Préparation et concentration sont désormais les mots d’ordre qui permettent à Félix Séguin de bien faire son travail, match après match.

Le rêve éveillé d’un p’tit gars d’Eastman

Chaque fois qu’un joueur du Canadien de Montréal marque un but, il y a un petit peu de chez nous là-dedans. La voix derrière le fameux « Et compte ! » qu’on entend sur les ondes de TVA Sports n’est nulle autre que celle de Félix Séguin, un gars de la région qui a trimé dur pour faire de sa plus grande ambition une réalité.

« Faire ce que je fais aujourd’hui, c’est mon rêve ultime. (...) J’étais autant fasciné par le Canadien que par la télévision. Je regardais Richard Garneau et Claude Quenneville, je les admirais. J’aimais les voir décrire les parties avec élégance et prestance, j’aimais leurs exclamations... », confie humblement le principal intéressé en entrevue avec La Voix de l’Est.

Autant partisan des Nordiques que du Canadien de Montréal durant l’enfance, le déménagement de l’équipe de Québec au Colorado a marqué un tournant dans la vie du jeune Félix. « À ce moment-là, le Canadien a pris toute la place. C’était mon enfance, mon adolescence, relate-t-il. J’ai lu tout ce que je pouvais à ce sujet, j’essayais de tout mémoriser. »

« Quand j’avais 10 ans, j’ai dit à mes parents que c’est ce que je voulais faire dans la vie. Depuis, tout ce que j’ai fait, toutes les décisions que j’ai prises, c’était pour y arriver », poursuit celui dont la famille s’est établie à Eastman alors qu’il avait huit ans.

Et il y est arrivé, non sans efforts. « L’important, c’est d’avoir un rêve. Appelez-ça un objectif ou une mission, l’important, c’est de le poursuivre. Faites ce que vous avez à faire pour l’atteindre, et vous serez sur le droit chemin », conseille-t-il.

C’est ainsi que Félix Séguin a poursuivi ses études collégiales en anglais, pour bien maîtriser la langue de Shakespeare, essentielle dans l’univers du hockey ; il s’est expatrié en Abitibi-Témiscamingue pendant trois ans pour apprendre les rudiments du métier et, surtout, il a saisi toutes les opportunités qui se sont offertes à lui.

Enchaînement d’opportunités

En novembre 1999, alors qu’il en était à sa deuxième année de cégep, un jeune Félix Séguin faisait ses devoirs en écoutant, comme il le faisait régulièrement, l’émission de Ron Fournier Bonsoir les sportifs.

N’écoutant que son courage, l’étudiant appelle son idole alors qu’il est en ondes. Après un bref échange, Ron Fournier lui demande ce qu’il souhaite faire de sa vie. « Je veux faire ton travail », lui répond Séguin du tac au tac.

Cette déclaration n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd, Fournier invitant l’étudiant à assister à la diffusion d’une émission, dont il a même coanimé la dernière heure.

« Ça a été une forme de tremplin pour moi, se rappelle Félix Séguin. C’était la première fois que je goûtais à une émission en direct. »

De là, les occasions se sont enchaînées pour le jeune homme au tournant de la vingtaine. Ron Fournier lui recommande de suivre une formation à l’école Promédia, où il est mis en contact, par l’entremise d’une collègue de classe, avec le patron d’une station de radio en Abitibi qui l’embauche en tant que descripteur des matchs des Huskies de Rouyn-Noranda et des Foreurs de Val-d’Or.

C’est là qu’il rencontre Frédéric Plante, qui le recrutera à RDS, où il travaillera pendant neuf ans avant d’être repêché par Louis-Philippe Lemieux à TVA Sports, en 2014.

Le premier match qu’il a couvert pour la station l’a par ailleurs empli d’une grande nervosité. « C’était le plus grand défi de ma vie », se souvient-il.

Préparation et concentration sont désormais les mots d’ordre qui lui permettent de bien faire son travail, match après match. « Le plus grand défi pour un descripteur, c’est de suivre le jeu, qui est extrêmement rapide, confie-t-il. J’essaie de dynamiser le match, de le rendre enlevant et de communiquer ma passion. »

Parfois, les performances plus mièvres de l’équipe lui compliquent la tâche. « À ce moment-là, on essaie de parler des bons coups de l’autre équipe, pour rendre le tout divertissant quand même. Heureusement, cette année, c’est fantastique ! »

Les pieds sur terre

« La vie a été bonne ; c’est un concours de circonstances, croit Félix Séguin. Quand on regarde mon cheminement, c’est que j’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. Je suis reconnaissant de ces gens qui m’ont fait confiance. » Cette reconnaissance transparaît dans le discours du père de famille, aujourd’hui âgé de 38 ans et qui demeure malgré tout terre à terre.

Ne sachant pas si et quand la chance cessera de lui sourire, il savoure pleinement chaque jour où son rêve est réalité. « J’ai de la chance ; je gagne ma vie avec le hockey, note-t-il. Mais au fond de moi, je suis encore le même petit gars passionné par le sport et les communications. »