David Lapierre et son premier trio : Téo à gauche, Max à droite et Lorick derrière.
David Lapierre et son premier trio : Téo à gauche, Max à droite et Lorick derrière.

David Lapierre: «La famille prend toute la place»

David Lapierre s’impose depuis plusieurs années comme un personnage important du monde du sport à Granby. Mais au-delà du personnage, au-delà du coach, il y a l’homme et le père de famille qu’il est devenu. Entretien avec un entraîneur qui, par les temps qui courent, donne la priorité à sa famille.

Q / David, ta saison de hockey a pris fin abruptement. Les Bisons ont été éliminés très rapidement des séries de la Ligue senior AAA et la crise de la COVID-19 a fait en sorte que les deux équipes dont tu t’occupes à l’école secondaire De Mortagne de Boucherville n’ont pu compléter leur campagne. C’est frustrant?

R / L’élimination rapide des Bisons a été très dure à prendre. Ça a fait mal. J’ai trouvé très difficile de rater des matchs en séries en raison de mon travail à De Mortagne, qui demeure mon véritable gagne-pain. Ma présence n’aurait peut-être rien changé, mais tu veux être là pour tes joueurs. En ce qui me concerne mes équipes de hockey mineur, ça a été décevant pour les jeunes puisqu’on se préparait pour les championnats provinciaux. Mais l’objectif principal, celui d’amener nos joueurs au maximum de leur développement, avait toutefois été atteint.

Q / Les Bisons ont récemment été nommés organisation de l’année dans la LHSAAAQ. T’étais content?

R / J’étais fier, oui. Mais le plus gros du mérite revient à Christian Roy (le grand patron), qui a donné une image professionnelle à l’équipe. De revoir cet engouement pour le hockey à Granby, c’était extraordinaire.

Q / Vous avez annoncé une transaction majeure la semaine dernière et vous préparez le prochain repêchage, qui aura lieu en juillet. Ça fait du bien de se retremper dans le hockey.

R / Oui, c’est l’fun. Mais pour être tout à fait honnête avec toi, le hockey n’est pas la chose la plus importante dans ma vie présentement. Ma conjointe Véronique a repris le boulot et nos garçons sont à la maison à temps plein avec papa. Ce n’est pas toujours facile, mais ce sont des moments privilégiés que je vis avec eux. Quand tu fais du hockey à temps plein, la famille passe parfois deuxième. Mais là, elle prend toute la place et j’en profite.

Q / Comment as-tu vécu le confinement?

R / Ça a été une période particulière. Ça a frappé d’un coup et il a fallu s’ajuster. Les choses vont mieux, mais il faut continuer à être très prudent. J’ose croire que nos efforts vont rapporter et qu’on va finir par avoir le dessus sur le virus.

Q / As-tu l’impression que le hockey va reprendre normalement à l’automne?

R / Je ne pense pas, non. Pas au niveau mineur et scolaire, en tout cas. On a eu vent grâce à La Voix de l’Est de ce que Hockey Québec prépare. Il va falloir être créatifs, c’est certain. Mais si l’enseignement et le développement prennent le plus gros de la place pendant un bout, ce sont nos jeunes qui en sortiront gagnants. Y’a pas un entraîneur qui va se plaindre de mettre la priorité sur le développement.

Q / Parlant de développement, tu es justement perçu d’abord et avant tout comme un coach de développement. Certains, la saison dernière, ont affirmé que tu n’étais peut-être pas à ta place dans le senior. Qu’est-ce que tu réponds à ça ?

R / J’ai entendu ça, oui. Oui, je suis un coach de développement. Mais d’abord et avant tout, je suis un meneur d’hommes. Ma job, c’est d’amener mes joueurs, que ce soit ceux du hockey mineur, du junior comme à l’époque des Inouk ou ceux des Bisons, à aller plus loin, à se dépasser. Alors, je peux apporter autant à un joueur senior qu’à un junior.

Q / N’empêche que diriger dans le senior, c’est différent.

R / C’est vrai. Et j’ai appris beaucoup la saison dernière. Par exemple, un joueur de 30 ans qui a deux enfants et qui travaille dans le domaine de la construction le jour n’a pas les mêmes objectifs et les mêmes préoccupations qu’un junior de 18 ans. J’ai dû m’ajuster à certaines choses, c’est clair. Mais j’ai appris et je pense que je serai un meilleur entraîneur la saison prochaine.

Q / Tu parlais des Inouk tantôt. Tu as dirigé l’équipe et tu l’as même menée à la conquête de la Coupe Napa en 2014. Es-tu inquiet pour l’avenir du club?

R / Oui, je suis inquiet. J’ai beau travailler pour les Bisons présentement, j’ai encore les Inouk dans le cœur. Les quatre années passées derrière le banc de l’équipe sont inoubliables. Je suis inquiet et je s’il y a une chose qui est très claire, c’est que cette équipe ne doit absolument pas quitter Granby. Et je crois aussi beaucoup à l’association entre le club et le Cégep. Également, il y a de la place pour les Bisons et les Inouk en ville, j’en suis convaincu. Je n’ai certainement pas les moyens d’acheter l’équipe, mais si je peux faire quelque chose pour aider, je suis là.

Q / Tu as vécu quelques-unes des plus belles années des Inouk. C’est difficile de comprendre le désintéressement des partisans.

R / Je me souviens encore des lendemains de la conquête de la Coupe Napa. J’étais dans un restaurant, L’Archibald pour ne pas le nommer, et j’avais eu toutes les misères du monde à manger mon repas parce qu’il y avait constamment quelqu’un qui venait me voir pour me féliciter et me parler de la coupe. La ville était Inouk et c’était l’fun.

Q / Après les Inouk, tu as été adjoint à Gilles Bouchard pendant deux ans avec les Huskies de Rouyn-Noranda. Ton but ultime, c’est de retourner dans la LHJMQ?

R / La LHJMQ, c’est une grosse affaire. Tu joues devant des estrades pleines, parfois même devant 10 000 et 15 000 personnes. C’est une mini-Ligue nationale. C’est certain que j’aimerais y revenir, mais coacher dans cette ligue-là demande un engagement absolument total. En fait, je dirais même qu’il faut être un peu égoïste, car tu n’as pas le choix d’accepter de négliger ta famille, de la mettre au second rang. Mes jumeaux Max et Téo ont seulement trois ans, mon beau-fils Lorick a 12 ans et ils ont besoin de moi. Le timing n’est peut-être pas idéal, mais encore faut-il, évidemment, recevoir une offre. Mais je viens d’avoir 40 ans et je me dis que j’ai encore du temps devant moi…