«Me joindre aux Alouettes a été la meilleure décision que j’ai prise. J’aime l’équipe, j’aime l’organisation, j’aime le fait de jouer chez nous», affirme Christophe Normand.
«Me joindre aux Alouettes a été la meilleure décision que j’ai prise. J’aime l’équipe, j’aime l’organisation, j’aime le fait de jouer chez nous», affirme Christophe Normand.

Christophe Normand: «Pas question de laisser ma famille derrière moi!»

Si le début de saison de la Ligue canadienne de football n’avait pas été reporté, Christophe Normand et les Alouettes auraient affronté les Riders de la Saskatchewan vendredi soir à Regina. À la place, le Bromontois est toujours à son domicile auprès des siens en tentant de garder la forme comme il le peut. Mais il croit en ses chances de jouer cette année. À moins que…

Christophe, as-tu l’impression que la saison de la Ligue canadienne de football va débuter en septembre ?

Je crois que oui. La situation s’améliore partout au Canada, à peu près tout est déconfiné, alors je ne vois pas pourquoi ça ne pourrait pas fonctionner. En plus, septembre, c’est encore loin, et les choses risquent de s’améliorer encore.

Reste à voir si chacune des équipes va disputer ses matchs locaux chez elle ou si la ligue va adopter le fameux concept des « villes bulles ». Montréal, clairement, ne fait pas partie des villes considérées.

Honnêtement, j’espère que cette idée ne sera pas adoptée. En fait, je n’aime pas cette idée. Être confiné pendant des mois et laisser ma famille derrière moi, ça ne me dit rien. Si on joue uniquement à l’extérieur de Montréal, je n’irai pas, c’est clair.

T’es sérieux ?

Absolument. Je ne laisserai pas ma famille derrière moi pendant des mois.

Sais-tu si plusieurs autres joueurs pensent comme toi ?

Je ne sais pas trop. Mais il n’y a pas tant de joueurs dans une situation comme la mienne, avec une famille. Il y a plein de gars qui sortent de l’université, qui sont célibataires et qui n’ont pas d’enfants, et il y en a même qui restent encore chez leurs parents. Ce n’est pas la même réalité, ce ne sont pas les mêmes responsabilités.

Les joueurs de la Ligue canadienne en ont présentement contre le commissaire Randy Ambrosie, qui semble faire les choses à sa façon, sans trop se préoccuper de l’opinion des athlètes. Je sais que dernièrement, lors de notre dernière entrevue, tu n’étais pas de bonne humeur.

Le problème avec le commissaire, c’est qu’il ne nous tient pas au courant de ce qui se passe, de ce qu’il trame, de rien bref. Tu sais Michel, le trois quarts des joueurs de la Ligue canadienne ne font pas de gros salaires et la grande majorité va avoir besoin de faire autre chose s’il n’y a pas de saison. Moi, si j’apprends demain matin qu’on ne jouera pas au football cette année, je vais devoir me virer de bord parce que j’ai une famille à faire vivre et que je n’ai pas un gros compte en banque. Dans le fond, tout ce qu’on veut, c’est savoir vraiment ce qui se passe.

C’est quoi ton plan B ?

Je vais commencer à travailler avec mon père, qui est entrepreneur et menuisier-charpentier de formation, bientôt. On a un projet à Saint-Jean-sur-Richelieu. Présentement, je suis aussi en train de terminer un deuxième baccalauréat, en ligne celui-là, en administration. J’ai déjà un bac multidisciplinaire de l’Université Laval.

On en a déjà parlé. Mais tu es le type parfait du jeune homme que le football a permis de garder sur les bancs d’école à l’époque.

Absolument. Le football, c’est merveilleux pour ça. Il y a plein de gars qui ont un diplôme en poche aujourd’hui, comme moi, parce que le football leur a permis de conserver leur intérêt pour les études. Ceux qui dénigrent le football parce que c’est un sport dur devraient penser à ça.

Si tu joues au football cette saison, il s’agira de la deuxième année de ton contrat avec les Alouettes. Tu es toujours aussi heureux d’avoir accepté de poursuivre ta carrière à Montréal.

C’est la meilleure décision que j’ai prise. J’aime l’équipe, j’aime l’organisation, j’aime le fait de jouer chez nous. Sans compter, on va se le dire, que le fait de jouer à la maison m’a apporté une certaine notoriété, notamment grâce à ma chronique dans La Voix de l’Est, qui circule partout. Il y a aujourd’hui des opportunités qui s’offrent à moi qui ne s’offraient pas lorsque je jouais à Winnipeg et à Edmonton.

À ce propos, est-ce qu’il t’arrive de penser à ce que tu pourrais faire après ta carrière au football ?

Je ne suis pas rendu à penser à ça. Mais l’avenir ne me stresse pas. Je suis convaincu que des choses intéressantes vont se présenter.

La très belle saison des Alouettes a ramené l’intérêt pour le football et pour l’équipe à Montréal et au Québec la saison dernière. As-tu l’impression que la pause actuelle va vous nuire ?

Je ne pense pas. J’ai l’impression que lorsque le football va reprendre, les amateurs vont être contents et qu’ils seront à nouveau derrière nous. Personnellement, je rencontre plein de gens qui me disent qu’ils ont hâte de revoir les Alouettes. Ça me dit que le public sera là lorsque nous reviendrons. Et si on reprend là où nous avons laissé, si nous offrons du bon football, ça va être encore mieux.

Après tous ces mois de déconfinement, il fait bon sortir, voir des gens et faire du sport. La famille, on le sait, c’est très important pour toi. Sortir avec les enfants, on en avait tous besoin.

Oh oui ! Le confinement a permis de resserrer les liens à l’intérieur des familles, mais c’est devenu plus difficile à un moment donné parce qu’on ne savait plus comment occuper nos petits. Cette semaine, Mindy, quatre ans, a essayé le baseball à Granby. Sortir, prendre du soleil, jouer dehors, ça n’a pas de prix quand on parle d’un enfant !

Sur le plan humain, que retiens-tu de la crise actuelle ?

Que le contact entre les gens, c’est précieux. Et c’est lorsqu’on le perd qu’on se rend compte à quel point c’est important. Donner une bonne poignée de main à quelqu’un qu’on apprécie, faire une accolade à une personne qu’on aime, c’est anodin normalement, mais là, on s’aperçoit que c’est significatif. C’est sûr qu’il y a Internet qui nous permet de rester en contact, mais ce n’est pas pareil.