Gilles Beaumier : « Lorsque je suis revenu à Magog plus tard avec notre équipe midget AAA, ils étaient une dizaine de dirigeants de l’époque sur place pour m’accueillir. Malheureusement, on ne peut pas effacer le passé, ce terrible accident, mais je peux encore vous dire 25 ans plus tard qu’il y a des liens tissés serrés pour la vie entre Amos et Magog pour plusieurs d’entre nous.
Gilles Beaumier : « Lorsque je suis revenu à Magog plus tard avec notre équipe midget AAA, ils étaient une dizaine de dirigeants de l’époque sur place pour m’accueillir. Malheureusement, on ne peut pas effacer le passé, ce terrible accident, mais je peux encore vous dire 25 ans plus tard qu’il y a des liens tissés serrés pour la vie entre Amos et Magog pour plusieurs d’entre nous.

Le jour le plus triste

Il y a un peu plus de 25 ans, plus précisément le 5 février 1995, le monde du hockey mineur était secoué avec le tragique accident de l’équipe atome BB des Forestiers d’Amos qui avait fait une victime sur l’autoroute 10 à la hauteur de Granby. L’équipe venait de partir de Magog en autocar où elle avait participé au Tournoi atome pee-wee de l’endroit qui avait un statut national à l’époque.

Denis Meilleur, un des nombreux parents qui s’étaient déplacés à Magog, y avait laissé sa vie. Denis Meilleur était aussi le président des Forestiers d’Amos midget AAA, formation de la Ligue midget AAA du Québec.

Plusieurs passagers de l’autocar avaient été blessés et la famille de Denis Meilleur est celle qui avait le plus écopé. En plus du décès de celui-ci, son épouse Sylvie Poulin et son fils Jean-François, un des deux gardiens de l’équipe, sont demeurés longtemps dans le coma, particulièrement Jean-François. Quelques joueurs avaient également passé plusieurs jours à l’hôpital.

Gilles Beaumier était l’entraîneur de l’équipe atome BB d’Amos. Dans sa fonction de directeur-gérant des Forestiers midget AAA plus tard, il a repassé souvent sur les lieux de l’accident lorsque le calendrier de la Ligue midget AAA du Québec les amenait à Magog contre les Cantonniers.

« Une perte de vie, c’est un mort de trop. La scène était horrible. J’étais certain sur le coup que les victimes seraient nombreuses. Je craignais le pire. Je me souviens des secondes précédant l’accident. Le chauffeur qui freine brusquement, les gens qui me tombent dessus et le capotage. J’étais plongé dans un cauchemar. Il fallait se ressaisir rapidement, penser aux jeunes de 9 et 10 ans, les placer en lieu sûr et sécuriser les parents », se remémore Beaumier, mieux connu sous le sobriquet de Boomer.

L’autocar des petits Forestiers avait terminé son chemin dans le fossé après avoir effectué plusieurs tonneaux. Le chauffeur de l’autocar n’était nullement à blâmer dans l’accident.

« Je peux situer exactement où l’accident s’est produit. Quand je revenais avec les Forestiers midget AAA, les joueurs me demandaient où l’accident avait eu lieu. Les joueurs m’abordaient avec leurs questions quand on roulait sur l’autoroute 10 et qu’on approchait de Granby. Heureusement pour moi, je n’ai jamais eu de difficulté à remonter dans un autocar. »

L’après-accident

Le retour à la vie normale a été difficile pour l’équipe des Forestiers et son entourage. À commencer par l’épouse et le fils de Denis Meilleur. « Comme si ce n’était pas suffisant pour eux de sortir du coma, de panser leurs blessures physiques et psychologiques, il fallait leur annoncer la mort d’un mari et d’un papa. Ce n’était pas rose du tout », relate Gilles Beaumier.

Des parents ont également fait des dépressions dans les semaines qui ont suivi. Avec autant de joueurs décimés dans l’équipe, celle-ci est demeurée inactive une longue période. Plusieurs semaines plus tard, l’équipe est retournée dans le feu de l’action lors d’un tournoi à Val-d’Or.

