Ester Ledecka a remporté la médaille d'or à l'épreuve du slalom géant en parallèle en surf des neiges. Elle avait remporté l'or la semaine dernière au super-G féminin en ski alpin.

Ledecka se dédouble et entre dans la légende

PYEONGCHANG — Victorieuse sur les skis il y a une semaine lors du super-G, la Tchèque Ester Ledecka s’est encore imposée samedi en slalom géant parallèle, mais cette fois en surf des neiges, une performance unique dans l’histoire des JO d’hiver.

Unique, car la Tchèque est la première femme à gagner deux titres olympiques dans deux sports différents lors des mêmes JO. Dans les années 20, deux Norvégiens, Johan Gröttumsbraten et Thorleif Haug, avaient réussi une performance similaire, mais dans deux sports «cousins» : le ski de fond et le combiné nordique. Et chez les femmes, la Soviétique puis Russe Anfisa Reztsova avait réussi un mélange rare (biathlon et ski de fond), mais sur plusieurs JO (1988, 1992, 1994).

C’est donc un vrai coup de fraîcheur qu’apporte à l’olympisme la Tchèque de 22 ans — elle en aura 23 le 23 mars —, qui ne se voit pas comme la superstar des Jeux de PyeongChang. «Je ne me sens pas comme ça. Mais ça sonne bien, c’est sûr», a plaisanté Ledecka.

Domination totale

La surprise avait été immense, il y a une semaine, quand Ledecka avait déboulé avec son dossard 26 pour éjecter Anna Veith de la première marche du podium du super-G. Mais samedi, sa domination a été comme prévu totale en surf des neiges, sa discipline «forte».

Meilleur temps des qualifications, elle a ensuite contrôlé chacune de ses manches, des huitièmes de finale jusqu’à la finale, et elle a finalement moins tremblé pour s’imposer que l’écureuil qui a frôlé la planche de l’Autrichienne Ulbing — et la catastrophe — lors d’un huitième de finale.

«Ça a été difficile de me transformer en planchiste», a tout de même raconté la Tchèque. «Encore hier à l’entraînement, ça n’allait pas. Mais aujourd’hui j’ai retrouvé la planchiste en moi.»

Interrogée sur la suite de sa carrière, la double championne olympique n’a pas donné d’indications précises, mais a laissé entendre qu’elle pourrait continuer dans les deux disciplines. «Je peux me pousser plus loin. Je fais encore beaucoup de fautes en ski et même en surf des neiges. Et je veux m’améliorer encore. Mon plan c’est d’écouter mon cœur, donc, pour l’instant, je pense que je vais continuer les deux parce que j’aime les deux.»

Techniquement proches

La performance de la Tchèque a suscité l’admiration du Français Sylvain Dufour, quatrième de l’épreuve masculine du slalom géant parallèle de surf des neiges. «C’est génial ce qu’elle a fait. Claquer du ski et du surf des neiges, c’est historique. Je n’ai pas de mots pour décrire ce qu’elle a fait. C’est “oufissime”».

Mais pas complètement inexplicable non plus, car, selon Dufour, «il y a des similitudes et des passerelles» entre les deux disciplines pratiquées par la Tchèque, car pour les planchistes, le ski, au moins le géant et le super-G, peut être «une mine d’or d’informations». 

«On reste des gens qui tournent autour de piquets, même si eux sont dans l’axe, alors que je suis un peu de travers», expliquait-il  la semaine dernière. «Le géant et le snowboard sont presque plus proches que le snowboard et le snowboardcross par exemple. Les skieurs ont deux carres, donc plus de puissance et plus de vitesse. Il nous faut un peu moins de pente, parce qu’on est un peu plus un sport d’équilibristes. On joue plus avec notre centre de gravité. Mais on regarde leur placement parce que le placement du bassin peut être plus ou moins reporté en snowboard

Une bête de détermination

Au-delà de ces considérations techniques, Dufour note que Ledecka est «une bête de détermination, de physique et de mental». Tout le monde décrit en effet la Tchèque comme une athlète capable d’absorber des entraînements extrêmement intenses.

«On essaie parfois de la sortir de l’entraînement, parce qu’elle serait capable de mourir sur la piste. Mais c’est le seul problème qu’on ait jamais eu avec Ester», a même raconté son père Janek Ledecky.

Et le deuxième exploit de Ledecka est justement familial. Car, avec ce doublé en or, elle pourrait devenir la plus célèbre d’une famille de vedettes : son père est en effet une rock-star très connue dans son pays alors que son grand-père maternel, Jan Klapac, a été champion du monde et double médaillé olympique en hockey.

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JAMAIS SANS MES LUNETTES DE SKI

Comme il y a une semaine lors de sa victoire en super-G sur des skis, Ester Ledecka s’est présentée samedi en conférence de presse avec ses lunettes de ski sur les yeux après son succès en surf des neiges sur le géant parallèle. Après sa victoire en super-G,elle avait expliqué qu’elle voulait garder son masque d’un de ses commanditaires, car sa victoire était imprévue et qu’elle n’était pas maquillée. Samedi, elle a été relancée à ce sujet. «Je devais déjà me lever très tôt. Et me lever encore plus tôt pour me maquiller, pour moi, ça n’a pas de sens», a-t-elle répondu. À nouveau interrogée sur la possibilité de faire de ces lunettes portées en conférence de presse une sorte de marque de fabrique, elle a répondu  : «Oui, il va falloir vous y habituer.»