Jérôme Sylvestre

Flirter avec les sommets

Ce qui frappe le plus quand on croise Jérôme Sylvestre, c'est son calme... olympien. Les Jeux, auxquels il a pris part à Salt Lake City en 2002 en surf des neiges, semblent déjà bien loin derrière lui.
Aujourd'hui ingénieur mécanique dans une entreprise de Granby, il est l'heureux papa de trois filles avec qui il fait du ski et du surf des neiges pour le plaisir.
Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Expert en slalom géant parallèle, Jérôme Sylvestre a flirté avec les plus hauts sommets, dans tous les sens du terme.
Habitué des pentes depuis l'âge de neuf ans, le talentueux garçon se fait rapidement remarquer. Il grimpe les échelons du sport jusqu'à son recrutement, en 1999, par l'équipe nationale de surf des neiges. Commence alors une époque trépidante de sa vie, ponctuée de séances d'entraînement et de voyages aux quatre coins du monde.
«Du début du mois de novembre à la fin du mois de mars, je n'étais jamais à la maison. C'était beaucoup de plaisir, mais beaucoup de travail», résume celui qui partageait sa chambre avec le célèbre Jasey Jay Anderson.
En 2002, à l'âge de 22 ans, il se qualifie pour les Jeux olympiques de Salt Lake City, «un peu comme un cheveu sur la soupe», dit-il. «C'était une bonne chose, car je n'ai pas eu trop le temps de stresser avec ça.»
De cet événement unique, il retient surtout la démesure et l'atmosphère hautement sympathique. «C'était big, très américain. Mais l'esprit qui régnait là-bas était vraiment intéressant, surtout parce beaucoup de gens de la communauté étaient engagés dans ces Jeux. Il y avait une belle ambiance partout en ville.»
Au moment de l'ouverture officielle, il marche fièrement aux côtés du patineur Marc Gagnon. «C'était spécial.»
Mais son plus beau moment, c'est tout en haut de la montagne qu'il le vit. «En ronde éliminatoire, j'étais à la porte de départ contre un Américain. Vu d'en haut, Park City était magnifique. Il y avait 17 000 personnes dans les estrades et j'entendais la clameur de la foule monter vers nous, même à un kilomètre de distance», décrit-il, comme s'il y était encore.
Il atteint la ronde finale où, devant ses parents, il termine au 12e rang. "Ça été ma meilleure run à vie.»
Pour prendre part à une compétition au Japon, Jérôme ne s'attarde pas et quitte les Jeux sans participer à la grande célébration de clôture. «Avec le recul, je regrette d'avoir négligé cette cérémonie...», confie-t-il aujourd'hui.
C'est qu'il croyait bien, à l'époque, avoir la chance de revivre l'expérience olympique. «Les Jeux de 2006 à Turin était mon but, mais j'ai arrêté avant.»
Blessé à la cheville en jouant au basketball après les Olympiques, Jérôme doit se rendre à l'évidence: surfer devient de plus en plus difficile. «Quand on m'a appelé pour le camp d'entraînement de l'équipe nationale en 2003, j'ai décidé que c'était fini», glisse-t-il simplement.
L'ancien sportif affirme qu'il était alors prêt à passer à autre chose, d'autant plus qu'il amorçait ses études universitaires en génie. «J'avoue que les premières tempêtes de neige que j'ai passées sur les bancs d'école étaient un peu difficiles, mais pas au point de déprimer.»
Le fameux "thrill" de la descente lui manque-t-il? «J'ai refait quelques petites courses, mais je n'ai jamais retrouvé la sensation de la porte de départ...»
Quand on lui demande ce que les Jeux olympiques ont signifié pour lui, Jérôme Sylvestre est d'une candeur désarmante. «J'aurais préféré remporter un Globe de cristal (NDLR: trophée de championnat de Coupe du monde), car c'était plus prestigieux et financièrement plus payant. Mais les Jeux olympiques ont été quelque chose d'unique quand même. En réalité, j'étais plus excité à l'idée d'aller aux Jeux que de gagner des médailles, car je n'avais pas réellement de chances de faire le podium.»
Une certaine inquiétude
Comme tous les ex-Olympiens à qui La Voix de l'Est a parlé, Jérôme Sylvestre suivra avec intérêt les Jeux de Sotchi. Il ne peut s'empêcher, toutefois, de ressentir un brin d'inquiétude. «J'espère sincèrement que tout se passera bien. En tant qu'athlète, je ne serais pas nerveux. Mais si c'était ma fille, oui.»
Lui reviennent alors en mémoire les mesures de protection exceptionnelles qui étaient en place lors de son passage à Salt Lake City. Un an après les attentats du 11 septembre 2001, le traumatisme était encore bien présent chez les Américains... «Je me rappelle qu'il y avait là un dispositif de sécurité incroyable.»
Profil
Né à Marieville, Jérôme Sylvestre a passé le plus clair de sa vie à Bromont. Il a fait partie de l'équipe canadienne de surf des neiges durant cinq ans. Trois fois champion canadien, le spécialiste du slalom géant parallèle a terminé 12e à la ronde finale des Jeux olympiques de Salt Lake City. Il s'est retiré de la compétition en 2003.