Danny Gélinas
La Voix de l'Est
Danny Gélinas
À mon avis, il n’y avait pas de meilleur que « Ronny » derrière un micro !
À mon avis, il n’y avait pas de meilleur que « Ronny » derrière un micro !

Merci «Ronny» pour toutes ces belles années!

CHRONIQUE / Plus l’on vieillit et plus on voit de ces personnalités qui autrefois ont façonné notre imaginaire quitter ce que l’on appelle « la vie active ».

Ce phénomène est tout à fait normal, direz-vous. Et vous aurez absolument raison.

Les membres de ma génération — celle que l’on appelle les « Passe-Partout », constituée de ces jeunes des années 70 et 80 qui jadis avaient un rendez-vous quotidien avec cette émission de télé — ont vu plusieurs de leurs héros se diriger vers une retraite bien méritée, en commençant par Bobino (Guy Sanche) jusqu’aux animateurs de la traditionnelle Soirée du hockey, soit les René Lecavalier, Lionel Duval, Richard Garneau, Gilles Tremblay, pour ne nommer que ceux-là.

Tous ces gens ont bercé notre enfance et/ou notre adolescence.

En ce qui me concerne, il en restait un qui jusqu’à tout récemment, maintenait le fort en traversant les générations : l’inimitable Ronald « Ron » Fournier, le roi des tribunes téléphoniques.

Les gens issus du monde du hockey vous le diront : trop souvent et malheureusement, le hockey, ça se passe en anglais. Si pour plusieurs amateurs, c’est « Ron », pour certains autres, dont je suis, l’ont toujours appelé « Ronny ».

Mais que ce soit « Ron » ou « Ronny », il existait une certitude : mon Dieu qu’il était bon derrière un micro !

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Je m’en souviens comme si c’était hier…

J’avais débuté mon 4e secondaire à l’extérieur de mon Shawinigan natal afin, entre autres, de goûter au véritable hockey de compétition loin de ma gang habituelle.

Retranché le dernier de l’équipe en raison de mon petit gabarit et assurément de mon manque de talent, j’étais revenu rester chez ma grand-mère, qui demeurait à Shawinigan-Sud, afin que je puisse retrouver « mon » école, le Séminaire Ste-Marie que j’ai tant aimé.

Dans le temps, j’étais — et je le suis toujours — un mordu de toutes les émissions qui pouvaient toucher le hockey, aussi bien à la télé qu’à la radio. Je prenais un plaisir fou à écouter les différentes lignes ouvertes et ma préférée en était une intitulée Parlons Sports, alors animée par Pierre Trudel et Mario Tremblay. Elle l’était et l’a été jusqu’à ce qu’un bon soir d’automne 1987 j’en découvre une autre qui s’appelait C’est officiel, nommée ainsi en l’honneur de l’ex-arbitre Ron Fournier, à qui on venait de confier les rênes de cette toute nouvelle émission.

Dès ce moment, j’en fus aussitôt un mordu, tant et si bien que j’en fis part à celui qui 33 ans plus tard est toujours mon fidèle complice, Guy « Arsène » Arseneault (aujourd’hui conseiller municipal à Shawinigan), qui est aussi devenu un fan instantanément.

Puis, quelques jours plus tard au Séminaire dans la classe de géographie de M. Longpré, au fil de l’une de nos discussions quotidiennes au sujet de ladite émission, il me chuchota à l’oreille :

— « Dan, ce soir, on ne fait pas juste l’écouter, on va appeler Ron en direct ! »

— « Es-tu sérieux ? », lui dis-je…

— « À 10 h moins cinq (dans ce temps-là, l’émission était en ondes de 10 h à minuit), on va l’appeler chacun de notre bord pour que nous soyons les deux premiers à parler en ondes. Quand je vais avoir la ligne, je vais lui dire que Skrudland (ex-joueur du Canadien à caractère défensif) n’a pas d’affaire sur le power-play, pis quand ce sera à ton tour de lui parler, dis-lui que tu es totalement en accord avec les propos de l’auditeur précédent. Demain, on va trouver un autre sujet, t’appelleras en premier et moi, je vais lui dire que je vais être en accord avec toi, ça marche ? »