« Cette reprise avait fait du bien à tout le monde. Nous formions déjà un groupe de parents et joueurs très unis. On avait fêté royalement à Magog et les enfants avaient adoré leur tournoi. De se retrouver dans l’environnement de l’équipe, après avoir surmonté plusieurs épreuves, a peut-être été le meilleur remède pour nous tous. Je me souviens encore de la réaction des jeunes quand un de leurs coéquipiers qu’ils n’avaient pas revu est entré dans le vestiaire en béquilles. La dernière image qu’ils avaient de lui après l’accident n’était pas celle qu’ils voulaient conserver. Ils étaient heureux et soulagés de le revoir même s’il ne pouvait pas encore revenir au jeu », a mentionné Gilles Beaumier qui est également connu dans la LHJMQ pour avoir déjà été recruteur pour la centrale de soutien au recrutement du circuit Courteau.


« Une perte de vie, c’est un mort de trop. La scène était horrible. J’étais certain sur le coup que les victimes seraient nombreuses. Je craignais le pire. Je me souviens des secondes précédant l’accident. Le chauffeur qui freine brusquement, les gens qui me tombent dessus et le capotage. J’étais plongé dans un cauchemar. »
Gilles Beaumier, entraîneur de l’équipe atome BB d’Amos en 1995

Merci Magog

Celui-ci sera éternellement reconnaissant envers la communauté magogoise, plus particulièrement les gens impliqués dans le tournoi atome pee-wee à l’époque. « Ils nous ont accompagnés sans cesse. Ils sont venus sur les lieux de l’accident et ont aidé à prendre en charge de toute la délégation. Ils ont pris soin des gens hospitalisés à Sherbrooke. Le tournoi avait même délégué des représentants aux funérailles de Denis à Amos. L’année suivante j’étais retourné au tournoi de Magog avec une équipe pee-wee BB. J’avais dans l’équipe cinq joueurs qui étaient de l’accident en 1995. C’était magique de revenir sur place. C’est ce qu’on voulait. Croyez-le ou non, on avait gagné le tournoi. Lorsque je suis revenu à Magog plus tard avec notre équipe midget AAA, ils étaient une dizaine de dirigeants de l’époque sur place pour m’accueillir. Malheureusement, on ne peut pas effacer le passé, ce terrible accident, mais je peux encore vous dire 25 ans plus tard qu’il y a des liens tissés serrés pour la vie entre Amos et Magog pour plusieurs d’entre nous. Encore récemment je communiquais avec Nicole Brousseau et Denis Turcotte. »

Une amitié sincère, durable et précieuse qui amène encore du réconfort 25 ans plus tard. Le fils de Gilles Beaumier, Francis, qui faisait partie de l’équipe, a même épousé une fille de Magog.

Comme quoi la vie prend parfois des détours inattendus.

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La nouvelle s’était répandue aux quatre coins de l’aréna de Magog comme une traînée de poudre : l’autocar des Forestiers d’Amos avait eu un terrible accident et on redoutait des victimes.

Des liens créés à jamais

Les dirigeants du Tournoi national atome pee-wee de Magog en 1995 n’étaient pas chauds à l’idée de voir l’équipe des Forestiers atome BB d’Amos prendre la route pour retourner à la maison en raison des conditions météo qui se détérioraient rapidement.

La tempête faisait craindre le pire chaque fois qu’une équipe retournait dans son patelin. L’inévitable devait se produire et en milieu d’après-midi la nouvelle s’était répandue aux quatre coins de l’aréna comme une traînée de poudre : l’autocar des Forestiers d’Amos avait eu un terrible accident et on redoutait qu’il y ait des victimes. 

La réaction du comité organisateur présidé par Nicole Brousseau avait été instantanée. Quatre ou cinq dirigeants du tournoi avaient immédiatement pris le chemin de Granby, l’autre moitié restant à l’aréna de Magog pour assurer le bon déroulement des activités pour cette dernière journée des finales. Sur place, un dirigeant avait pris le micro pour donner l’heure juste aux amateurs présents. À l’époque, le tournoi atome pee-wee de Magog était reconnu pour être le plus festif au Québec. Devant le malheur qui venait de frapper les Forestiers d’Amos et par esprit de solidarité, on avait laissé savoir que tout l’éclat entourant les finales serait mis de côté. 

