Sébastien Goulet fait équipe avec Félix Séguin, entre autres à la description des matchs de la LNH. Le duo est séparé par un panneau en plastique en studio, COVID oblige.
Sébastien Goulet fait équipe avec Félix Séguin, entre autres à la description des matchs de la LNH. Le duo est séparé par un panneau en plastique en studio, COVID oblige.

Deux Estriens à la description des matchs sur TVA Sports

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
C’est le temps des vacances, du soleil et de la plage pour une grande majorité de Québécois, en ce début de mois d’août. Mais pour Félix Séguin et Sébastien Goulet, cette période de vacances est synonyme de travail et de séries éliminatoires. Ainsi, deux des trois descripteurs des matchs des séries de la LNH sur les ondes de TVA Sports, qui détient les droits exclusifs de la diffusion en français, proviennent de l’Estrie. Incursion dans le monde du hockey, en plein été.

Si la pandémie de la COVID-19 a mis abruptement fin à la saison régulière 2019-20 de la LNH, elle aura ironiquement permis aux Canadiens de Montréal de participer aux séries éliminatoires.

Avec le CH en lice parmi les 24 équipes prétendantes au titre lors de ces séries éliminatoires version COVID, l’espoir renaît chez les partisans du CH et le sourire revient chez les diffuseurs de chaînes spécialisées sportives.

« On avait vraiment hâte à ce moment-là. Et avec le CH qui nous fait une agréable surprise jusqu’à présent en séries contre les Penguins, tout le monde avait besoin de ça, je crois! », lance Félix Séguin.

Celui qui a grandi à Eastman, son père Maurice y est d’ailleurs conseiller municipal, en est à sa sixième année à TVA Sports et à la description des matchs du Canadien.

La communication, et le sport, il a ça dans le sang.

« C’est clair dans ma tête, depuis que j’ai 10 ans, que c’est ce métier que je veux faire. Je voulais décrire des matchs de hockey, des matchs des séries et de la finale de la coupe Stanley. C’est dans mon ADN. J’ai été l’annonceur maison aux matchs des Cantonniers de Magog, lors des séries éliminatoires de 1998, j’ai fait de la radio à Sherbrooke (106,1), j’ai travaillé comme journaliste en Abitibi, avant de passer 10 ans à RDS (2004 à 2014) », a dit le descripteur de 39 ans.

Un métier unique, s’il en est un. Seulement deux personnes au Québec ont ce boulot de décrire les matchs du Canadien de Montréal. Un métier parfois méconnu, et bien souvent sous-estimé.

« Il faut s’ajuster. J’ai travaillé fort, j’ai progressé, mais quand je suis tombé dans la chaise de la description des matchs du CH, tout change. On est seulement deux au Québec à faire ça, Pierre Houde et moi. On est analysé de A à Z, pendant trois heures, par les téléspectateurs. Ces derniers analysent autant le match du CH que notre travail. Alors il a fallu m’ajuster. Mais pour moi, ce qui est important, peu importe le calibre des matchs que je décris, c’est l’humilité. Je suis bien conscient que les gens sont là pour regarder les matchs de leur équipe préférée, pour passer un bon moment. Je suis un intermédiaire entre les amateurs et le club; les gens ne sont pas là pour voir Félix Séguin, je suis là pour être la courroie de transmission. Il faut rester humble et respectueux. »

Félix Séguin et son partenaire à la description lors de la diffusion des matchs du Canadien de Montréal, l’ancien gardien de la LNH Patrick Lalime. Le duo décrit les matchs en temps réel, et non avec le délai habituel en temps normal.

La pandémie frappe

Les dirigeants des différentes chaînes sportives en continu se sont cassé la tête, dès les premières semaines de la pandémie, pour meubler leur temps d’antenne, brusquement privé de tout événement sportif en direct.

Ce dilemme s’est avéré une belle opportunité pour Félix Séguin, qui a pu faire un voyage dans le temps en compagnie des amateurs de hockey.

« Nos patrons ont eu la brillante idée de refaire les séries qui ont marqué l’imaginaire des gens, à commencer par la série entre le CH et les Nordiques en 1993. Ce fut très enrichissant! La dernière fois que j’avais vu ces matchs, j’avais 12 ans, j’étais ado et partisan de hockey, je regardais le match comme un fan. Il y a plusieurs des joueurs de cette série-là que j’ai côtoyée par la suite, qui sont devenus des collègues de travail ou même des amis, c’est très particulier. »

« Décrire des matchs de 1993 et les comparer avec les matchs de 2020, ça nous fait réaliser à quel point le jeu est devenu rapide. Et notre travail aussi, forcément. Le métier de descripteur est encore plus complexe. On n’a pas le temps de prendre une gorgée d’eau, on a les yeux sur la rondelle, on est concentré, il faut aider nos analystes, c’est devenu très exigeant.

L’énergie de la foule

Au Centre Bell ou sur la route, Félix Séguin et son analyste Patrick Lalime suivent le CH à la trace. En temps normal.

Mais, COVID oblige, le travail de description des séries actuelles se déroule en studio, loin des deux villes bulles d’Edmonton et de Toronto.

« En temps normal, outre les matchs du CH, je fais aussi d’autres rencontres de la LNH. Et on fait ça en studio. Alors l’adaptation n’est pas si grande, mes repèrent existent déjà », a dit Félix Séguin.

