102 titres, dans 7 sports et 15 disciplines, ont été distribués durant la quinzaine olympique.

De vrais «Jeux de la Paix»?

PYEONGCHANG — Adieu PyeongChang! Après 16 jours de compétition et des mois de tractations diplomatiques, les 23e Jeux olympiques d’hiver se sont terminés dimanche par une cérémonie de clôture qui a parfaitement résumé ces «Jeux de la Paix», et transmis le flambeau à Pékin 2022.

Pour le président du CIO Thomas Bach, les «nouveaux horizons» ouverts en Corée du Sud sont avant tout technologiques, cette «technologie numérique qui a permis à davantage de monde dans un plus grand nombre de pays de voir les sports d’hiver par de multiples modes».

Mais ces JO 2018 entreront peut-être un jour dans l’Histoire par les nouveaux horizons diplomatiques qu’ils ont fait naître. Alors que la cérémonie avait débuté depuis presque une heure, la présidence sud-coréenne a ainsi fait savoir que la Corée du Nord était «disposée» à parler avec les États-Unis. Une proposition qui concrétise un peu plus encore le spectaculaire rapprochement opéré durant cette quinzaine par les deux Corées. Reste à avoir si cette trêve olympique n’était qu’un leurre, où si les jalons posés seront solides.

La dernière soirée des Jeux de Pyeongchang a fourmillé de symboles, comme la cérémonie d’ouverture le 9 février, à l’image de la présence d’Ivanka Trump, la fille aînée et conseillère du président des États-Unis Donald Trump, assise une rangée devant un général nord-coréen dont la venue était très controversée.

Poignée de main

Ivanka Trump, la fille du président américain, a rencontré Kim Yong Chol (à droite), un général nord-coréen accusé d’être un criminel de guerre par le sud, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de PyeongChang.

Après le défilé en commun des deux Corées lors de la cérémonie d’ouverture, après la constitution d’une équipe féminine unifiée de Corée en hockey sur glace, après aussi les présences remarquées de la sœur du leader nord-coréen Kim Jong Un en ouverture et celle des pom-pom girls nord-coréennes tout au long de la quinzaine, c’est la poignée de main échangée entre le président de Corée du Sud Moon Jae-in et ce général, Kim Yong Chol, considéré comme un «criminel de guerre» par l’opposition sud-coréenne, qui restera un des moments forts de la clôture.

Le temps d’une trêve...

Kim Yong Chol est soupçonné d’avoir un temps dirigé le Bureau général de reconnaissance gérant les opérations nord-coréennes d’espionnage et d’avoir ordonné notamment le torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan en 2010, qui avait fait 46 morts.

Mais le temps d’une trêve olympique, tout a semblé possible.

En coulisses, et dans le domaine diplomatico-sportif, le CIO avait lui de son côté dégonflé «la question russe», en amont de la cérémonie de clôture, en maintenant la suspension du comité olympique national. Pas de drapeau russe dans le stade olympique donc, et la cinquantaine d’Athlètes olympiques de Russie a été contrainte de défiler derrière la bannière olympique, de nouveau.

Le flambeau olympique a lui été transmis en grande pompe à Pékin, pour 2022. Entre-temps, les Jeux olympiques resteront en Asie, puisque les JO d’été 2020 auront lieu à Tokyo. Un enchaînement de rendez-vous loin du continent originel des JO, avant leur retour en Europe en 2024 à Paris.

K-POP, DRONES ET AMBIANCE DÉTENDUE

Concert de K-pop, performances techniques avec des drones, feux d’artifice : la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver 2018 s’est déroulée dimanche dans une ambiance détendue, avec l’extinction de la vasque au stade olympique de PyeongChang, en Corée du Sud.

Comme pour la cérémonie d’ouverture, l’attention était autant portée sur la scène que dans les gradins. «Au cours des 17 derniers jours, nous avons vécu des Jeux olympiques ancrés dans la tradition et ouvrant la voie de l’avenir», a lancé Thomas Bach au cours son discours.

À l’image du défilé des athlètes, sur des airs de folk, de jazz rock et de rock, et mêlant les athlètes des différentes délégations, la cérémonie s’est déroulée de façon bien plus festive. Les porte-drapeaux sont ainsi rentrés tous ensemble, pour accueillir les délégations.

L’entrée commune des athlètes nord et sud-coréens s’est toutefois faite avec trois drapeaux, celui de la Corée du Nord, de la Corée du Sud et celui symbolisant la Corée unifiée, alors qu’ils avaient défilé sous la même bannière et dans la même tenue pour l’ouverture il y a deux semaines. La cérémonie a donné lieu à une prouesse technique avec la formation dans les airs de la mascotte des JO 2018, le petit tigre blanc Soohorang, progressivement transformée en un cœur.

