L’Autrichien Marcel Hirscher a tout gagné depuis ses débuts en Coupe du monde. Il tentera de remporter sa troisième médaille d’or olympique aux mêmes Jeux lors des épreuves du slalom, jeudi.

Hirscher, le maître des pentes

PYEONGCHANG — L’histoire en marche : l’Autrichien Marcel Hirscher, 28 ans, tentera jeudi, dans le slalom, d’égaler son compatriote Toni Sailer et le Français Jean-Claude Killy, à ce jour les seuls skieurs à avoir décroché trois médailles d’or en ski alpin lors de mêmes Jeux olympiques.

Avec 55 victoires en Coupe du monde, Hirscher est seulement devancé par le Suédois Ingemar Stenmark (86 succès), qui n’avait remporté «que» deux fois l’or en 1980 à Lake Placid. Sextuple vainqueur de la Coupe du monde, le skieur d’Annaberg surfe sur une telle vague de succès qu’ils semble presque imbattable.

Hirscher a tout gagné : depuis ses débuts en Coupe du monde (24e d’un slalom géant en mars 2007 à Lenzerheide, en Suisse) et un premier bouquet à Val-d’Isère en géant en décembre 2009, il a cumulé à ce jour 55 victoires pour 120 podiums en 210 départs. Son ratio de réussite est donc impressionnant : sur plus de la moitié des courses dont il a pris le départ, l’Autrichien a terminé sur le podium. Maître actuel de l’alpin, l’Autrichien a remporté les six derniers gros globes de cristal et est bien parti pour en accrocher un septième à son tableau de chasse. Sa moisson lors des Mondiaux est au diapason : double champion du monde de slalom (2013 et 2017), champion du monde de combiné (2015) et de géant (2017).

Il est libéré de la pression du titre olympique. «En Autriche, tout le monde me disait : Belle carrière, mais il manque une médaille d’or olympique. La rengaine, maintenant, on l’efface!»

Depuis le 13 février et sa victoire dans le combiné devant le Français Alexis Pinturault, Hirscher est définitivement entré au Panthéon des étoiles de l’alpin. Jusqu’alors, l’Autrichien comptait «seulement» une médaille olympique, l’argent en slalom, glanée à Sotchi-2014, derrière l’Autrichien Mario Matt, et deux médailles «en chocolat» (4es places) en géant, à Vancouver comme à Sotchi.

Rejoindre les plus grands

Il peut rejoindre les plus grands : avec ses deux titres olympiques à PyeongChang, en combiné et en slalom géant, Hirscher a égalé le Français Henri Oreiller (deux titres en 1948 à St-Moritz), Ingemar Stenmark (deux en 1980), l’Italien Alberto Tomba (deux en 1998, trois au total), l’Allemand Markus Wasmeier (1994), le Norvégien Kjetil-André Aamodt (2002, quatre au total) et l’Autrichien Benjamin Raich (2006).

Mais ce fils d’une mère néerlandaise et d’un père autrichien professeur de ski peut en Corée du Sud rejoindre le club très fermé des hommes ayant remporté trois titres en une seule édition : son compatriote Toni Sailer (en 1956 à Cortina d’Ampezzo) et le Français Jean-Claude Killy (en 1968 à Grenoble). Seules trois courses figuraient à l’époque au programme : la descente, le slalom et le slalom géant. Hirscher, en cas de victoire en slalom, peut même rêver d’un quatrième titre, car il doit participer aussi à l’épreuve par équipe, disputée par des formations mixtes (deux hommes et deux femmes) sur des slaloms parallèles. 

Selon Graham Bell, ancien descendeur et proche de l’Anglais Dave Ryding, pilier du top 10 mondial en slalom, Hirscher est «inarrêtable, puissant physiquement et totalement déterminé». 

Résultat : Hirscher écœure la concurrence, par sa régularité et son immense fiabilité. Sur ses 21 derniers slaloms, il en a remporté 10, terminant 17 fois sur le podium, et a terminé à tous les coups.

Qui dit mieux? Peut-être son grand rival, Henrik Kristoffersen, en argent, dimanche, dans le géant, devant Pinturault. Le jeune Norvégien (23 ans) a gagné 13 des 31 derniers slaloms qu’il a disputés, pour seulement deux sorties de piste.

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L'ULTIME AFFRONTEMENT VONN-SHIFFRIN AURA LIEU

PYEONGCHANG — Une première pour une dernière. Les Américaines Lindsey Vonn et Mikaela Shiffrin vont enfin croiser leurs trajectoires aux Jeux olympiques de PyeongChang à l’occasion du combiné, mais pour mieux s’éloigner ensuite.

L’épreuve, appelée à disparaître du programme de la Coupe du monde de ski alpin, a été avancée de 24 heures en raison de prévisions météo mauvaises, pour l’ultime occasion de voir les deux étoiles, l’une pâlissante, l’autre montante, se disputer l’or olympique.

À 33 ans, Vonn, reine de la vitesse, a confirmé qu’il s’agissait «à 99,9 %» de ses derniers Jeux, sauf miracle de la médecine pour prolonger jusqu’à Pékin-2022 une carrière fragmentée par les blessures.

À court d’entraînement en slalom, discipline qu’elle ne pratique plus depuis cinq ans, Vonn devra creuser l’écart en descente, hautement improbable sur une piste facile qui a déjà souri à un «technicien», l’Autrichien Marcel Hirscher, chez les hommes.

La grande favorite reste inévitablement Shiffrin, 22 ans, même si la Suissesse Wendy Holdener, championne du monde en titre, peut jouer les trouble-fête.

La skieuse de Vail a certes abandonné sur la piste de Yongpyong son titre en slalom, sa spécialité, terminant seulement au pied du podium, mais cet accroc ne fait pas oublier qu’elle est souvent imbattable entre les piquets serrés.

Shiffrin avait débarqué en Corée du Sud pour faire une moisson de médailles. Si sa quête d’histoire était bien partie, avec l’or sur le géant, elle a dû finalement y renoncer, en raison d’un calendrier perturbé par le vent. La prodige n’a ainsi pas pris le départ des épreuves de vitesse sur le site de Jeongseon.

Mais le dernier des trois entraînements en vue de la descente a confirmé mardi que Shiffrin était tout terrain. Elle a terminé cinquième, à seulement cinq centièmes de Vonn, quatrième.

«Si j’avais remporté les trois entraînements, peut-être que j’aurais réfléchi différemment», a dit Shiffrin, satisfaite de sa décision de ne pas disputer la descente, car elle disposera d’une journée de repos supplémentaire. «Ce n’est pas idéal, j’aurais bien aimé faire la descente et avoir un jour de repos, mais je ne veux pas prendre la place de nos filles qui peuvent viser le top 5. J’ai hâte de me présenter au départ du combiné», a-t-elle conclu.

La Suissesse Michelle Gisin, médaillée d’argent aux Mondiaux 2017, et les Italiennes (Federica Brignone, Martina Bassino, Sofia Goggia) peuvent également monter sur le podium.  AFP