« Le principal défi, par contre, c’est d’avoir la même énergie que si on était sur place, que lorsque la foule s’exclame après un but. L’énergie des joueurs, et même de l’équipe technique, qui est avec nous. En studio, entre quatre murs, et devant une télé de 50 pouces, c’est plus tranquille! Donc, il faut élever notre niveau d’intensité, comme si on était sur place. Je deviens en quelque sorte la réaction du spectateur; quand (Brendan) Gallagher fait une montée vers le gardien et qu’il prend un tir, ma réaction, dans ma description, est celle du gars assis dans son salon. Je vis ça comme le spectateur. »

« Contrairement à plusieurs émissions de télévision, le hockey, c’est du direct. C’est sans filet. C’est un défi énorme. Oui, il y a des erreurs, mais the show must go on, c’est normal. C’est très exigeant, ça demande une très grande concentration. Et je vois que parfois, les gens ne réalisent pas toujours l’ampleur du défi. Oui, on va en faire des erreurs. Mais on fait de notre mieux, toujours. »

Cette présence du CH en séries 2020 change la donne, a confirmé Félix Séguin. Et pour plusieurs raisons. Surtout que le club montréalais n’a pas gâté ses partisans par ses résultats en séries éliminatoires lors des dernières saisons, il faut l’avouer...

« Le spectacle est très, très bon. Mais surtout, ça fait du bien. On a été quatre mois à entendre les mêmes nouvelles, à perdre un peu de motivation. Certains ont vécu des moments difficiles et douloureux. Le hockey, le CH en séries, le CH qui performe bien, c’est un baume. C’est un divertissement, ça aide tout le monde, je crois, c’est très rassembleur », a-t-il exprimé.

« Alors, se retrouver en 2020, dans un contexte anormal — parce que dans un contexte normal, le CH n’est pas en séries! — et de voir qu’il est non seulement la moins bonne des équipes présentes, mais qu’il performe bien, il crée de l’espoir. Et ça, c’est important. On les critique beaucoup, mais en même temps, on attend la moindre étincelle pour les applaudir et les encourager », a dit Félix Séguin.

Sébastien Goulet fait équipe avec Yvon Pedneault, entre autres à la description des matchs de la LNH. Le duo est séparé par un panneau en plastique en studio, COVID oblige.

Des séries en plein été

TVA Sports montre, pendant les matchs du CH, des photos d’amateurs qui sont devant leur téléviseur à regarder leur équipe préférée. Au camping, sur le patio, sur le bord de la piscine ou du lac. Les séries 2020 sont spéciales à plusieurs égards.

« C’est particulier, en effet! Après mon premier match, disputé sur l’heure du dîner, j’ai quitté en fin d’après midi au gros soleil, à la grosse chaleur, c’est spécial. Le contexte est plaisant, et différent. On prend davantage la mesure de ce contexte particulier lorsqu’on voit les photos des gens qui regardent les matchs; ils ont des « set-ups » incroyables sur le bord de la piscine, ou en camping! Ça fait partie de l’ADN de TVA sports d’être près des gens et quand on voit ça, quand on voit que les chiffres (cotes d’écoute) sont bons, c’est très plaisant! On ne l’a pas eu facile, lors des derniers mois, avec la programmation de remplissage. De voir que les gens sont de retour avec le sport en direct, c’est encourageant! », a dit Sébastien Goulet.

Ce dernier a été annonceur pour les matchs de hockey lors des Jeux olympiques de Turin, en 2006, Vancouver (2010) et Sotchi (2014), mais aussi lors des compétitions de boxe aux Jeux de Rio en 2016. Il est l’auxiliaire de Michel Lacroix comme annonceur maison des matchs du CH au Centre Bell.

Les défis, il connaît.

En ces séries 2020, il touche à tout, il vogue d’une série à l’autre, avec les défis que cela suppose et les obstacles, surtout techniques, liés à la COVID.

« Mon horaire varie beaucoup. J’ai fait un match Boston/Tampa Bay, un autre entre Winnipeg et Calgary, mais aussi un match opposant les Rangers aux Hurricanes et Saint-Louis face au Colorado. Je me promène et c’est ce qui est intéressant! Je vois tout ce qui se passe! Ça fait beaucoup de hockey à regarder à la maison quand je ne suis pas au travail, mais j’ai une épouse et une famille compréhensive! », a-t-il rigolé.

« Je dois être prêt à tout. Certains matchs numéro 4 ou 5 sont programmés dans de courts laps de temps, en cette première ronde. Je suis un gars de défis, alors j’aime sauter d’une série à l’autre. J’ai hâte de vivre les rivalités lors du tour suivant! Et en tout temps, on fait notre possible pour rendre la diffusion la plus normale possible. »

« En studio, tout a été aménagé pour assurer une distanciation. Il y a des panneaux de « plexiglas » entre l’analyste et moi, tout est désinfecté entre chaque diffusion de matchs. C’est nécessaire, car on en fait trois ou quatre par jour », a précisé Sébastien Goulet.

« Aussi, on travaille avec un signal propre, c’est-à-dire qu’on ne reçoit absolument rien de Toronto ou d’Edmonton au niveau des graphiques et des tableaux. On doit tout générer en studio comme si on était sur place, c’est donc dire que si on ne met pas le pointage à l’écran, on ne l’a pas. On produit tout maison. On présente un match épuré; on voit beaucoup moins de tableaux en ondes, parce qu’on a l’occasion d’avoir 13 caméras de plus qu’à l’habitude alors on essaie de profiter de ça au maximum », a-t-il indiqué.

« On a un seul signal. Ce que vous voyez à la télé, c’est ce que je vois aussi. Contrairement à l’habitude, où on a un sept secondes de délai pour couvrir les animateurs ou les graphiques en anglais. On travaille sans filet, on est en direct avec les images que l’on reçoit de Toronto et d’Edmonton, qui elles, sont décalées de 5 secondes, seulement pour couvrir le son quand il y a des mots vulgaires, par exemple. »

La ronde de qualification de ces séries 2020 de la LNH s’achève cette fin de semaine, avant de faire place aux séries quatre de sept, pour la ronde suivante.