L'invitation que personne n'attendait

Même si le temps passe à la vitesse de l'éclair, le souvenir des Jeux olympiques de Montréal est encore bien vivant dans la mémoire des Granbyennes Louise Beaumont et Hélène Tétreault. Contrairement à M. et Mme Tout-le-Monde, les deux handballeuses ont vécu l'événement de l'été 1976 de l'intérieur.
Louise se souviendra toujours de son entrée dans le Stade olympique lors de la cérémonie d'ouverture. «Nous, Canadiens, étions les derniers à faire notre entrée. Être entourée de tous ces grands athlètes et de voir les 65 000 spectateurs se lever d'un bond pour nous accueillir, c'était tellement impressionnant!»
Louise et Hélène n'avaient que 17 ans. Leur talent et leur forme physique les avaient propulsées au sein des meilleures joueuses juniors parmi les seniors. Le handball féminin faisait son entrée aux Jeux olympiques et en sa qualité de pays hôte, le Canada s'était classé d'office.
«Notre préparation n'a pas été très longue! Ç'a été soudain et inattendu. J'étais à la bonne place au bon moment. Je n'ai pas vraiment eu le temps de rêver aux Jeux, comme d'autres athlètes le font. Ça ne représentait pas un aboutissement. J'étais en début de carrière et dans ma tête, je pensais qu'il y en aurait d'autres!», confie Louise, qui réside maintenant à Montréal.
Elle ne connaissait pas encore ses adversaires... L'équipe canadienne, composée exclusivement de Québécoises, devait affronter des athlètes de pays communistes surentraînées et probablement dopées à une époque où le sujet n'était pas encore d'actualité, relate Mme Beaumont. «C'est pas compliqué, on jouait contre des hommes. Ç'a été difficile, car on avait l'impression de lutter contre des extraterrestres.»
Contre l'URSS, la Roumanie, la Hongrie et l'Allemagne de l'Est, l'équipe n'a aucune chance. Le dernier match, face aux Japonaises, est plus serré. La victoire, néanmoins, leur échappe chaque fois. «C'était humiliant au plan sportif, mais pour l'expérience humaine, c'était extraordinaire. Les cérémonies, le village olympique, les rencontres... J'ai même failli marier un haltérophile bulgare!», lance Louise à la blague.
Contrairement à ce qu'elle croyait, leur équipe n'est jamais retournée aux Olympiques, faute de pouvoir se classer. Les nombreuses autres compétitions auxquelles elle a participé durant sa carrière au sein de l'équipe nationale elle a pris sa retraite à 27 ans ont amplement compensé, cependant.
D'autant plus que Louise Beaumont a encore la chance de graviter dans le milieu du handball. Physiothérapeute de l'équipe nationale masculine senior, elle s'occupe des joueurs et suit la formation dans ses déplacements. «Je suis encore en contact avec ce monde et je suis restée dans cette ambiance de compétition. Ça me procure beaucoup de satisfaction», dit-elle.
Son métier lui a d'ailleurs été inspiré de ses années dans le sport. "Ça a orienté ma carrière. J'étais jeune, un peu fluette et je me blessais souvent! Ça m'a donné le goût de faire de la physiothérapie sportive.»
Ses études et sa carrière ont fait en sorte que le retour à la "routine" s'est déroulé tout en douceur pour elle. «Je n'ai pas vécu de déprime. J'ai toujours priorisé mes études et envisagé un plan B. Il faut prévoir son après-carrière...», avance la pimpante quinquagénaire.
Une occasion en or
Recrutée sur l'équipe canadienne de handball en 1975, Hélène Tétreault a elle aussi profité de ce bel alignement des astres pour vivre les Jeux de Montréal. Une vilaine entorse à la cheville lui a malheureusement fait rater les deux premiers matchs de la série, ainsi que la cérémonie d'ouverture.
«Je l'ai regardée de ma chambre... Le pire, c'est que j'étais en ligne pour entrer dans le stade, toute prête, vêtue de mon uniforme du Canada, quand ils m'ont retirée de la file. Je regrette de ne pas avoir vécu ce moment. Mais j'ai pu voir la reine Elizabeth quand elle est venue visiter l'espace des athlètes canadiens!», se console la Granbyenne.
Elle a quand même pu prendre part aux trois derniers affrontements de la ronde, fournissant cinq buts. «Ma famille était venue me voir jouer. Et je me rappelle que mes parents avaient accroché le drapeau olympique sur la maison. Je l'ai encore, d'ailleurs, avec le costume, le chapeau et tout.»
Pour Hélène, cette unique participation aux JO demeure marquante. «C'est une expérience de vie et une expérience sportive que je recommencerais n'importe quand. Oui, j'ai fait les Olympiques, mais je ne le crie pas sur les toits, dit-elle, discrète. Ça fait drôle, d'ailleurs, de reparler de cette époque!»
Après Montréal, la jeune athlète a poursuivi sa carrière internationale au sein de l'équipe canadienne durant deux autres années, parcourant le monde pour pratiquer son sport. «La Hongrie, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, les États-Unis, la Pologne... J'en ai eu plein les yeux. Mais quand tu baignes là-dedans, tu ne réalises pas tout à fait à quel point c'est différent. Moi, c'était ma vie.»
Devenue infirmière auxiliaire à Granby, Hélène Tétreault a continué longtemps à jouer au handball pour le plaisir. «Quand j'ai arrêté complètement, l'esprit de groupe et le jeu m'ont manqué. Mais je n'ai jamais cessé de faire du sport. Il faut que je bouge!»