«J’ai rencontré des gens formidables partout et peut-être un ou deux requins au passage…», mentionne Ross Lemke.
«J’ai rencontré des gens formidables partout et peut-être un ou deux requins au passage…», mentionne Ross Lemke.

Ross Lemke: «J’ai des dizaines de fils spirituels !»

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
Ross Lemke, c’est Monsieur football dans la région. Et à 76 ans, après avoir dirigé les Astérix de l’école secondaire Jean-Jacques Bertrand de Farnham pendant plus de 45 ans, il a encore le goût de faire sa part. Entretien avec un homme qui a donné sa vie au football… et surtout aux jeunes.

D’abord Ross, on va revenir en arrière. Dites-moi, d’où êtes-vous originaire ?

Je viens de Sudbury, en Ontario. Je me suis retrouvé dans la région à l’âge de 10 ans quand mon père, qui travaillait pour le Canadien Pacifique, a été transféré à Farnham. Quand je suis arrivé ici, je ne parlais pas un mot de français. Et je me souviens encore de la fois où mon père m’a donné 50 sous et m’a envoyé chez le barbier peu après notre arrivée. Je suis revenu en disant : « Papa, je ne peux pas, c’est un bar qui sert de la bière ! » Moi, je lisais BAR BIÈRE au lieu de BARBIER ! Soixante-six plus tard, j’en ris encore.

C’est à Farnham que vous avez développé votre passion pour le football ?

Oui. Moi, ce que je voulais, c’était faire du sport. Le basketball m’intéressait, mais je n’étais pas assez bon. Le hockey aussi m’intéressait, mais je n’étais pas assez bon encore une fois. Puis, j’ai tenté ma chance au football avec les Frontenacs juvéniles, l’équipe civile de Farnham de l’époque. J’aurais voulu être quart-arrière, mais je n’avais pas assez de grandes mains. J’étais receveur de passes et demi de sûreté. Ensuite, j’ai joué pour les Bombers de Brome-Missisquoi, au niveau junior. Puis, la polyvalente de Farnham s’est dotée d’un programme de football au début des années 1970 et on m’en a donné la responsabilité en compagnie de Réginald Sorel.

Vous enseigniez déjà à la polyvalente à ce moment-là ?

Oui. Mais quand j’ai été engagé, sous la recommandation du Docteur Lavigne, j’avais clairement dit que je voulais qu’il y ait du football à l’école.

Vous avez toujours enseigné l’anglais, langue seconde ?

Oui, toujours. Jusqu’à ma retraite, en 2003. C’est drôle parce que la plupart des gens pensaient que j’étais prof d’éducation physique, mais ça n’a jamais été le cas !

Des jeunes, vous en avez vu passer des milliers pendant votre carrière d’enseignant et d’entraîneur de football. Ils ont changé, les jeunes ?

Oui, ils ont changé. Mais d’abord et avant tout, c’est la société qui a changé. Les ordinateurs, les jeux vidéo, les téléphones cellulaires et les médias sociaux ont changé les jeunes, mais aussi les adultes. Mais le fond est resté le même. Un jeune, ce qu’il veut, c’est s’amuser et apprendre. Les enseignants et les entraîneurs doivent s’adapter, mais ça fait partie du travail. Comme au hockey, Scotty Bowman s’est adapté. Il ne coachait pas les Red Wings de Detroit au début des années 2000 comme il coachait le Canadien à la fin des années 1970.

On a toujours entendu dire que vous étiez un entraîneur humain. Ça reste la meilleure façon de vous décrire ?

Je pense que oui. J’ai toujours invité les parents à s’approcher lorsque je parle aux joueurs à la fin du match pour qu’ils voient que j’aime leurs enfants. Parfois, les jeunes méritent d’être ramenés à l’ordre. Parfois, ils méritent aussi une bonne claque dans le dos. Mais toujours, ils méritent de l’amour.

Vous n’avez jamais eu d’enfants, je crois ?

Non. Mais j’ai des dizaines de fils spirituels !

Sous votre gouverne, les Astérix ont remporté le Bol d’Or pas moins de huit fois. Vous en êtes fier ?

C’est certain, oui. À chaque fois qu’on a gagné, j’ai dit aux gars : « Pendant une minute de votre vie, vous allez pouvoir dire que vous êtes les meilleurs sur un terrain de football ». À toutes les fois qu’on a gagné, on l’a fait avec honneur. Comme à chaque fois qu’on a perdu, on l’a fait dans la dignité. Mais au-delà des grands triomphes, il y a ce que deviennent les jeunes après. Le football a contribué à faire une tonne de bons citoyens et de bons pères de famille. Ça aussi, c’est une grande fierté.

N’empêche que vous avez aussi formé de bonnes têtes de football.

Je n’ai pas formé de joueurs professionnels, mais j’ai formé des entraîneurs au niveau collégial et universitaire. Et dans nos écoles secondaires, dans la région et ailleurs, il y a aussi de super coachs qui ont appris avec moi.

À travers toutes ces années avec les Astérix, vous avez été entraîneur en France ainsi que membre du personnel d’entraîneurs des Carabins de l’Université de Montréal et des Géants du Cégep de Saint-Jean. Le football vous a fait vivre de belles expériences.

J’ai fait ma part, mais le football a été bon pour moi. Grenoble, ça a été une expérience extraordinaire. Et les Carabins, aux côtés de Jacques Dussault, aussi. J’ai rencontré des gens formidables partout et peut-être un ou deux requins au passage…

Vous avez été honoré une fois et puis une autre. Le terrain de football à l’école Jean-Jacques-Bertrand porte votre nom, vous avez remporté le prix remis à l’entraîneur bénévole de l’année sur la scène du sport universitaire canadien, vous avez reçu le prix du bénévolat en sport et en loisir Dollard-Morin et on vous a remis la Médaille du lieutenant-gouverneur du Québec. On parle d’un curriculum vitae plutôt impressionnant !

Tu ne peux pas rester insensible quand tu es honoré comme ça. C’est sûr que ça fait plaisir. Je ne suis pas du genre à vivre dans le passé, mais quand je regarde la plaque qu’on m’a remise lorsque j’ai été nommé entraîneur de l’année, ça me fait quelque chose.

Selon vous, est-ce qu’il y aura une saison de football scolaire ?

Je pense que oui. Au Réseau du sport étudiant du Québec, section de la Montérégie, c’est clairement ce que les gens veulent. Même en commençant avec un peu de retard, on peut se faire une saison intéressante. Ce qui est un peu frustrant, il faut le dire, c’est de voir que les joueurs au civil jouent sans problème alors qu’au scolaire, nous ne sommes toujours sûrs de rien.

Et est-ce qu’il y aura du football à Jean-Jacques-Bertrand ? Et serez-vous l’entraîneur des Astérix ?

Les écoles ont jusqu’au 8 septembre pour décider s’ils vont faire du sport ou non en 2020-2021. En ce qui me concerne, je préférerais rester proche du programme de football de Jean-Jacques-Bertrand, mais je préférerais ne pas coacher. J’ai 76 ans, je suis en santé, mais je reste un peu craintif par rapport à la COVID. Si je peux éviter de m’exposer, ce serait l’idéal.

Après toutes ces années passées sur le terrain, seriez-vous capable de rester loin ?

Ça va être un défi, c’est certain !