Le journaliste Peter Kerasotis cosigne l’autobiographie de Felipe Alou.

Le privilège de Jacques Doucet

« À mon avis, Felipe Alou a été aux Latins ce que Jackie Robinson a été aux Noirs. Rien de moins. »

Jacques Doucet vient de vivre une expérience qu’il qualifie de « très spéciale ». Il a traduit l’autobiographie de Felipe Alou, le meilleur gérant de l’histoire des Expos et… son grand ami. Intitulé Felipe, légende dominicaine, le livre est publié aux Éditions Hurtubise.

Alou, après avoir hésité très longtemps avant de se confier, s’est finalement livré au journaliste américain Peter Kerasotis, qui cosigne le bouquin. Il en résulte une brique de 400 pages que vous allez adorer si vous aimez le baseball et toutes les histoires qui viennent avec.

« Ce n’est pas moi qui ai écrit le livre, mais ça reste un privilège de l’avoir traduit, explique Doucet, qui est toujours fier de nous rappeler qu’il a grandi à Granby. Et vous savez quoi ? Même si je connais très bien Felipe, j’ai appris un paquet de choses quand même. C’est un personnage tellement riche… »

Une des choses que l’ancien descripteur des matchs des Expos a apprises, c’est à quel point Alou a été marqué par le racisme dont il a été victime à son arrivée aux États-Unis, à la fin des années 1950.

Même s’il connaît très bien Felipe Alou, Jacques Doucet affirme qu’il a appris plein de choses au sujet de son ami.

« C’est en Louisiane que Felipe est débarqué en Amérique du Nord. Il venait de signer son premier contrat en tant que joueur avec l’organisation des Giants de San Francisco. Là-bas, il y avait toutes sources de lois anti-Noirs. À Lake Charles, il était toutefois hébergé par des Blancs. Et après les matchs, quand sa famille de pension et lui rentraient à la maison, il devait se coucher sur la banquette arrière de la voiture pour ne pas être vu des autres Blancs parce que ça aurait pu mal tourner… »

Mais Alou est passé à travers les épreuves et il a atteint les ligues majeures. Et il a connu une brillante carrière sur le terrain avant de devenir instructeur et gérant.

« Avec raison, on parle toujours de ce que Jackie Robinson a fait pour la cause des athlètes de race noire. Mais je vous le dis, Felipe a été son équivalent pour les Latins. »

De l’amertume

Avec les Giants, les Braves de Milwaukee et d’Atlanta, les A’s, les Yankees, les Expos et les Brewers, Alou a frappé plus de 200 circuits et a produit plus de 800 points. Il a ensuite entamé une longue carrière d’instructeur et de gérant dans les ligues mineures avant de diriger les Expos et les Giants. S’il a vécu de beaux moments comme gérant de la défunte formation montréalaise, il a aussi vécu des moments difficiles, qui ont aussi laissé des traces.

« La vente de feu qui a détruit la merveilleuse équipe de 1994 lui a fait mal, son congédiement par Jeffrey Loria également, reprend Jacques Doucet. Peu de temps avant son congédiement, en 2001, Felipe et moi étions à la pêche. Et il m’avait dit : “Jacques, je sais que mes jours sont comptés. Mais je te jure qu’ils vont me payer jusqu’au dernier sou. Et il a été payé jusqu’au dernier sou.” »

À 83 ans, Alou se promène entre ses résidences de la République dominicaine et de la Floride, mais il revient souvent au Québec. Il a récemment été opéré au cou, puis à un genou, mais il va bien.

« Il s’est remis merveilleusement bien des deux interventions. Croyez-moi, il est encore solide. D’ailleurs, on est en train de se planifier un voyage de pêche en prévision de l’été prochain… », termine son ami Doucet, qui s’en promet déjà.