Le comité avait également supplié les équipes de l’extérieur d’attendre au lundi avant de reprendre la route. Plusieurs avaient consenti. Les familles d’hébergement du tournoi avaient accepté sur-le-champ de garder les jeunes une journée de plus et même des parents.

Denis Turcotte : « Nous avons été solidaires jusqu’au bout. Nous étions tellement proches d’eux. Je pourrais vous citer des dizaines et des dizaines de noms. C’était juste normal que le tournoi soit présent aux funérailles. »

Derrière Amos

Nicole Brousseau et son comité organisateur avaient été proactifs pour aller soutenir la délégation d’Amos sur les lieux de l’accident et aussi pour s’assurer du bon fonctionnement des activités à l’aréna. Il ne fallait pas négliger les équipes qui avaient une finale à disputer.

« Quand on a eu la confirmation de l’accident et que c’était l’autocar d’Amos, la décision a été instantanée et unanime. On se divisait en deux groupes pour le reste de la journée. J’étais du groupe qui s’était rendu à Granby. L’autoroute 10 était barrée et on avait emprunté la route 112 », se souvient Nicole Brousseau.

Sur place, Nicole Brousseau et ses acolytes avaient retrouvé un groupe en état de choc. « On a aidé du mieux qu’on a pu. Il y a des parents qui étaient réconfortés de revoir des visages qui leur étaient familiers. Un autocar est arrivé pour faire monter les gens d’Amos et les amener au motel Le Castel de Granby. Je les ai accompagnés. Les quatre rangées à l’arrière de l’autocar étaient inoccupées et j’étais en mesure de savoir pourquoi. C’est l’arrière de leur autocar qui avait subi tous les dommages. Ils étaient traumatisés. Nous sommes restés ensuite avec eux au Castel qui avait hébergé tous les gens d’Amos gratuitement. Les blessés les plus légers étaient ramenés au motel par un de mes vice-présidents, Pat Fortin, qui faisait la navette entre l’hôpital et le Castel. Nous avions fêté avec ces gens et là ils avaient besoin de notre soutien, de notre présence », explique l’ancienne présidente.


Nicole Brousseau : « On a aidé du mieux qu’on a pu. Il y a des parents qui étaient réconfortés de revoir des visages qui leur étaient familiers. Un autocar est arrivé pour faire monter les gens d’Amos et les amener au motel Le Castel de Granby. Je les ai accompagnés. »

Funérailles

Denis Turcotte et Michel Lessard, deux membres du comité organisateur, avaient représenté le tournoi aux funérailles de Denis Meilleur à Amos. « Nous avons été solidaires jusqu’au bout. Nous étions tellement proches d’eux. Je pourrais vous citer des dizaines et des dizaines de noms. C’était juste normal que le tournoi soit présent aux funérailles. Michel (et son épouse Doris) et moi étions disponibles. La cathédrale était bondée. Denis Meilleur était une personne connue et aimée de tous à Amos », a souligné Denis Turcotte à qui Gilles Beaumier avait confié une responsabilité avant de repartir pour Magog.

« Sylvie Poulin, la conjointe de Denis, était toujours hospitalisée à Sherbrooke avec son fils. Gilles m’a demandé si j’accepterais de descendre la maman de Sylvie et ses deux sœurs jusqu’à Sherbrooke si on me fournissait un véhicule. Évidemment, j’avais accepté. Une fois parti, on m’informait que c’était le véhicule de Denis Meilleur. Un peu avant d’arriver à Granby, elles m’avaient demandé de leur montrer le lieu de l’accident. J’avais ralenti et elles avaient récité une petite prière », relate Denis Turcotte.

Ce dernier assure que les gens d’Amos, ceux affectés par l’accident, n’ont jamais oublié les gens de Magog et tous les gestes posés envers eux. « J’ai été témoin plusieurs fois de leur reconnaissance. Quand Boomer s’amenait à Magog avec son équipe midget AAA pour affronter les Cantonniers, il arrêtait régulièrement à ma brasserie avec son groupe pour prendre un repas. Il n’était pas obligé. Ce n’est qu’un exemple. Avant l’accident, on avait remarqué leur très grande joie de vivre. Cela a seulement été interrompu par une tragédie. Il y a un lien qui unit Magog et Amos pour toujours. »  Jean-Guy Rancourt