Après un séjour de cinq ans avec les Eskimos d’Edmonton, Steve Charbonneau est revenu à Montréal en 2007. Encore avec Jim Popp, le même directeur général qui l’avait repêché 10 ans plus tôt.
Après un séjour de cinq ans avec les Eskimos d’Edmonton, Steve Charbonneau est revenu à Montréal en 2007. Encore avec Jim Popp, le même directeur général qui l’avait repêché 10 ans plus tôt.

La ligue que Steve Charbonneau ne connaissait pas

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
Steve Charbonneau n’avait jamais rêvé de jouer au football professionnel avant le 7 avril 1997. Ce jour-là, voyez-vous, les Alouettes faisaient du Cowansvillois leur premier choix au repêchage, le sixième de l’encan de la Ligue canadienne de football. Et soudainement, son chemin était tracé.

« C’est un bon souvenir, explique-t-il. Mais c’est un souvenir qui vient avec un paquet d’autres souvenirs d’une époque où il s’est passé plein de choses dans ma vie. »

Charbonneau était un produit de l’Université du New Hampshire. Mais voilà, il n’avait pas complété sa dernière saison avec l’équipe de football en raison d’un désaccord avec les entraîneurs des Wildcats. Et il était rentré à la maison beaucoup plus tôt que prévu.

« J’avais toujours été un joueur polyvalent depuis mes débuts au football, à Massey-Vanier, raconte-t-il. Mais au New Hampshire, vraiment, c’était spécial. Il n’y a pas une position à laquelle je n’avais pas joué en deux ans. J’exagère un peu, mais à peine. Et après cette deuxième saison, je me suis assis avec l’entraîneur en chef et je lui ai dit : “Coach, j’aimerais jouer à une position, juste une”. Il a été réceptif et il m’a dit : “OK, tu seras plaqueur!” J’étais content ! »

De retour au New Hampshire à l’automne, Charbonneau connaît un début de saison exceptionnel à sa position de plaqueur. Mais à la veille du quatrième match, on lui propose un… changement de position.

« J’ai refusé. Mes affaires allaient bien et il y avait aussi une question de fierté là-dedans. On m’avait promis des choses et la parole n’avait pas été respectée. Je n’étais pas content, j’étais déçu et mon entraîneur, quand je lui ai dit que j’allais partir, m’a dit : “Si tu t’en vas, tu ne joueras plus jamais au football!” Mais je suis parti pareil ! »

Après un détour par New York où il est allé retrouver sa blonde de l’époque (devenue plus tard la maîtresse de Tiger Woods !), Charbonneau est revenu au domicile familial de Cowansville. Et il a reçu cette invitation pour participer à un camp des espoirs de la Ligue canadienne, à Calgary.

« Ça m’a surpris, mais je suis allé en me disant que je n’avais pas vraiment d’autre chose à faire anyway. Et ça a bien été. Mais dans ma tête, ça ne garantissait rien pour la suite. »

Puis, arriva le fameux 7 avril 1997. La journée qui est venue tout changer.

« Les Roughriders de la Saskatchewan étaient très intéressés à mes services et ils avaient même en plan de me faire jouer à la position de centre-arrière. Mais lorsque ça a été à leur tour de choisir, au deuxième rang, ils m’ont ignoré, apparemment à la suite d’une entente avec les Alouettes. Et au sixième rang, le directeur général Jim Popp m’a choisi. Il m’a appelé lui-même pour m’annoncer la nouvelle. »

Quelques jours plus tard, à 23 ans, Charbonneau signait son premier contrat chez les professionnels.

« Quand j’ai vu le chiffre qui m’était proposé, je me suis dit : “Ça doit être le boni de signature”. Mais non, c’était bel et bien le salaire pour la saison… »

«Je me suis amusé, j’ai eu du plaisir», admet Steve Charbonneau au sujet de sa carrière dans la Ligue canadienne de football. — photo archives La Voix de l’Est

Fierté

Mais la sélection de Charbonneau par les Alouettes, rien de moins qu’en première ronde rappelons-le encore, a rendu une région au grand complet très fière. La nouvelle, bien sûr, avait fait les gros titres de La Voix de l’Est.

« Les gens me félicitaient, ils étaient contents pour moi, se souvient Charbonneau. C’était l’fun de voir que ça rendait les gens heureux comme ça. Mais moi, principalement parce que les Alouettes avaient été absents de Montréal pendant une dizaine d’années, la Ligue canadienne, je ne connaissais pas ça. Sérieusement, je n’avais jamais vu ne serait-ce qu’un seul match à la télé. J’arrivais chez les pros, mais pour moi, c’était du gros inconnu. Mais j’étais très content à l’idée de jouer chez nous. »

Les Alouettes n’avaient pas repêché Charbonneau en première ronde pour rien et l’athlète de 6’4’’ et 265 livres, à l’époque, a eu du temps de jeu en masse dès sa première saison. Utilisé sur toutes les unités spéciales, il alternait également au poste de plaqueur.

« J’habitais un condo à L’Île-des-Sœurs et, quand je ne jouais pas au football, je faisais beaucoup de promotion pour l’organisation, comme tous les autres Québécois de l’équipe. C’était avant le déménagement au Stade Percival-Molson et les foules au Stade olympique étaient minuscules. »

En 1997, les Alouettes, dirigés par Dave Ritchie, ont ramené une fiche de 13 victoires et cinq défaites avant de s’incliner en finale de l’Est face à Doug Flutie et aux Argonauts de Toronto.

Charbonneau disputera cinq saisons avec les Alouettes avant d’en disputer cinq autres avec les Eskimos d’Edmonton, avec lesquels il remportera la Coupe Grey deux fois. Il reviendra à Montréal en 2007, mais un virus intestinal viendra mettre un terme à sa carrière.

« Mais je me suis amusé, j’ai eu du plaisir. Comme on dit, ça a été une belle run », termine-t-il.