«Il y a des matins, je l’avoue, où c’est plus difficile de trouver la motivation pour s’entraîner», affirme Christophe Normand.
«Il y a des matins, je l’avoue, où c’est plus difficile de trouver la motivation pour s’entraîner», affirme Christophe Normand.

Christophe Normand pessimiste… et de mauvais poil

Christophe Normand l’avoue : il a déjà été de meilleure humeur. 

Voyez-vous, le centre-arrière des Alouettes commence à douter sérieusement qu’il pourra exercer son métier de joueur de football en 2020. Et comme une tonne d’autres joueurs de la Ligue canadienne, il n’a pas apprécié la sortie du commissaire Randy Ambrosie devant le comité parlementaire des Finances de la Chambre des communes, jeudi dernier.

«Que le commissaire soit pessimiste par rapport à la tenue d’une saison en 2020, je peux comprendre, a expliqué Normand entre deux séances d’entraînement à son domicile de Bromont. Mais qu’il n’ait jamais pensé à parler à ses joueurs de la possibilité qu’on mette la hache dans la campagne, je n’en reviens pas!»

Les propos d’Ambrosie ont fait jaser partout au pays. Le commissaire a parlé d’une saison radicalement tronquée dans le meilleur des cas, mais d’un scénario, plus probable, où il n’y aura pas de saison du tout.

Ambrosie, on le sait, demande 150 millions $ de la part d’Ottawa, dont 30 millions $ le plus rapidement possible, afin que son circuit puisse passer à travers la crise actuelle.

«Je ne sais pas où est-ce qu’on s’en va, reprend Normand. La ligue demande de l’aide, mais nous, les joueurs, ceux qui donnent le spectacle, on ne sait pas si on va recevoir quoi que ce soit. Chose certaine, les équipes ne sont pas tenues de nous payer d’aucune façon s’il n’y a pas de football. Les joueurs de la Ligue canadienne ne font pas des millions $ et moi, je n’ai pas un million $ en réserve non plus. J’ai une maison à payer et deux enfants à faire manger…»

Les dirigeants de l’association des joueurs de la LCF tiennent régulièrement leurs membres au courant des dernières nouvelles, affirme Normand. Et le message est toujours le même depuis un certain temps : les joueurs doivent se préparer au pire.

«J’ai mon diplôme de l’Université Laval et je peux enseigner, mais les écoles sont évidemment fermées en été. J’ai fait une demande afin de pouvoir tenir mon école de football en respectant évidemment les règles de la santé publique, mais je n’ai pas eu de réponse claire de la part du gouvernement. Je suis habile de mes mains, probablement que je pourrais travailler avec mon père, qui fait dans la rénovation…»

En attendant, Normand n’est pas gêné pour dire qu’il a fait sa demande pour obtenir la Prestation canadienne d’urgence.

Grande inquiétude

Oui, Christophe Normand se demande sérieusement s’il jouera au football en 2020.

«Je commence à être pessimiste, je l’avoue. À Montréal, on le voit, ça ne va pas bien du tout. Je souhaite de tout cœur qu’il y ait une saison, je le veux tellement, mais je commence à être pessimiste…»

Normand discute régulièrement avec des coéquipiers, principalement les Québécois. Et l’inquiétude est grande.

«C’est difficile pour tout le monde. C’est notre sport, on l’adore, et il y avait beaucoup de positif autour des Alouettes. Mais le football, c’est notre gagne-pain aussi. C’est dur.»

Pour l’heure, le numéro 38 continue à s’entraîner à la maison. Débrouillard, il a fabriqué ce qu’il fallait pour lui permettre de garder la forme. 

«Physiquement, je me sens bien. Mais il y a des matins, je l’avoue, où c’est plus difficile de trouver la motivation.»