Placée sous le signe de la «nouvelle vague», la cérémonie a aussi été rythmée par des notes de K-pop, la célèbre musique pop sud-coréenne, avec la chanteuse CL et le boys band EXO au micro, faisant monter encore un peu la température dans les tribunes très bien fournies, avec à la fin, un spectacle pyrotechnique.

Et c’est finalement sous les coups de 21h53 locales que la vasque olympique s’est éteinte pour un concert de musique electro.  

Le drapeau olympique est transmis à Pékin.

La Norvège championne

La Norvège a terminé en tête du tableau des médailles de Pyeongchang, avec 14 en or (39 au total), devant l'Allemagne et le Canada.

Grâce au sacre de Marit Björgen au 30 km mass start de ski de fond, la Norvège a également amélioré le record de médailles pour un pays aux Jeux d'hiver, jusque-là détenu par les États-Unis depuis Vancouver 2010 (37).

Hôte de la compétition, la Corée du Sud, avec 17 médailles (5 en or), a atteint son meilleur total, alors que la Russie doit se contenter de deux médailles d'or, avec une délégation amputée de plusieurs de ses atouts en raison du scandale de dopage institutionnalisé qui a conduit le CIO à suspendre son comité olympique.

Les drapeaux de chacun des pays se sont réunis au centre du stade de PyeongChang durant la cérémonie.

NOS 10 COUPS DE COEUR 

Les athlètes canadiens ont connu leurs meilleurs Jeux olympiques d’hiver avec une récolte de 29 médailles à Pyeongchang. Mais les 16 derniers jours de compétitions ne peuvent se résumer par un simple décompte de médailles, de résultats ou de chronos. Nous avons avant tout eu droit au couronnement d’années de travail, d’abnégation et de persévérance.

Ce rendez-vous au pays du matin calme a donné lieu à de nombreux moments émouvants. Voici nos 10 coups de coeur.

1. Le «King des bosses»

Mikaël Kingsbury a tellement dominé la scène du ski de bosses ces dernières années qu’il pouvait difficilement ne pas faire figure d’archi-favori à Pyeongchang. En super finale, l’athlète de Deux-Montagnes s’est montré impérial, réalisant une performance parfaite pour survoler la compétition.

«J’ai senti la pression en arrivant ici, surtout après ma médaille d’argent à Sotchi, a reconnu Kingsbury. J’ai maintenant gagné tout ce qui était possible de gagner dans mon sport (...) Le feeling est juste incroyable, je n’ai pas de mots», s’est exclamé Kingsbury après sa victoire.

Kingsbury a procuré une troisième médaille d’or olympique consécutive au Canada dans cette discipline, puisque Alexandre Bilodeau avait triomphé aux Jeux de Vancouver et de Sotchi.

2. Ted-Jan Bloemen a trouvé sa voie

Ted-Jan Bloemen a choisi de quitter les Pays-Bas après avoir raté sa sélection pour les Jeux de Sotchi en 2014 et il est venu s’installer au Canada, le pays de naissance de son père, avec l’intention de réaliser tout son potentiel. Le patineur de vitesse longue piste a remporté son pari. Il a décroché l’or au 10 000 mètres, devenant le premier champion olympique individuel chez les hommes depuis Gaétan Boucher.

Bloemen a aussi remporté la médaille d’argent au 5000 mètres à Pyeongchang.

3. Le couple chéri

Quand Tessa Virtue et Scott Moir ont décidé de revenir à la compétition à l’automne 2016, c’était avec la volonté de reconquérir l’or qu’ils avaient cédé aux Américains Meryl Davis et Charlie White en 2014.

Le couple chéri de la danse sur glace canadienne a mis la touche finale à son illustre carrière en devenant les patineurs artistiques les plus décorés de l’histoire olympique. Après avoir contribué à la médaille d’or dans la compétition par équipes au début des jeux, ils ont envoûté avec une interprétation émouvante sur la musique du film Moulin Rouge, devançant les Français Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron.

Ils pourront désormais tourner la page avec le sentiment d’avoir été au bout de leurs rêves, avec une récolte de trois médailles d’or et deux d’argent aux Olympiques.

4. Au sommet de l’Olympe

La fondeuse norvégienne Marit Bjoergen s’est révélée la reine de ces jeux, remportant cinq médailles en autant de courses. L’athlète de 38 ans est devenue à Pyeongchang l’athlète la plus titrée des Jeux d’hiver. Avec ses 15 médailles (8 d’or, 4 d’argent, 3 de bronze), elle est entrée encore un peu plus dans l’histoire de l’olympisme en dominant de bout en bout la dernière épreuve des jeux, le 30 km en classique.

