numérique, la promotion de l’initiative exige temps et énergie. 

Étant lui-même un ancien athlète, il sait bien à quel point la pratique d’un sport peut être onéreuse. À ses yeux, le financement participatif est une opération marketing qui mérite d’être réalisée dans les règles de l’art.

« Le sociofinancement exige énormément de travail et beaucoup de préparation. Il faut savoir quoi dire, quoi demander, budgéter ses demandes », dit-il.

Peu de gens sont toutefois conscients des efforts nécessaires pour faire de l’opération un succès, poursuit M. Audel. « Les sportifs ne sont pas assez curieux, constate M. Audel. Ils vont tenter leur chance en lançant une campagne rapidement et sans l’entretenir. Comme cela ne génère pas les résultats escomptés, ils décrochent. » 

Frank Pons, directeur de l’Observatoire international en management du sport et professeur à l’Université Laval, recommande aux athlètes de s’interroger sur leurs besoins et d’évaluer si les efforts à investir en valent le coup. « Est-ce plus profitable d’investir son temps et son énergie pour aller chercher un commanditaire ou pour obtenir le même montant avec plusieurs petits donateurs par le sociofinancement ? » demande-t-il. 

Planification et rétribution

Une « bonne » campagne de sociofinancement devrait s’échelonner sur une période de 20 à 40 jours, sans compter la planification, qui devrait prendre environ un mois, relève le stratège. « Les trois premiers jours sont les plus cruciaux, ajoute-t-il, mais c’est très important de maintenir un lien avec les contributeurs tout au long de la campagne, surtout que la plupart du temps, il s’agit d’abord de la famille et des amis, puis de leurs amis à eux. C’est très rare qu’on se rende au niveau où de purs inconnus vont faire un don. »

En outre, le financement participatif, dans le sport, peut s’accompagner d’une récompense, une contrepartie que l’athlète s’engage à offrir aux contributeurs de sa campagne. Il peut s’agir d’un article promotionnel, d’une carte postale, d’une mention sur les réseaux sociaux ou même d’une rencontre avec le sportif. 

C’est l’avenue que la cycliste granbyenne Christel Ferrier a empruntée, elle qui offrait à ses donateurs un remerciement spécialisé sur ses médias sociaux, une carte dédicacée et même un maillot de vélo autographié. 

Ces rétributions et la mise à jour régulière de la campagne servent à se tailler une place dans l’océan de campagnes qui abonde sur Internet. Car en plus d’affronter d’autres athlètes dans leur discipline, les sportifs ont de la compétition pour financer leurs activités. « Il existe un grand nombre de sites Internet où on peut lancer une campagne de sociofinancement. Et sur ceux-ci, on retrouve un grand nombre d’athlètes, de tous les niveaux, à la recherche de dons, précise M. Pons. Se démarquer dans la masse devient donc très difficile. L’histoire de l’athlète doit être intéressante, car il faut convaincre les gens qui ne sont pas déjà dans son réseau. Les contreparties aussi doivent être attirantes. »