François Adam à bord de son modifié. Le pilote de Saint-Pie se fait ni plus ni moins le défenseur des pauvres du stock-car sur terre battue.

La misère des pauvres de la terre battue

Un peu tout le monde se prépare à quitter pour le congé des Fêtes. Les cœurs sont légers. En fait, pas tous les cœurs. Pas ceux des pilotes de stock-car sur terre battue qui se considèrent pauvres.

La saison dite morte serait beaucoup trop ennuyante pour les amateurs de course s’il n’y avait pas une belle controverse pour déchaîner les passions. Et ils en ont une très belle à se mettre sous la dent cette année avec l’histoire du fameux moteur W16.

Chaque fois que j’ai écrit sur le sujet au cours des dernières semaines, j’ai reçu une tonne d’appels, de textos et de courriels. Sans compter les centaines de réactions sur Facebook. Quand je dis que la course automobile est le sport no 1 dans la région…

Mais voilà, il y a presque autant d’opinions sur le W16 qu’il y a de pilotes et de gens qui tournent autour de l’industrie des courses. Si j’ai lu plusieurs commentaires intéressants au cours des dernières semaines, j’en ai lu des passablement moins brillants aussi…

Copropriétaire et promoteur à l’Autodrome Granby et au RPM Speedway, Dominic Lussier pousse fort afin que les pilotes en modifié adoptent le moteur W16. Si on peut lui reprocher un certain manque de subtilité dans l’approche, notamment en passant par-dessus le règlement de DIRTcar (ce qu’il a toutefois le droit de faire, ceci dit), je ne me permettrai jamais de douter de sa sincérité quand il affirme qu’il travaille dans le but de réduire les coûts des pilotes et des équipes, bref de l’industrie.

Plusieurs pilotes ont déjà acheté un W16. Ou bien parce qu’il coûte moins cher, ou bien pour suivre le courant ou encore parce qu’il risque d’y avoir un avantage intéressant à en posséder un vu le nombre de livres inférieures (de 100 à 150, dépendant des pistes) qu’une voiture munie du moteur en question aura à compter de la saison prochaine.

Mais même la majorité de ceux qui en ont acheté un ne semble pas d’accord avec le règlement imposé par Lussier et Yan Bussière, promoteur à l’Autodrome Drummond. Les deux hommes ont beaucoup de pression présentement, mais ils répètent à qui veut les entendre qu’ils pensent à l’avenir.

Mais l’avenir, pour certains, c’est le présent. Certains, ce sont ceux qui se décrivent comme les pauvres. François Adam, de Saint-Pie, fait partie de ceux-là.

Adam est un gars intense, qui n’a pas la langue dans sa poche, mais qui a le cœur à la bonne place. Dans le dossier qui nous intéresse, il se fait le défenseur des pauvres, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas de gros budgets et qui tirent le diable par la queue à toutes les semaines pour aller aux courses. Car il y en a.

Adam s’est acheté un moteur W16. Et ça l’agace quand il lit que les Steve Bernard, Alain Boisvert, Michaël Parent et cie, identifiés comme des riches, en ont aussi. « Je n’ai rien contre les gars qui ont du budget, mais ce n’est tellement pas la même réalité que des pilotes comme moi. Des moteurs, ces gars-là, que je respecte énormément, en ont déjà trois ou quatre autres dans le garage. Moi, il faut que je casse mon cochon pour m’en acheter un et pour suivre la parade. Mais est-ce que j’ai le choix ? Pas vraiment ! », explique celui qui a été champion en classe pro-stock.

Adam a aussi plein de doutes sur le W16. Sur sa fiabilité, sur les coûts à long terme, sur le fait que le fabricant est « au bout du monde » et quoi encore. Mais ça, seul le temps dira s’il avait raison de s’inquiéter.

« Mais surtout, qu’on arrête de nous dire que ce moteur est pour favoriser la relève. La réalité, c’est que la vraie relève et les pilotes pauvres se sentent pris en otage présentement. On nous oblige à suivre et on n’a pas plus d’argent pour le faire. »

Adam est un vétéran, un ex-champion et il a mérité son droit de parole. Et on lui a donné.