J’entends encore « Ronny » dire : « Donc ce soir, encore une autre émission très chargée, allons-y sans plus tarder d’un premier appel… nous parlons donc avec Arsène… »

— « Salut Ron, c’est Arsène ! Faut que je te parle du Canadien… Voir Brian Skrudland sur le jeu de puissance, tu conviendras avec moi que ça n’a pas de maudit bon sens… »

Un vrai moulin à paroles, Guy avait été tellement bon que « Ronny » l’avait gardé en ondes pendant quelques minutes.

Et lorsque mon tour fut venu, je lui ai dit :

— « Ron, l’intervention de l’auditeur précédent fut vraiment incroyable, je ne peux qu’être en accord avec lui. Ce gars-là doit vraiment connaître son hockey… » tout en y allant moi aussi de mon opinion.

Notre stratagème dura ainsi pendant quelques semaines à notre grand plaisir…

Le reste appartient à l’histoire…

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Bien que quelques mois plus tard, à 16 ans, je me suis retrouvé à travailler comme chroniqueur, à couvrir pour deux journaux hebdomadaires de la Mauricie les activités des Cataractes de Shawinigan et des Draveurs de Trois-Rivières, je continuais de l’écouter soit en revenant du travail, des différents amphithéâtres du circuit Courteau, ou bien dans mon lit avant de m’endormir.

L’habitude s’est poursuivie après que je sois devenu dépisteur à 18 ans puisqu’en plus des savants propos de l’animateur, tous les membres de notre confrérie ne voulaient en aucun cas manquer, tout de suite après le bulletin de nouvelles de 23 h, la chronique de Marc Lachapelle au sujet de la LHJMQ ainsi que celle de Jean Robillard concernant la Ligue midget AAA. Marc étant notamment reconnu dans le temps comme une véritable bible dans la ligue, on y apprenait bien souvent les dernières rumeurs de transactions ou les possibles congédiements à venir. Et dans 99 % des cas, il voyait juste… c’est vous dire son influence !

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Encore jusqu’à ce printemps, j’écoutais « Ronny » encore et toujours même si je savais pertinemment bien que depuis 2018, il était affecté par des ennuis de santé, dont un cancer des ganglions qui l’avait notamment amené à prendre quelques soirées de congé.

Mais jusqu’à toute la fin, et pour l’avoir côtoyé à de nombreuses reprises, il est demeuré le même : un homme charismatique au possible qui savait parler avec ses tripes et dont les opinions étaient tranchantes.

Animant son émission avec de profondes convictions, il aura été de bien des combats, dont le célèbre aura sans aucun doute été sa cabale pour le retrait du chandail d’Émile « Butch » Bouchard avec le Canadien, un honneur pleinement mérité.

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Des amis que nous avons en commun me disent que « Ronny » n’était pas triste de prendre sa décision : il l’a longuement mûrie avec sa belle Chantal (Beaudin, une ex-présentatrice de MétéoMédia), son amour qu’il a connu après sa carrière d’arbitre dans la LNH.

Au nom de nous tous, de tes chums encore dans la game, permets-moi de te souhaiter une bonne retraite tant sur le bord de ton lac à Saint-Sauveur que sur les allées du Balmoral, ton golf fétiche, et surtout prends enfin du temps pour toi, mon bourreau de travail. Mes salutations également à ta douce…

Et si jamais tu passais à Bromont, ce sera un plaisir de disputer une ronde en ta compagnie. Je m’organiserais pour téléphoner à « Flynner » (Norman Flynn) et à « Gasse » (Gaston Therrien) pour qu’ils se joignent à nous. Nous devrions avoir bien du fun !

Bonne retraite « Ronny » et surtout, merci pour toutes ces belles années !