Le Canadien ne gagnait pas souvent, mais au moins, il était là !

La vie sans sport

CHRONIQUE / Je ne me souviens pas de l’âge exact que j’avais lorsque j’ai regardé mon premier match de hockey à la télé. Je devais avoir quatre ou cinq ans. Chose certaine, c’était avec mon grand-père Georges, le père de mon père, rue Westgate à Longueuil. Et c’était un match Canadien-Washington, un samedi soir. Mais ne me demandez pas combien ça avait fini…

Depuis ce soir-là, je n’ai jamais cessé d’être un amateur de sport. Ça a commencé par le hockey et ensuite le baseball. Et c’est devenu à peu près tous les sports par la suite.

J’ai eu beau jouer au baseball et au tennis pendant quelques années quand j’étais ti-cul et j’ai beau m’entraîner une fois par semaine (!) depuis quelques mois, je suis d’abord un sportif de salon. Et ça ne me gêne pas de le dire.

Mais là, y’a pu de sport. En fait, y’a pu rien. Vous le savez, j’ai écrit à la section des arts à La Voix de l’Est pendant des années. Et on ne peut même plus aller voir un show au Palace !

Mais pu de sport à regarder, ça me déstabilise un brin. Ceci dit, j’approuve évidemment toutes les mesures qui sont prises présentement afin d’enrayer, ou du moins ralentir, la propagation du maudit virus. J’ai beau aimer ça, une game du Canadien, c’est un million de fois moins important que ce qui se passe présentement sur notre petite planète.

Vendredi soir, je devais couvrir le premier match de la série opposant les Inouk au Collège Français à Longueuil, ma ville natale. Mon fils Éliott devait m’accompagner. On est plutôt restés à la maison et on a regardé un film… puisqu’il n’y avait pas plus de hockey à la télé.

Couvrir un événement de sport, même après toutes ces années, m’allume toujours autant. Être un journaliste de sport, je l’ai souvent dit aux gens autour de moi, c’est davantage un mode de vie qu’une job. On travaille le soir, on travaille le week-end, on écrit sur les galeries de presse des arénas, des stades ou des complexes de sport motorisé dans des conditions pas toujours faciles. Mais ça va me manquer cruellement de couvrir des événements au cours des prochaines semaines… ou des prochains mois.

Mais attention, on va continuer à vous parler de sport dans La Voix de l’Est. Car y’aura toujours quelque chose à écrire malgré tout. Ce ne sera pas du 3-2 ou du 5-4, ce ne sera pas des résultats, mais on va trouver le moyen de vous donner votre dose quotidienne.

N’empêche qu’on va s’ennuyer de notre petit match de hockey de la Ligue nationale à la télé, après le souper. Quand Bastien, mon p’tit dernier, a appris que la LNH suspendait ses activités, il a lancé : « Je ne verrai plus mes Canadiens ! » Et quand ma belle Marie lui a dit : « Tes Canadiens, ils perdaient tout le temps anyway ! », il a répliqué : « Oui, mais ils étaient là quand même ! »

Le sport, c’est fort. Ça réunit et ça unit les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les universitaires et ceux qui ne sont pas allés à l’école longtemps. C’est pour tout le monde, sans discrimination. Si c’est un simple divertissement pour certains, c’est essentiel pour d’autres, comme pour plusieurs de nos personnes âgées pour qui la p’tite game de hockey d’après-souper représente un beau moment dans la journée.

Non, on n’aura plus ça pendant un bout. À la maison, j’ai interdit qu’on efface les matchs de hockey, de baseball ou de football qu’on a sur l’enregistreur de la télé. Car ça risque de servir avant longtemps. Comme Elvis Gratton pendant ses vacances à Santa Banana, on va peut-être finir par réécouter les matchs des Expos contre les Padres de San Diego !

Oui, on va s’ennuyer, il va nous manquer quelque chose. À vrai dire, il nous manque déjà quelque chose. Mais si on veut éventuellement profiter à nouveau d’un bon match de hockey, de baseball ou de football sans s’inquiéter, il faut passer par ce par quoi on passe présentement.

La vie sans sport, c’est plate. Mais la vie, qu’on le veuille ou non, doit passer avant le sport.