5. La relève de la garde

On savait déjà que les Jeux de Pyeongchang donneraient le ton à un changement de garde parmi les têtes d’affiche de l’équipe canadienne de patinage de vitesse course piste. On était toutefois loin de s’imaginer que Kim Boutin et Samuel Girard allaient connaître autant de succès à leurs débuts aux Olympiques.

Boutin a été impressionnante avec une récolte d’une médaille d’argent (1000 m) et deux de bronze (500 m et 1500 m), devenant la première patineuse de courte piste canadienne à gagner trois médailles individuelles lors des mêmes jeux. Et tout ça après avoir été l’objet après sa première course de menaces sur les réseaux sociaux à la suite de la disqualification d’une patineuse sud-Coréenne.

Girard, lui, a décroché l’or au 1000 m, en plus d’ajouter le bronze au relais. Avec la retraite de Charles Hamelin et Marianne St-Gelais, l’avenir de la discipline semble entre bonnes mains.

6. Notre champion sans médaille

Alex Harvey n’est pas devenu le premier fondeur canadien à monter sur le podium aux Jeux olympiques à Pyeongchang. Qu’à cela ne tienne! Il a connu d’excellents jeux, obtenant quatre top 10 en cinq épreuves. On ne peut faire autrement que de compatir avec sa peine d’avoir terminé au pied du podium au 50 km, l’épreuve reine de la discipline. Et aussi de reprendre les paroles pleines de sagesse de son père, Pierre, venu le réconforter à l’issue de sa course, et lui dire : «On s’en fiche de la médaille, on le sait que t’es bon!» Oui, un vrai champion.

7. Des exemples de résilience

Malgré une absence prolongée cette saison en raison d’une blessure au dos, Sébastien Toutant n’a jamais baissé les bras. Et après une décevante 11position en slopestyle lors de la première semaine des jeux, le planchiste de l’Assomption a défié les pronostics en obtenant la meilleure note de la journée à son deuxième saut pour être sacré champion olympique de l’épreuve de big air, le tout premier de l’histoire des jeux.

Son coéquipier Mark McMorris, véritable miraculé après avoir frôlé la mort l’hiver dernier à la suite de graves blessures lors d’une excursion hors-piste, a non seulement réussi le tour de force de revenir à la compétition, mais il s’est assuré la médaille de bronze de l’épreuve de slopestyle, comme à Sotchi quatre ans plus tôt.

Sa persévérance a même été citée en exemple par le premier ministe indien Narendra Modi lors du récent voyage du premier ministre canadien Justin Trudeau dans ce pays.

8. Une égalité parfaite

Justin Kripps et Alexander Kopacz ont offert une première médaille d’or olympique en bobsleigh à deux masculin depuis les Jeux de Nagano en 1998 en terminant à égalité parfaite avec le duo allemand Francesco Friedrich et Thorsten Margis.

Étrangement, la dernière médaille d’or du Canada dans cette épreuve était celle du duo de Pierre Lueders et Dave MacEachern, qui avait aussi signé le même chrono que l’équipe italienne. «C’est simplement fou», a reconnu Kripps.

9. Le prodige Alina Zagitova

La patineuse artistique russe Alina Zagitova, 15 ans seulement, a ébloui dans son costume rouge sur la musique du ballet Don Quichotte pour procurer une première médaille d’or à la Russie à ces jeux. Sa partenaire d’entraînement Evgenia Medvedeva a toutefois fait jeu égal avec un programme libre majestueux sur le thème du film Anna Karénine, qui lui a valu la même note que sa compatriote (156,65). Mais Zagitova a gagné grâce à son programme court parfait.

Zagitova est devenue la deuxième plus jeune patineuse à remporter l’or olympique, derrière l’Américaine Tara Lipinski qui avait quelques semaines de moins lors de son titre en 1998.

10. Justine Dufour-Lapointe

Avant même son arrivée à Pyeongchang, Justine Dufour-Lapointe était consciente qu’il ne serait pas facile de défendre son titre de championne olympique des bosses. La dernière année avait été difficile à gérer compte tenu de la maladie de sa mère.

Dans les circonstances, sa médaille d’argent était pleinement satisfaisante. «Je suis plus fière de cette médaille-ci que de celle d’or à Sotchi, parce que j’ai travaillé encore plus fort pour m’y rendre, a déclaré la cadette des sœurs Dufour-Lapointe. Cette médaille d’argent là vaut plus que ça, c’est de l’or pour moi.»  Avec La Presse canadienne