Lors de la ronde initiale de la finale, lundi, Philippe Marquis a chuté quelques instants après être atterri de son premier saut, son genou blessé n’ayant pas tenu le coup.

«J’ai hâte de me faire opérer», dit Marquis

BOKWANG — Philippe Marquis jonglait avec la satisfaction d’avoir poussé la machine jusqu’au bout et la déception de n’avoir pu compléter sa dernière descente.

Compétiteur de nature, il regrettait que son corps ne lui ait pas permis de rivaliser comme il l’aurait voulu.

Avant de glisser une dernière fois, à mi-parcours, il a frappé sur la neige avec son pôle en signe de découragement, déception, frustration, tout à la fois.

«J’ai essayé de skier trois ou quatre bosses, après, mais mon genou n’était pas capable de supporter mon poids, alors j’ai essayé de sortir de là sans me blesser davantage. Sachant que ce n’est que le genou qui avait plié, c’est moins pire que de tomber dans ces bosses gelées.»

Marquis voulait jouer de franchise avec tout le monde : depuis trois semaines, il avait l’estomac noué juste à l’idée d’être en haut de la piste. Mentalement, il a trouvé le dernier mois difficile, mais la date du 9 février aura toujours l’effet de lui remonter le moral.

«Je vais me rappeler du 9 février comme ayant été une journée extraordinaire, miraculeuse. Je suis content de m’être rendu aussi loin. Sachant que ça poussera en finale, je l’ai fait moi aussi, comme je suis un compétiteur. D’être ici et d’avoir fait la finale, c’est un miracle. Ma victoire, je l’ai eue le 9. Aujourd’hui, c’était du bonus, du bonbon.»

Le genou de Philippe ne tenait qu’à un fil. Il est sorti de son socle trois fois depuis un mois, soit les 8 et 31 janvier et le 12 février. «Dès que j’ai atterri en haut, ç’a fait “plouc”. C’est la troisième fois que ça arrive dans le mois, alors je connais le feeling. J’ai atterri en extension, ce que je devais éviter parce que ça mettait beaucoup de pression sur mon joint. J’ai senti mon genou glisser, je ne pouvais plus mettre de poids dessus.»

Leçon de courage

Ces derniers temps, son genou a pris la forme d’un ballon de football. Si tout va bien, l’opération aura lieu à la fin du mois. «J’ai hâte de me faire opérer, j’avais un bon contact… Le dernier mois a été une montagne russe d’émotions. J’aurai une réponse sur mon avenir à l’automne. Pour l’instant, je suis ici, je veux profiter des Jeux au maximum, encourager les gars, Mik est en feu.»

Marquis aura laissé une leçon de courage à plusieurs. «J’ai skié dans une pente de 28 degrés en glace jusqu’à ce que mon genou casse, si ça n’est pas inspirant, je vais aller chercher quelqu’un qui s’est battu jusqu’à la fin et lui serrer la pince…», répondait-il à la blague, sachant qu’on trouverait difficilement plus courageux, pour l’instant.

La fenêtre olympique à deux volets (2014 et 2018) de Marquis est désormais fermée. «C’est une vitrine qu’on obtient une, deux ou trois fois si on est chanceux, c’étaient mes derniers Jeux», a-t-il confirmé.

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PÈRE NERVEUX, MÉDECIN INQUIET

BOKWANG — Bien installé tout juste derrière le filet séparant les spectateurs des skieurs, François Marquis était aux premières loges pour voir la descente de son fils. Il a vite constaté que le genou de Philippe n’avait pas tenu le coup après le premier saut. La dernière page d’une histoire de courage venait de s’écrire.

«Depuis un mois, il jouait en désavantage numérique. On savait qu’il pouvait gagner une période, mais c’était impossible de remporter le match», a admis le paternel, quelques minutes avant la consécration de Mikaël Kingsbury au titre de champion olympique des bosses.

Et il s’y connaît en la matière, car en plus d’être le père de deux olympiens, il est aussi le chirurgien orthopédique qui réparera le ligament croisé antérieur ayant modifié la trajectoire olympique de son plus jeune.

Impossible pour lui de se dissocier des deux rôles dans une telle situation. Si le père était nerveux, le médecin était inquiet. Ça fait un mois qu’il rumine la décision de poursuivre l’aventure prise d’un commun accord avec Philippe, les entraîneurs et le personnel médical de l’équipe canadienne.

À la Coupe du monde du Mont-Tremblant, il a discuté avec les entraîneurs. Le père tenait à protéger son fils, même s’il est âgé de 29 ans et qu’on commence à l’appeler «Papy Phil» dans l’équipe. «Je les ai regardés dans les yeux, j’ai dit : regardez, vous les coachs, vous le connaissez, ne faites juste pas de folie avec ça. Si ça ne marche pas, on arrête tout. Il y a trois jours, j’ai redemandé si tout était correct, le docteur m’a rassuré.»

«Nos deux gars ont eu une belle carrière, mais ils ont été malchanceux, côté blessures. On a vécu des choses extraordinaires, on s’est fait de bons amis avec les Gagnon, les Kingsbury. La fierté a été de [le voir] se tenir la tête haute et de vouloir encore être un olympien tout en respectant son sport, soi-même et le pays. Il n’était pas question d’aller faire du chasse-neige dans une piste de bosses aux Jeux olympiques. Je suis fier de ses efforts, de son courage, il s’est nourri de plein de choses, il a lu beaucoup, tellement qu’il pourrait écrire un livre. Sa médaille olympique, Philippe l’a gagnée voilà trois jours. J’étais pas plus nerveux vendredi que cette course-ci», ajoutait François Marquis.

Une longue rééducation attend Philippe après la chirurgie du 28 février. Si tout va bien, il pourrait skier à nouveau dans huit mois, et sauter à l’eau dans six mois. «Ce qui m’a le plus inquiété, c’est qu’il prenne une débarque. De la façon dont je l’ai vu de loin avec son sourire, je ne pense pas qu’il ait aggravé son cas. Il n’a rien brisé, son genou n’est juste pas solide. Tu peux avoir une bonne musculature, un bon “tape”, une grosse genouillère, ça ne compensera jamais un ligament normal.»  Carl Tardif