« On est des boxeurs, on est des combattants, on est là pour donner des coups, mais y’a personne qui souhaite voir son adversaire finir comme ça», explique Yan Pellerin.

Pellerin: «On sait dans quoi on s’embarque»

Le petit monde des sports de combat de chez nous est lui aussi interpellé par le combat que livre actuellement Adonis Stevenson.

« On est des boxeurs, on est des combattants, on est là pour donner des coups, mais y’a personne qui souhaite voir son adversaire finir comme ça, explique Yan Pellerin, qui a livré cinq combats de boxe en 2018 (4-1) après en avoir livré 24 en arts martiaux mixtes (11-13) auparavant. En même temps, on sait tous dans quoi on s’embarque lorsqu’on met le pied dans le ring ou dans l’octogone. On sait très bien ce qui peut arriver. »

« On pratique des sports durs, violents, enchaîne Dimitri Waardenburg, qui s’est battu deux fois en boxe (0-2), dont une fois cette année, et 22 fois en arts martiaux mixtes (13-9). Ce qui arrive à Adonis est terrible, mais ça ne m’empêchera pas de retourner me battre parce que, voyez-vous, je suis parfaitement conscient des risques que je prends. »

Pellerin et Waardenburg savent très bien que ceux qui réclament l’abolition de la boxe vont revenir à la charge, que le fameux débat va reprendre de plus belle.

« On ne joue pas à la pétanque, mais qu’est-ce qu’on fait de toutes ces commotions et des torts irréparables subis par les joueurs de hockey et de football ?, demande Pellerin. Des gars qui se sont suicidés après leur carrière au hockey et au football, on en a vu. Et je ne me rappelle pas avoir entendu qui que ce soit réclamer l’abolition du hockey et du football. Parce qu’on parle d’un sport où deux gars se tapent dessus, c’est plus facile de tomber sur la boxe. Mais c’est loin d’être le seul sport dangereux. »

«Je suis parfaitement conscient des risques que je prends », avoue Dimitri Waardenburg.

Pellerin citera également l’exemple du judo, un sport qu’il a pratiqué à un haut niveau, où les blessures graves à la tête sont nombreuses. « Je n’ai jamais entendu non plus quelqu’un réclamer son abolition », ajoute-t-il.

Dans la même veine, Waardenburg affirme ne pas aimer entendre les gens prétendre que le but du boxeur, c’est d’infliger une commotion à son adversaire. Un discours largement répandu.

« Le but premier, c’est de marquer des points pour impressionner les juges. Si tu montes dans le ring pour abattre le gars en avant de toi, tu n’auras plus de jus après quelques minutes. »

Ceci dit, Pellerin et Waardenburg admettent que la boxe est un sport plus dangereux que les arts martiaux mixtes, et ce, malgré les apparences.

« Les blessures en arts martiaux mixtes sont plus spectaculaires, mais elles sont plus superficielles, tranche Pellerin. C’est clair que tu manges plus de coups à la tête en boxe qu’en arts martiaux mixtes. »

Les deux sont aussi d’avis qu’on peut difficilement réglementer davantage la boxe sans la dénaturer.

« Par contre, souligne Waardenburg, je suis mal à l’aise quand je vois un boxeur de 41 ans comme Adonis monter dans le ring. Même si le gars est un champion, même s’il est en belle forme, il a 41 ans. Peut-être qu’on pourrait imposer une limite d’âge… »