Au-delà du phénomène social qu’il a été, Maurice Richard a d’abord été un hockeyeur exceptionnel.

Maurice Richard, le symbole

Afin de célébrer le 100e anniversaire de la fondation de la Ligue nationale de hockey, le 26 novembre, les six quotidiens de Groupe Capitales Médias ont identifié les meilleurs joueurs natifs de leur région respective et des autres coins du Québec. Deux critères comptaient  : le lieu de naissance et les années jouées dans la LNH. À tour de rôle, on vous présente nos choix. Bonne lecture, et bonne fête à la LNH. 2 de 6

D’autres ont des statistiques supérieures. Mais pour l’athlète qu’il a été, et pour ce qu’il a représenté pour tout un peuple, Maurice Richard mérite d’être considéré le meilleur joueur de l’histoire de la Ligue nationale originaire de la région de Montréal.

«Mon père me l’a déjà dit : quand il jouait, tout ce qu’il voulait, c’était marquer des buts et gagner. Ce n’est qu’après sa carrière qu’il a réalisé que son impact avait été beaucoup plus grand encore que celui d’un marqueur de 544 buts.»

André Richard est le fils du Rocket. Et il était encore jeune quand le numéro 9 a pris sa retraite. S’il a néanmoins été témoin des derniers exploits du joueur, il a surtout été élevé par un personnage plus grand que nature.

«Papa, c’était un homme droit, un homme qui avait des valeurs profondes, explique le Lavallois de 63 ans, le quatrième des sept enfants de Maurice Richard. Il croyait aux vertus du travail, il croyait en l’honnêteté, il croyait au respect, il croyait en la famille. Il appliquait ses valeurs sur la patinoire comme en dehors et c’est une des raisons pourquoi les gens l’aimaient tant et pourquoi ils ne l’oublieront jamais.»

Les gens l’aimaient tant, qu’ils ont déclenché une émeute, le 17 mars 1955, après qu’il ait été suspendu par le président de la Ligue nationale, Clarence Campbell, à la suite d’incidents survenus face aux Bruins de Boston. Les historiens associent l’événement à l’éveil du Québec français, en route vers la Révolution tranquille.

«Mon père ne faisait pas de politique, reprend André Richard. Mais je le répète, il était droit. Et les gens l’ont toujours admiré pour ça.»

Les yeux

Mais au-delà du phénomène social qu’il a été, Maurice Richard a d’abord été un hockeyeur exceptionnel. Au moment de prendre sa retraite, en 1960, il menait la Ligue nationale pour le nombre de buts (544), de points (966) ainsi que pour le nombre de buts marqués en séries éliminatoires (82). Il a été le premier à inscrire 50 buts en 50 matchs et il a aidé le Canadien à remporter pas moins de huit Coupes Stanley.

«Je pense que c’est lui qui a inventé le qualificatif de joueur opportuniste, lance André Richard. Papa, c’était l’homme des grandes occasions. Quand le Canadien avait besoin d’un gros but, il était là. Et surtout, personne ne pouvait l’arrêter quand il décidait qu’il allait la mettre dedans. Je suis encore fasciné quand je regarde des films où on voit ses yeux quand il se dirige vers le filet.»

Les honneurs, il les a tous reçus. Mais les plus beaux hommages, c’est du public qu’il les eut. Qui a oublié l’ovation monstre (près de 10 minutes) que les partisans du Canadien lui ont réservée, le 16 mars 1996, lors de la fermeture du Forum?

«C’était un homme solide, mais, cette fois, il a été ébranlé», dit encore son fils. 

Son décès, le 27 mai 2000, a plongé le Québec dans un deuil profond. Plus de 115 000 personnes se sont déplacées au Centre Molson pour rendre un dernier hommage à celui qui aura droit à des funérailles nationales.

Fier Montréalais

Maurice Richard est né (le 4 août 1921) et est mort à Montréal. Il était un fier Montréalais, lui qui n’a jamais vécu ailleurs que dans le nord de la métropole.

«Mon père est né dans le quartier Bordeaux, il a appris à patiner sur la rivière des Prairies et il a passé le plus gros de sa vie à Ahuntsic, souligne André Richard. Je pense qu’il n’a jamais pensé vivre ailleurs qu’à Montréal. Il aimait sa ville.»

Et les Montréalais le lui rendaient bien. Mais voilà, il avait tant fait pour eux.

Lors de la fermeture du Forum, le maître de cérémonie, Richard Garneau, avait présenté le Rocket en disant qu’il avait été le symbole de tout un peuple, que d’autres avaient fini par marquer plus de buts que lui, mais que jamais personne ne les avait marqués comme lui.

C’était parfaitement dit.