Laurent Valiquette (à gauche) et Eugène Lapierre ont fait équipe pendant 10 ans à la tête du Challenger.
Laurent Valiquette (à gauche) et Eugène Lapierre ont fait équipe pendant 10 ans à la tête du Challenger.

Le jour où la vie de Laurent Valiquette a changé

Laurent Valiquette s’en souvient comme si c’était hier. Un bon matin de mai 1995, ce coup de fil d’Eugène Lapierre allait changer sa vie et allait changer l’allure du paysage sportif de Granby.

«Eugène était l’adjoint de Richard Legendre, alors grand patron du bureau de Montréal à Tennis Canada, et il avait une question à me poser : est-ce que Granby est capable, à deux petits mois d’avis, d’organiser un tournoi de type Challenger?, se souvient l’homme aujourd’hui âgé de 83 ans. Les gens de Montebello avaient le tournoi, mais ils n’en voulaient plus, et Tennis Canada ne voulait pas perdre l’événement, qui était le seul et unique Challenger au pays. Et Eugène, qui vient d’ici, savait que Granby était une bonne ville de tennis et qu’elle avait déjà accueilli des tournois d’importance par le passé.»

En réponse à Eugène Lapierre, Laurent Valiquette a demandé 24 heures pour vérifier s’il était capable de monter une équipe de bénévoles. À l’époque, il était président du Club de tennis des Loisirs de Granby.

«Granby venait d’accueillir les Jeux du Québec et on avait cette expertise en matière d’organisation de grands rendez-vous sportifs. J’ai fait des appels et honnêtement, ça ne m’a pas pris beaucoup de temps pour réunir une belle équipe de responsables. J’ai rappelé Eugène et je lui ai dit : ‘OK, on y va!’»

Les défunts Pierre Bélanger et Réjean Veillette faisaient notamment partie des premiers responsables de comités. François Brodeur et Michel Émond sont quant à eux toujours impliqués dans le Challenger après toutes ces années.

Le tout premier Challenger de Granby a eu lieu du 15 au 22 juillet 1995, bien sûr aux Tennis Saint-Luc. Quelque 2000 spectateurs ont assisté à la première édition du tournoi.

«Je me rappelle encore d’une conversation que j’avais eue avec Eugène avant le début du tournoi, reprend Laurent Valiquette. Il m’avait dit : ‘On est à la dernière minute, on va avoir de la misère à attirer 1000 personnes au total’. Je n’étais pas d’accord et j’avais pris ça comme un défi à relever. Finalement, il est venu le double d’amateurs de tennis que la prédiction faite par Eugène. J’avoue que j’étais fier!»

Le site de l’événement, on s’en doutera, n’avait rien à voir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui.

«Je me souviens entre autres que nous n’avions qu’une seule roulotte pour tout le monde. C’était serré. Mais on avait notre tournoi et c’était ça l’important.»

Lareau et Nestor

En tant que 81e joueur mondial, Sébastien Lareau s’était amené à Granby à titre de favori. La deuxième tête de série était son compatriote Daniel Nestor, devenu ensuite un des meilleurs joueurs de double de l’histoire du tennis. Mais les deux ont vu leur parcours se terminer en ronde quart de finale.

Avant de devenir un des meilleurs joueurs en double de l’histoire du tennis, Daniel Nestor avait atteint les quarts de finale à Granby en 1995.

«Robbie Weiss avait joué du gros tennis tout au long de la semaine et il n’avait pas volé son titre», rappelle Laurent Valiquette.

Weiss, un Américain, s’était hissé au 85e rang mondial quelques années plus tôt. Quatrième favori à Granby, il a disposé du sympathique Arménien Sargis Sargsian, plus tard devenu 38e au monde, en finale.

«Les gens étaient impressionnés par la qualité de jeu que le tournoi offrait. La présence de Lareau avait donné beaucoup de crédibilité à l’événement.»

Le tournoi terminé, le jeune retraité du monde de l’enseignement qu’était Laurent Valiquette était davantage heureux que fatigué, même si l’organisation en catastrophe du Challenger avait été exigeante.

«On savait qu’on avait jeté les bases de quelque chose qui était appelé à devenir gros. Ça n’a pas été long que le Challenger est devenu l’événement sportif par excellence de Granby.»

En 1996, Tennis Canada n’avait pas l’obligation de présenter le Challenger en raison de la tenue des Jeux olympiques d’Atlanta. Le tournoi est revenu en 1997.

«On est simplement revenus plus fort. Avec une entente avec la Ville, avec des commanditaires, avec des installations intéressantes, avec des bénévoles en masse, etc. Là, on était vraiment prêts.»

Et c’est en 1997 qu’on a découvert les Frédéric Niemeyer et Simon Larose, qui se sont avérés des ambassadeurs exceptionnels pour le Challenger.

«Comme on dit, le reste, c’est de l’histoire, lance Laurent Valiquette. On a travaillé fort, on a amené le tournoi toujours plus loin et il est encore là 25 ans plus tard. Les tournois de type Challenger vont et viennent, mais Granby est toujours là. Y’a de quoi être fiers.»

Laurent Valiquette, qui a toujours été appuyé par sa conjointe Gisèle dans l’aventure, a cédé sa place en tant que numéro un du Challenger en 2005. Mais il a toujours gardé un œil sur le tournoi, dont il est à juste titre considéré comme le père. En entrevue à La Voix de l’Est, il a un jour déclaré qu’il s’agissait de sa plus grande réalisation professionnelle.

«Le temps passe vite. Vingt-cinq ans déjà…», laisse-t-il tomber, nostalgique.