Les insultes n’ont pas réussi à chasser Fernando Fernandez, ici dans l’uniforme des Castors d’Acton Vale, du monticule.

Combien d’autres cas à la Fernandez et Diaby?

CHRONIQUE / Les Québécois n’ont pas vécu une belle expérience au championnat canadien de baseball senior, qui avait lieu à Miramichi, au Nouveau-Brunswick. En fait, ils ont vécu l’enfer. Fernando Fernandez, des Castors d’Acton Vale, en particulier.

Vous en avez entendu parler. Fernandez a eu droit à un joli cocktail d’insultes racistes, quelque chose qui n’a pas semblé trop offenser les organisateurs du tournoi, qui n’ont jamais cru bon de jeter dehors les trois idiots qui s’en sont donné à cœur joie pendant des heures.

À Acton Vale, les gens des Castors et leurs partisans n’en reviennent pas. D’autant plus que, à Acton, la très populaire équipe senior compte année après année des joueurs d’origines latines en ses rangs, des joueurs aussi aimés que n’importe quel Québécois de souche.

Fernandez, qui a aussi lancé pour les Guerriers junior élite, est fait fort. Les insultes n’ont pas réussi à le chasser du monticule. Mais évidemment, ça lui a fait mal. « Je n’arrêterai toutefois pas de jouer au baseball à cause de trois gars qui disent n’importe quoi », a-t-il raconté dans une des entrevues qu’il a accordées.

Fernandez, qui a aussi lancé pour les Guerriers junior élite, est fait fort. Les insultes n’ont pas réussi à le chasser du monticule. Mais évidemment, ça lui a fait mal

Daniel Bélisle, qui est le président de la Ligue de baseball majeur du Québec et qui était le chef de mission de la délégation québécoise à Miramichi, ne l’a pas trouvé drôle. Il s’est plaint aux organisateurs du tournoi ainsi qu’à Baseball Canada. Mais il n’a pas été impressionné par la réponse des gens de Baseball Canada, qui lui ont simplement dit que tout avait été fait à l’intérieur du stade afin que le harcèlement cesse.

Bélisle ne fait pas toujours l’unanimité en tant que président de la LBMQ, mais il a le cœur à la bonne place et il a des principes. Il l’a prouvé en disant aux responsables de Baseball Canada que le Québec ne retournera pas au championnat canadien senior tant et aussi longtemps que l’organisme ne se sera pas doté d’une politique contre le racisme. Reste à voir s’il sera pris au sérieux. Ça, rien n’est moins sûr.

La LBMQ a une politique du genre. Si un spectateur s’en prend à un joueur et à ses origines, il va voir ailleurs, tout simplement.

Bélisle affirme qu’il ne veut pas faire de politique. On le croit. Ce qu’il veut, c’est que ses joueurs soient respectés.

« Si le championnat canadien est disputé au Québec, on n’acceptera pas qu’un anglophone se fasse insulter. Alors, pourquoi est-ce qu’on accepterait qu’un de nos athlètes se fasse ridiculiser à l’extérieur de chez nous ? », souligne-t-il de façon posée et avec un argument qui lui confère une bonne dose de crédibilité.

L’hiver dernier, l’affaire Jonathan Diaby, qui a été victime d’insultes racistes lors d’un match de hockey de la Ligue nord-américaine à Saint-Jérôme, a fait les manchettes. Peut-être qu’on n’en a pas entendu parler au Nouveau-Brunswick…

Mais combien d’autres cas à la Fernando Fernandez et à la Jonathan Diaby faudra-t-il encore dénoncer pour que les choses évoluent? Combien?

Le Québec en mange une maudite

À vrai dire, le Québec en a mangé une maudite au Nouveau-Brunswick, province officiellement bilingue. Et pas juste sur le terrain, où les représentants de la LBMQ ont été exclus du podium, on s’entend.

Vous pouvez aussi en parler au Granbyen Jean Simard, vice-président et préfet de discipline de la LBMQ, qui a été bousculé à la suite d’un match parce qu’il avait eu la mauvaise idée de porter une casquette aux couleurs du Québec. Je connais personnellement Jean et s’il y a un monsieur gentil, qui ne cherche jamais le trouble, c’est bien lui.

Il y a aussi le fait français qui a été bafoué à Miramichi. Encore une fois, Daniel Bélisle a adressé la situation. Encore une fois, on ne lui a pas répondu grand-chose.

Je ne ferai pas de politique. Mais il y a des choses qui ne veulent vraiment pas changer. Et disons-le, ça devient décourageant.