«C’est toujours le baseball qui m’a sauvé», lance Denis Lamontagne.
«C’est toujours le baseball qui m’a sauvé», lance Denis Lamontagne.

Denis Lamontagne: «Il faut penser aux jeunes»

L’arrivée de Denis Lamontagne à la barre des Guerriers a donné énormément de crédibilité à l’équipe de baseball junior élite de Granby. Et les succès sont venus rapidement. Mais alors que l’équipe était destinée à connaître la meilleure saison de son histoire, personne ne sait si elle pourra seulement démontrer son savoir-faire. Lamontagne, toutefois, est optimiste.

Denis, le début de la saison des Guerriers était prévu pour la semaine prochaine, à Cooperstown. Comment te sens-tu en pensant à ça ?

Honnêtement, ça fait mal. Ça aurait été une expérience unique pour nos jeunes. Ça aurait aussi donné une belle visibilité à notre ligue. J’ai annulé à la dernière minute, il y a deux ou trois semaines seulement, parce que ça me faisait trop mal au cœur. L’autobus était réservé, l’hôtel aussi. On était prêts. Mais bon, personne ne pouvait prévoir ce qui se passe présentement. Quand je veux m’encourager, je me dis que ce n’est que partie remise.

Sincèrement, crois-tu qu’il y aura une saison de baseball ?

Sérieusement, oui. Écoute, le déconfinement est commencé, on s’en va du bon bord même si c’est loin d’être réglé dans la région de Montréal et chez nos personnes âgées. Il est dangereux, ce maudit virus, mais on n’aura pas le choix d’y faire face à un moment donné, on n’aura pas le choix de l’affronter. S’il faut jouer au baseball avec un masque, ça ne me dérange pas.

Certains parlent d’une saison de 20 matchs seulement. As-tu l’impression que la campagne aurait moins de valeur ainsi ?

Tout ce que je veux, moi, c’est qu’on joue au baseball ! Si on joue 20 matchs seulement, on jouera 20 matchs seulement, c’est tout. Et si on gagne le championnat et que quelqu’un veut qu’on mette un astérisque à côté du nom de notre équipe, ça ne me dérangera pas. Moi, je veux qu’on joue au baseball !

Clairement, tu y tiens beaucoup.

J’y tiens, oui. Mais pas pour moi. Moi, j’ai 51 ans et un été sans baseball ne me fera pas mourir. Mais si tu m’avais enlevé mon sport quand j’avais eu 18 ou 19 ans, j’aurais été fou de rage. Je pense à mes joueurs et aux jeunes en général. C’est à eux qu’il faut penser. On s’apprête à retourner les enfants du primaire à l’école parce qu’ils ont besoin de ça. Mais être ado, ce n’est pas évident présentement.

S’il y a une saison, les attentes seront très élevées envers les Guerriers. Ça te fait peur ?

Non. On a ce qu’il faut pour être bons cette année, mais on a ce qu’il faut pour être bons pendant trois ans. La fenêtre est grande ouverte pour nous.

Les Guerriers ont remporté le titre d’organisation de l’année au dernier gala de la LBJÉQ. Les Guerriers partaient de loin.

Il y a quelques années, c’est pas compliqué, aucun joueur de l’extérieur ne voulait jouer ici. Aujourd’hui, tout le monde veut jouer chez nous. Le secret, c’est qu’au sein de l’organisation, présentement, tout le monde est assis dans la bonne chaise, tout le monde est à sa place. Tout le monde fait sa job à lui et personne ne pile sur les pieds de personne. On essaie de calquer le modèle des Castors d’Acton Vale et je pense qu’on y parvient pas trop mal. En plus, on a un beau stade, Granby est une ville très intéressante, les médias nous portent beaucoup d’attention, etc. On a plein de points en notre faveur.

Tes joueurs, on l’a vu l’an passé, te portent un immense respect. Qu’on le veuille ou non, ton CV impressionne.

On demande à nos joueurs de se comporter comme des professionnels et je les traite comme des pros aussi. En même temps, les gars me respectent parce qu’ils savent que j’ai toujours travaillé fort pour réussir. Quand je lançais, on s’entend que je n’étais pas le plus talentueux, loin de là. Mais je passais mes journées avant le match à étudier les statistiques des frappeurs que j’allais affronter le soir. C’était ça mon secret. Je sais ce que ça prend pour avoir du succès et mes joueurs savent qu’ils peuvent se fier à moi.

T’as eu du succès au baseball et ce n’est pas pour rien que tu as été intronisé au Panthéon de la Ligue de baseball majeur du Québec. Mais dans ta vie personnelle, ça n’a pas toujours été facile.

Non, en effet. Et tu sais quoi ? C’est toujours le baseball qui m’a sauvé. J’avais 18 ans quand j’ai perdu ma mère du cancer. Mon père est mort du cancer, ma sœur aussi. Dans le fond, je suis le seul survivant de ma famille. Quand j’étais ado, j’ai voulu mourir et ma mère, avant de partir, m’a dit de me lancer à fond dans le baseball. Maman avait été mon premier coach et elle m’amenait voir les Expos souvent. Elle me manque encore.

Et il y a ta grande fille, qui souffre d’une forme sévère d’épilepsie…

Myriam a 16 ans, mais la maladie a fait en sorte qu’elle accuse un retard important sur son développement. Mais elle m’apporte tellement, si tu savais. Elle est souriante et elle veut toujours donner des câlins ! Je ne serais au Panthéon de la LBMQ sans elle. Avec elle, les objectifs de vie sont simples : je veux qu’elle soit heureuse et qu’elle soit en santé le plus possible.

Qu’est-ce que tu as fait de bon pendant le confinement ?

J’ai eu une période un peu sombre au début, mais ça s’est replacé assez vite. D’abord, j’ai été chanceux parce que mon employeur n’a pas opéré pendant trois semaines seulement. Aussi, j’ai mis du temps sur ma petite compagnie de bâtons de baseball. Puis, j’ai travaillé sur le terrassement de ma maison. Et les fins de semaine, j’ai travaillé comme cuisinier à la Maison Victor-Gadbois de Beloeil, qui offre des soins palliatifs aux gens aux prises avec le cancer. Tu sais, moi, le cancer, ça me parle. Dans le fond, j’ai vécu presque normalement. Tout ce qui me manquait, c’est le baseball. Mais j’ai vraiment espoir qu’on va retourner sur le terrain bientôt.