Le fondeur Alex Harvey n’était pas agacé de parler de dopage dans le ski de fond, lors d’une conférence de presse de l’équipe canadienne, mardi.

Alex Harvey: «Les Jeux les plus propres»

PYEONGCHANG — «Je pense que ce seront les Jeux les plus propres depuis quelques années», prétend Alex Harvey, appelé malgré lui à commenter la publication d’un (autre) scandale de dopage dans le ski de fond. Et à quelques jours de sa première épreuve, dimanche, le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges n’était pas agacé de parler de ce sujet en point de presse de l’équipe canadienne, mardi.

Dimanche, le Times de Londres et la chaîne télévisée allemande ADR a publié un rapport fourni par un lanceur d’alertes à l’effet que le tiers de médaillés aux Jeux olympiques et aux Championnats du monde en ski de fond de 2001 à 2010 présentaient des résultats sanguins suspects, dont une dizaine de Canadiens, et qu’au-delà de 50 fondeurs qui prendront le départ à PyeongChang ont déjà dépassé la limite permise au moins une fois dans leur carrière.

«Ça m’étonne, mais jusqu’avant 2012, c’est possible, car à l’époque, la limite était un chiffre arbitraire qui ne tenait pas compte de ton historique. C’est pourquoi il y a maintenant un passeport biologique, qui procure un taux propre à chacun. Lorsqu’on prend un test sanguin, par exemple, on nous demande si on a fait un camp en altitude ou si l’on a fait plusieurs jours de compétition de suite. Personnellement, je n’ai jamais eu des taux vraiment élevés», a expliqué Harvey.

Il ne pensait pas, cependant, que 10 fondeurs canadiens aient déjà montré des résultats sanguins plus élevés. Et à savoir si des skieurs canadiens se dopaient, ou l’avaient déjà fait, il en doutait aussi. «À ma connaissance, non, il n’y en a pas, mais c’est possible [que certains taux aient été plus élevés dans le passé]. Je me souviens que mon ex-coéquipier Sean Crooks avait un taux naturellement élevé», notait-il alors que son collègue Devon Kershaw servait le même exemple.

Peu importe qui prend quoi, Harvey se présente toujours sur la ligne de départ en se disant qu’il peut vaincre n’importe qui.

«Je me dis depuis que je suis tout jeune qu’il est possible de battre ceux qui trichent. Ça affecte notre sport, mais la beauté du ski de fond, c’est que la technique et la tactique rentrent aussi en ligne de compte, pas juste la force physique.»

Pas un droit acquis

Ces dernières semaines, des fondeurs russes ont payé pour le système de dopage systémique mis en place pour les Jeux de Sotchi. Ces derniers jours, le Tribunal arbitral du sport (TAS) en a blanchi plusieurs reconnus coupables de dopage à Sotchi. Et mercredi, d’autres sportifs russes, dont le fondeur Sergey Ustiugov, interjetteront en appel de la décision du CIO de les bannir des Jeux, même s’ils n’ont jamais été éclaboussés personnellement. Pour compliquer les choses, le CIO fait la même chose de la récente décision du TAS.

«Reste à voir quel appel sera entendu en premier... Vous savez, participer aux Jeux n’est pas un droit fondamental. Il faut se qualifier, remplir des critères, et l’un d’eux, c’est de démontrer que tu n’es pas dopé et que tu n’es pas avec un entraîneur associé au dopage. Moi, dimanche, peu importe qui sera au fil de départ, j’ai confiance que je peux skier plus vite qu’Ustiugov, s’il est là. Si on veut changer les choses, ça prend des mesures draconiennes, et ce qui se passe, c’est un mal nécessaire pour les athlètes russes, qui sont pris dans un système où ils n’ont pas le choix de se doper ou pas. Je ne peux pas garantir [qu’il n’y aura pas de dopés au départ], mais dans ce cas-ci, je pense qu’il y en aura moins que jamais. Ça envoie un message clair à tous les autres qui auraient l’idée de tenter leur chance. La première victoire, c’est que plus personne ne va courir le risque.»

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AUX JAMBES DE PARLER

Si Devon Kershaw se trouvait présentement à Las Vegas au lieu de PyeongChang, il n’hésiterait pas à miser sur les chances d’Alex Harvey de remporter une médaille aux Jeux olympiques.

«Oui, bien sûr, et je mettrais beaucoup d’argent sur lui si j’en avais le droit et les moyens. Ce serait fou de ne pas le faire, il est l’un des meilleurs au monde. En l’absence de [Sergey] Ustiugov, il y a peut-être quatre ou cinq gars qui sont vraiment forts à chaque course, et Alex est l’un de ceux-là», estimait le coéquipier de longue date du fondeur québécois.

À 35 ans, Kershaw est le plus vieux membre de l’équipe canadienne. Il en est à son quatrième rendez-vous olympique après ceux de 2006, 2010 et 2014. Et s’il pousse encore la machine au maximum, c’est en partie à cause de son ami et pour réaliser son rêve de grimper sur le podium avec l’équipe du relais 4 x 10 km, qui avait fini quatrième en 2010.

«En 2006, nous étions l’équipe la plus anonyme des Jeux, alors que maintenant, c’est tout le contraire. Lorsque l’on compare notre équipe aux puissances mondiales, notre budget plus petit, notre personnel moins nombreux, c’est excitant de savoir qu’on peut se battre pour le podium chaque semaine. Grâce à cet homme, à mes côtés, on peut rivaliser», disait-il en pointant Harvey.

Niveau supérieur

Kershaw, qui a déjà été dans les souliers de son coéquipier lorsqu’il avait pris le deuxième rang mondial au cumulatif de la Coupe du monde, en 2012, lui accorde de bonnes chances d’obtenir le premier podium masculin de l’histoire du Canada en ski de fond aux JO.

«Alex peut gagner quatre ou cinq médailles, mais ce n’est pas une garantie, car il peut aussi finir quatre ou cinq fois en quatrième position. Alex est un champion du monde [50 km en 2017], mais il a atteint un niveau supérieur. Il est l’un des faits marquants de ma carrière. Ce serait historique qu’il fasse un podium, autant pour lui, que pour l’équipe et moi, je pourrai dire que j’ai été témoin de cela.»

L’amitié reste l’un des points d’ancrage de l’équipe canadienne de ski de fond. «C’est notre deuxième famille. Nous sommes les meilleurs amis du monde. Après la saison, la première chose qu’on fait le 1er avril, c’est de s’appeler pour savoir où l’on va surfer en vacances, et c’est Lenny [Valjas] qui organise le voyage. C’est plaisant de pouvoir partager le succès avec eux, mais la réalité, c’est que, plus souvent qu’autrement, on connaît des journées difficiles, et quand ça ne va pas à notre goût, c’est important d’avoir ce genre de soutien», indiquait Harvey.

Pour la suite des choses, il est à l’aise avec son approche. Livrer la meilleure performance possible, et rentrer à la maison avec la satisfaction du devoir accompli, peu importe ce qu’il ramène dans ses valises. Même chose pour ceux en quête d’un objectif différent du sien.

«Depuis quatre ans, on a jumelé le positif des Jeux de Vancouver au négatif de ceux de Sotchi. C’est maintenant aux jambes de parler», dit celui pour qui les Jeux de 2010 auront été le point tournant de sa carrière, puisqu’il y a réalisé qu’il était possible de rivaliser avec les puissances mondiales. Grâce, notamment, à la cinquième place de Kershaw au 50 km.