À 31 ans, Jean-François Bérard est passé à l’histoire du Challenger.
À 31 ans, Jean-François Bérard est passé à l’histoire du Challenger.

Jean-François Bérard: «Ma médaille d’or à moi»

Vingt-cinq ans après le premier Challenger de tennis de Granby, Jean-François Bérard demeure le seul et unique joueur de la région à être parvenu à se qualifier pour le tournoi. En fait, il a réalisé l’exploit trois fois, soit en 2006, 2007 et 2011. Mais comme toujours, c’est la première fois qui a été la plus marquante…

« Vous me ramenez à de très, très beaux souvenirs, explique Bérard qui, en 2006, tentait de se qualifier pour la 11e fois. Clairement, on parle ici de moments que je compte parmi les plus beaux de ma vie. »

Bérard avait 31 ans lorsqu’il est passé à l’histoire du Challenger. Il jouait à l’époque le meilleur tennis de sa carrière, alors qu’il multipliait les qualifications lors des tournois de type Futures et qu’il a même atteint le deuxième tour du Challenger de Rimouski.

En octobre 2007, il s’était hissé jusqu’au 877e rang mondial. Ce qui n’avait rien de banal pour un athlète qui jouait sur le circuit professionnel à temps très partiel seulement.

« Cette qualification au Challenger représentait tellement pour moi, reprend Bérard. Ce n’était pas une médaille d’or olympique, mais c’était ma médaille d’or à moi. J’avais tellement travaillé fort, j’avais tellement bûché pour en arriver là. »

La nouvelle avait évidemment fait la une de La Voix de l’Est. Et Bérard s’était attiré quantité d’éloges.

« Le nombre de téléphones et de courriels que j’avais reçus, c’était impressionnant », se souvient-il avec le sourire.

Bérard avait reçu les félicitations de Laurent Valiquette, alors président du comité organisateur du tournoi, à la suite de sa qualification.

Changement de style

Jean-François Bérard s’était pointé sur le site du Challenger, en cette fin de juillet 2006, avec en plan d’appliquer un nouveau style de jeu. Un style plus « agressif » concocté avec son entraîneur Daniel Veillette.

« L’idée, c’était d’aller au filet le plus rapidement possible », explique le Granbyen.

Au premier tour des qualifications, Bérard a aisément défait le Québécois Alexandre Lord-Andrade par 6-2 et 6-0. Mais au second, quelques heures plus tard, il avait rendez-vous avec une grosse pointure : l’Israélien Ishay Hadash, deuxième favori des qualifs.

« Pendant que j’échangeais avec lui en pratique, je me souviens de m’être dit : “Il frappe vraiment fort ! Ça va être dur ! ” Mais je suis resté fidèle à mon plan de match. »

Et la stratégie a fonctionné, Hadash n’ayant jamais été capable de s’organiser et de s’ajuster à la façon de faire de Bérard, qui l’a finalement emporté 7-6 et 6-3.

Puis, au troisième et dernier tour, le lendemain, Bérard avait rendez-vous avec Milan Pokrajac, un bel espoir du tennis canadien et huitième favori des qualifications. Même si notre homme avait l’expérience, il n’était pas supposé l’emporter.

« J’ai perdu la première manche, mais je suis resté calme, je n’ai pas paniqué. Après tout, je n’étais pas favori et ça aurait été juste normal que le joueur local s’incline. »

Mais Bérard a mis la machine en marche et il a finalement eu raison de Pokrajac 5-7, 6-2 et 6-3. Sa victoire confirmée, il a reçu une belle ovation de la part de l’imposante foule venue l’encourager.

« J’étais tellement, tellement content. Ma famille était là, mes amis aussi, c’était un moment très spécial. J’étais heureux et j’étais soulagé. Je venais de prouver aux gens, mais surtout à moi-même, que j’étais capable de jouer du gros tennis à l’intérieur d’un tournoi de haut niveau. »

Qualifié, Bérard est retourné sur le court des Tennis Saint-Luc dès le lendemain alors qu’il avait rendez-vous avec l’Allemand Philipp Hammer, 419e joueur mondial, au premier tour du tableau principal.

« Honnêtement, j’étais brûlé quand j’ai affronté Hammer, un joueur très solide. J’étais à terre physiquement, mais j’étais fatigué émotivement aussi. Et je n’avais pas cette endurance de ceux qui jouent plusieurs matchs à toutes les semaines. J’ai fait ce que j’ai pu… »

Bérard s’est incliné 6-2, 6-0. Le match a duré à peine une heure.

Qu’importe, il avait démontré à tous et chacun ce qu’il était capable de faire.